‹ Une nièce de MazarinChapitre 40 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

(ivait coiitié ses projets à la fin de sa dernière campagne h. Esprit ; nous avons vu avec quelle vivacité Cosnac reprocha à celui-ci ses efforts en ce sens, et il ajoute avec une sing'ulière amertume qu'Esprit avait prévenu son maître « qu'il avoit travaillé à cela durant son absence et qu'elle y avoit les plus belles dispositions du monde ». Les progrès cependant furent d'abord assez lents. « Outre une paresse d'esprit qui lui étoit naturelle, dit le père Rapin , elle faisoit consister la grandeur à parler peu, ce qui la rendoit un peu particulière. Mais elle assaisonnoit cela d'un air de qualité qui ne laissoit pas de la rendre estimable à ceux à qui elle ne parloit pas, et ceux qui avoient trouvé accès auprès d'elle pour la faire parler lui trouvèrent bien de l'esprit , mais un certain genre d'esprit un peu caché , qui ne se découvroit pas à tout le monde , dont la princesse avoit coutume de se servir pour mettre ses sentiments à couvert, ce qui dans la suite lui donna la réputation d'avoir apporté en France un peu de cette dissimulation qui est ordinaire aux gens nés en Italie ; mais après tout ce fut avec un peu de défauts et beaucoup de vertus que cette princesse étoit née, et sa principale vertu, ou plutôt le motif de toutes les autres, fut une grande complaisance pour son mari et une passion de lui plaire qui fut la seule dominante en elle ; et ce ne fut que par là qu'elle conçut de l'estime pour la nouvelle opinion et qu'elle devint janséniste comme sa belle-sœur la duchesse de Longueville, avec cette différence qu'elle étoit trompée sans le savoir et que sa belle-sœur vouloit bien l'être . » Le portrait est trop complet pour que nous ayons voulu le raccourcir '. La princesse de Conti prit part aux pre-

' Cette paresse de caractère l'exposait parfois à paraiti-e manquer même de savoir-vivre : elle se mettait souvent trop à son aise et n'ob-

mières conférences religieuses uniquement pour plaire à son mari ; elle écoutait volontiers Esprit, mais froidement , sans conviction encore , ni entraînement. « La princesse, écrit mademoiselle de Montpensier, n'étoit point dévote d'abord , et ne songeoit point à la retraite qu'elle a faite depuis : mais elle craignoit que, ne vivant pas de même que son mari, elle eût moins de considération. » Elle avait assisté aux entretiens du prince avec l'évèque d'Aleth, comme à Paris elle suivait ceux du père de Giron, son mari ayant soin qu'ils eussent lieu chez eUe pour qu'elle n'eût aucun motif de s'en dispenser. EUe éprouvait cependant des inquiétudes, des luttes, parfois très-vives, qu'elle dissimulait soigneusement. Les apparences cependant témoignaient d'un progrès que Cosnac constate toujours avec mauvaise humeur. Elle eut à ce moment une singulière querelle avec lui, qui marqua sa complète rupture. Un soir l'évèque de Valence vint dans la chambre du prince, qui était alité, et la princesse le pria de jouer avec elle une pistole : on commença à jouer en quatre points. Le sort se prononça pour elle, et en peu de temps elle gagna cent pistoles : cette mauvaise chance semble avoir quelque peu aigri le prélat, qui dit assez brusquement à sa partenaire : « Ce jeu commence à tourner en ridicule. » Mais la princesse répliqua : « Je voudrois bien , pour la rareté du fait, ayant commencé par une pistole, vous pouvoir ruiner avant que de quitter les cartes. » Il fallut continuer. Au bout d'un quart d'heure encore

servait pas les plus strictes exigences de la politesse. Au sujet de sa négligence à répoudre à M°^« de la Mailleraye, la duchesse de Longuoville écrit un jour à M™*^ de Sablé : « Je suis quasi honteuse de ce que vous me mandez de la princesse de Conti, Elle ne fait pas cela par dessein de manquer aux gens, mais il est vrai qu'elle ne sait pas comment il faut procéder avec le monde. »

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