CHAPITRE PREMIER
mon cœur. Je vous écrirai une long'ue lettre dans deux jours que j'espère que je me porterai tout à fait bien. Adieu, mon tout, aimez bien votre chère femme.
P. S. Au nom de Dieu et si vous m'aimez, ayez bien soin de vous conserver. Ne soyez pas en peine de ma santé, je me porte bien.
La Grange, 16 juin 1655,
Je suis bien aise de trouver l'occasion du président pour vous écrire. Il vous dira que je me porte bien, et moi je vous dirai, mon cher enfant, que le chag-rin que j'ai d'être séparée de vous est si g'rand que, si vous ne revenez pas bientôt, je tomberai malade quoi que vous en puisse mander M . Esprit ; ce n'est pas l'air de ce pays ici qui me fait mal, car le meilleur du monde me sera fort méchant quand n'y verrai pas mon cher mari, et que j'aurai toutes les inquiétudes que j'ai de le savoir dans des lieux où il a tant de peine et où il se hasarde tous les jours. Mon cher amour, si je vous suis un peu chère et si vous m'aimez, ayez plus de soin que vous en avez de conserver ce qui m'est mille fois plus cher que ma propre vie. Je vous conjure de m'écrire dans combien de jours vous croyez que nous aurons la joie de vous revoir et de nous embrasser un million de fois. J'en meurs d'envie, mon cher amour, et de vous donner de nouvelles marques de la plus g-rande amour qui fût
jamais. Oui, je vous aime, mon cher enfant, et avec une furieuse tendresse, et vous aimerai de même jusqu'au dernier moment de ma vie. Je vous le proteste, mon tout et mon adorable enfant, et que rien n'ég^alera jamais le violent amour que j'ai pour vous. Je ne saurois assez vous dire la joie que me donnent vos lettres, combien je les relis de fois. Vous avez bien de la bonté pour une pauvre femme de lui écrire si tendrement. Je les baise mille fois, c'est la seule consolation que j'ai dans votre absence. Mon cher amour, conservez-moi cette amitié si tendre que vous m'avez toujours témoig*née et que vous m'avez promise : elle fait tout le bonheur de ma vie.
F.a Grange, 17 juin 1655.
Mon cher amour, vous avez trop de bonté pour moi dem'avoir renvoyé mon médecin et d'être si fort en peine de ma santé ; elle est présentement fort bonne et vous ne devez plus en être en peine : si vous m'aimez, ayez bien soin de la vôtre : autrement je mourrois de douleur. Si vous saviez comme je vous la souhaite, mon adorable enfant! Votre lettre m'a si fort attendrie et toutes les amitiés que vous me faites m'ont donné tant de joie, que tout de bon je suis bien aise d'avoir été malade puisque cela m'a procuré de nouvelles preuves de l'amitié de mon adorable enfant. Tout de bon vous avez raison de m'aimer, car j'ai une si furieuse amour pour mon