‹ Une nièce de MazarinChapitre 28 sur 113 · CHAPITRE PREMIEK. '.'A · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEK. '.'A

aiiJiL'O de ce (ju'il y a de plus aimable : c'est un bonheur qui n'en a point d'ég-al. Rien ne l'est aussi à la tendresse et à la furieuse amitié que j'ai pour mon cher enfant. Je vous supplie d'en être bien persuadé et que cela durera juscju'au dernier moment de ma vie, et que je suis incapable de jamais rien aimer que vous. J'ai eu une faiblesse à ce matin à la messe, mais que cela ne vous mette pas en peine, car à cette heure je me porte assez bien. Je vous assure que mon plus g'rand mal est le chag-rin que j'ai de ne vous point voir : j'en ai une impatience extrême : je ne doute pas que vous n'en ayez aussi de revoir votre pauvre enfant : si vous m'aimez, je vous conjure de vous bien conserver : rien ne m'est si précieux que votre santé : ayez-en soin pour l'amour de moi, écrivez-moi souvent de vos nouvelles et aimez toujours celle qui vous aimera toute sa vie plus qu'elle-même.

La Grange, 23 mai IGoo, à minuit.

Vous avez bien de la bonté, mon cher, de m'écrire si souvent, mais j'ai à me plaindre de quoi vous m'écrivez des lettres si courtes, mais je vous excuse pari 'accablement d'affaires que vous avez, et, pourvu que je sois aussi bien dans votre cœur que vous m'assurez que j'y suis, je serai coiilcnle : vous êtes furieusement dans le mien ; il est bien à vous, mon cher enfant : je vous aime avec plus de tendresse que je n'ai jamais fait. Conservez-moi la

52 LA PRIiNCESSE DE CONTl.

vôtre qui m'est plus chère que la vie : j'ai une extrême impatience de vous revoir et de vous embrasser un million de fois. Je crois que j'irai demain à Notre-Dame des Gros (?) pour prier Dieu pour vous. Dès que votre siég^e sera achevé', je vous supplie de m'envoyer un homme tout aussitôt qui vienne bien vite me dire que vous vous portez bien, car voilà tout ce que je veux savoir, et que vous viendrez voir bientôt votre chère enfant. Adieu, mon tout, je suis mille fois plus à vous qu'à moi-même.

La Grange, 27 mai 1653.

Je suis dans de cruelles inquiétudes de n'avoir point reçu de vos nouvelles depuis si long-temps, n'ayant point eu de vos lettres que de Rose. Mon cher, vous m'aviez tant promis que vous auriez le soin de m'en faire servir souvent ! Vous devriez avoir cette bonté pour moi, car si vous pouviez voir dans quel état je suis quand je n'en reçois point, et quel chagTin cela me donne, je vous ferois pitié et cela vous toucheroit le cœur si vous y aviez autant de tendresse pour moi que j'en ai pour vous; mon cher enfant, je vous aime bien tendrement. Aimez-moi, je vous en conjure. Je m'ennuie furieusement de ne vous point voir : je ne peux plus vivre séparée de vous : venez donc, mon aimable enfant, le plus tôt qu'il vous sera possible : j'ai une

^ Du ciip de (Jii'ei's,

CIIAIMTHK PREMIER. 53

^Tande impatience de vous revoir et de vous embrasser de tout mon cœur. Adieu, mon tout, soyez assuré que rien ne sauroit m'être ag-réable privée de vous et que je vous aime plus que moi-même. Adieu encore une fois, mon cher amour , je vous conjure de m'aimer.

La Grange, 29 mai 1653.

Votre lettre m'a donné bien de la joie : elle est venue bien à propos, car j'étois dans un si g-rand chag-rin d'avoir été si long-temps sans en recevoir que je ne faisois que pleurer ; j'avois une si g^rande inquiétude, je n'avois point de repos : toutes les choses mettent en peine quand on aime aussi tendrement que je vous aime. J'ai des sentiments bien tendres et bien passionnés pour vous, et, si je l'ose dire, j'ai bien de l'amour pour mon cher enfant. Voilà une déclaration bien hardie, mais je serai fort contente de l'avoir faite si elle vous donne autant de joie que j'en ai eu des assurances que vous me donnez de votre amitié : conservez-la-moi, mon très-cher : elle fait tout le bonheur de ma vie. J'attends avec impatience la nouvelle de la prise de Capdaquiers. Je suis bien fâchée, comme vous pouvez croire, de ce que vous me dites, que peut-être vous ferez le siég-e d'Ampurias , puisque cela me retardera la joie de vous revoir, et , quoique vous m'assuriez que ce sera pour peu de temps, quand ce ne seroit qu'un jour, ce seroit furieusement long"

pour moi. Je vous supplie de revenir bientôt : croyez-vous que l'on puisse demeurer si longtemps sans vous voir? Non en vérité : quand on vous connoît bien, on n'a de plaisir au monde que quand on est auprès de mon cher enfant. Je vous envoie vos lettres de Paris : du moins si je les ai ouvertes, c'est parce que devant votre départ vous me l'ordonnâtes ainsi, car autrement je n'aurois jamais pris cette liberté. Pour moi, je n'ai pas reçu de nouvelles autres que de celles qui concernent vos affaires domestiques, lesquelles je ci^ois que vous ne vous souciez g-uère de savoir. Je vous promets que j'aurai bien soin de ma santé : vous en devez bien être assuré puisque vous savez que toutes les choses que vous aimez me sont chères. Conservez bien la vôtre pour l'amour de moi, je vous en conjure. Voilà une lettre bien long^ue, mais je prends tant de plaisir à vous écrire que, si je me croyois, je ne fînirois point. Ecrivez-moi souvent de vos nouvelles. Mandez-moi si vous croyez revenir bientôt. Adieu, mon tout : je vous embrasse de tout mon cœur et je vous supplie d'être persuadé que rien n'est ég-al à l'amitié que j'ai pour vous; mon cher amour, je vous conjure de m'aimer.

La Grange, d'^''juin I600, à 10 heures.

L'abbé de Roquette vient d'arriver qui m'a rendu votre lettre*. J'en avois reçu une autre il y a deux

'' L'abbé de la Roquette, depuis évèque d'Autnn, avait été le grand vicaire du prince de Conti pour ses nombreuses abbayes.

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