‹ Une nièce de MazarinChapitre 39 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

du R. P. Pinette et accepta les conditions du père de Ciron qui n'étaient certes pas douces : abandon de 40,000 écus de rente que le prince avait indûment amassés sur les revenus de ses anciennes abbayes , réparation des dommages causés par les troupes qu'il avait commandées dans nos guerres civiles, profession publique de sa religion, sage règlement de sa maison, retranchement du superflu, payement de toutes ses dettes. Le prince consentit à tout. M. de Ciron fut parfaitement content de l'entretien ; mais il n'oublia pas facilement ses tourments, il Fa écrit lui-môme : « Vous saurez un jour jusqu'à quel point de peine je fus abandonné le vendredi saint dans la conversation avec M. le prince de Conti, et combien de larmes je versai nonobstant la dureté naturelle de mon cœur. Mon Dieu ! si ç'avoit été pour mes péchés, que j'aurois de joie ! Il me semble que depuis le samedi saint je suis fort déchargé ^ » Le prince n'en demeura pas à des promesses, il s'exécuta résolument. Guy Patin nous l'apprend dans une lettre du 13 septembre suivant, oii il énumère les mêmes renoncements et ajoute : « Cela n'est-il pas beau qu'un prince se mette en état d'amendement avant que de mourir - ? »

* L'évêque de Chatans ajoute en effet dans sa lettre citée plus haut : « Aussitôt que le prince lui eut ouvert son cœur et eut commencé à lui faire sa confession générale, toute la peine de ce bon ahbé s'évanouit, et il m'avoua qu'il n'avoit plus trouvé dans cet office de charité que de la consolation et de la facilité. »

^ Le prince fit plus encore : il voulut se flageller pour ses fautes passées, et, dans le recueil auquel nous faisons ces curieux emprunts, nous trouvons la copie d'une lettre écrite alors par lui « à un gentilhomme dont il avoit enlevé la femme dans le temps de ses débauches ». Il s'agit de M. de Cal vi mont. Le prince y exprime ses regrets et ses excuses avec une rare humilité : « Monsieur, la juste douleur que vous cause l'injure que vous avez reçue de moi est d'une nature que la douceur avec laquelle vous me la témoignez augmente ma confusion. Je vous assure qu'elle étoit bien grande depuis longtemps, mais, en vé-

7(i LA PRINCESSE DE CONTI.

La princesse ne pouvait demeurer simple spectatrice de cet émouvant spectacle; elle aimait trop son mari pour ne pas vouloir l'imiter en tout et pour ne pas le suivre dans la voie où il s'engageait. Il est probable que le prince, qui dès le début dut en entretenir la princesse,

rite, \'otre lettre l'a mise à un point que je ne puis exprimer. Si le déplaisir que j'ai de ce qui s'est passé pouvoit diminuer le vôtre, je vous proteste que j'en aurois une extrême consolation, n'étant pas juste que, le crime étant à moi seul, j'en portasse la peine avec vous. J'ai une telle horreur du mien que, si je pensois que toutes les satisfactions du monde pussent vous le faire oublier, je vous les ferois avec une grande joie. Cependant je vous supplie de voir que j'emploie ici tout ce que j'ai d'autorité pour vous rendi'e tous les services dont je suis capable et pour vous témoigner même que je me suis affectionné k votre service. » Et l'auteur du recueil ajoute cette note : « Outre cela, il dit au gentilhomme qui lui apporta la lettre qu'il auroit le dernier plaisir de s'humilier en présence de l'offensé, qu'il n'exigeroit pas de lui de le venir voir, parce qu'il savoit que cela ne lui seroit pas agréable, mais que, si c'étoit sa volonté, il l'assuroit qu'il se jetteroit à ses pieds pour recevoir de lui le traitement qu'il jugeroit le pouvoir satisfaire. » Ce même recueil contient trente-six lettres ou fragments de lettres du prince au P. de Ciron : les dix -huit premières sont sans date : elles remontent évidemment aux débuts de sa conversion et témoignent d'une grande conviction et d'une véritable foi. Nous n'en citerons qu'une : ce Je suis bien en peine de votre mal. Le mien est un fonds d'orgueil inexplicable dont je vous dirai tous les détours lorsque nous nous verrons. Le remède ne consiste pas dans les humiliations extérieures, d'autres y trouveroient leur compte, mais dans une véritable contrition de mon néant que je n'ai que dans mon entendement et non dans mon cœur. Toutes les choses extérieures, si je réussis, élèvent mon orgueil, et les remèdes extérieurs de l'orgueil sont des pièges pour un autre de mes vices. Par-dessus cela je suis dans une immortification étrange, et, sous l'ombre que je travaille beaucoup, je ne refuse aucun soulagement à mon corps ni à mon esprit. M. d'Aleth m'a donné un papier écrit de votre main sur l'humilité, qui m'a fait un peu entrer dans la connoissance de la pratique de cette vertu, qui est la conviction du néant de l'homme. Priez et faites prier pour moi. J'espère vous voir au plus tôt. Je commence toutefois ce voyage avec une santé un peu douteuse. Il me passe par l'esprit que je ne vivrai pas longtemps. Je ne m'appuie pas toutefois là-dessus, car j'ai besoin d'une longue pénitence. »

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