‹ Une nièce de MazarinChapitre 29 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

jours avec la nouvelle de la prise de Guadaquiers de laquelle je me réjouis tout à fait avec vous. Mais ma g-rande joie est d'apprendre que, nonobstant tous les dang'ers et toutes les fatig'ues que vous avez courus pendant ce siég-e , Dieu merci , vous vous en portez bien. Mon cher enfant, si vous m'aimez, ayez soin de votre santé : elle m'est mille fois plus précieuse que la mienne. Vous me dites dans votre lettre que vous irez faire le siég-e d'Ampurias. Mais l'abbé de Roquette m'a dit que vous n'iriez pas à celui-là, mais que vous croyez aller à celui de Gavilléon. Voilà une fort méchante nouvelle pour moi, puisque, si cela est vrai, je ne verrai de longtemps mon aimable enfant. J'en ai un chag'rin horrible et je n'en parle que les larmes aux yeux. Je suis au désespoir toutes les fois que j'y song'e, car je vous aime par-dessus toutes choses, mon cher amour, et j'ai une furieuse tendresse pour vous. Je n'ai de joie au monde que quand je suis auprès de vous et je souffre horriblement quand j'en suis séparée. Je crois que vous avez aussi bien de l'impatience de me voir, et vous m'avez donné tant de marques de votre amitié et je suis si persuadée que vous en avez pour moi que j'aurois tort si j'en doutois. Mon cher enfant, si vous m'aimez, revenez le plus tôt possible, je ne puis plus vivre sans vous : je vous aime de tout mon cœur. Adieu, mon tout, je suis et serai jusqu'au dernier moment de ma vie sans nulle réserve toute à vous. Aimez-moi, je vous en prie. Je crois que vous ferez

o6 LA PRINCESSE DE CONTl.

bien d'écrire à ma mère et à ma sœur sm^ son mariag*e.

La Grauge, 6 juin I600.

Mon très-cher et très-aimable enfant, j'envoie pour savoir des nouvelles de votre santé et pour avoir en même temps le plaisir de vous dire que j'ai pour vous toute la tendresse et l'amour dont mon cœur est capable. Mon cher enfant, je m'ennuie si furieusement de ne vous point voir! Tout de bon je ne puis plus vivre séparée de mon cher amour. Mon tout, il m'est bien cruel d'être privée si long-temps de tout ce que j'ai de cher au monde et de ce que j'aime mille fois plus que moi-même. Je me meurs d'envie de vous embrasser un million de fois, mon cher et mon aimable enfant. Je vous assure que si vous pouviez voir de la manière que vous êtes dans mon cœur, vous en seriez tout à fait aise. Vous en êtes absolument le maître, mon cher amour. Si vous m'aimez, ayez bien soin de votre santé. Je mourrois de douleur si vous ne l'aviez pas aussi bonne que je vous la souhaite. Je vous suis infiniment oblig'ée de la bonté que vous avez de m'écrire si souvent et des lettres si tendres; mon cher, je suis bien sensible aux marques que vous me donnez de votre amitié : croyez que je la sens d'une manière que je ne saurois vous exprimer et que j'en ai la reconnoissance que je dois ; conservez-lamoi , mon cher amour , et soyez assuré qu'elle

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