‹ Une nièce de MazarinChapitre 42 sur 113 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

La réponse du cardinal est curieuse : « Il faut faire eu sorte que les médecins disent librement à M. le prince dcConti que, s'il ne se sépare de sa femme, il la fera absolument mourir. Vous pouvez lui dire de ma part que le plus grand mal que M"* la Princesse ait, c'est l'amour que lui a pour elle, et que je le prie de le lui témoigner en la manière que les médecins disent , parmi lesquels M. Yalot en parle en des termes assez précis. » Le cardinal ajoute un post-scriptum qui est important : « Vous me dites en une autre lettre que je viens de recevoir, que ledit prince de Conti se disposoit à partir mardi ; mais j'apprends que les cabaleurs l'empêcheront tant qu'ils pourront. C'est pourquoy, parlez avec fermeté, et dites-luy, jusques-là que, s'il ne vient, c'est me déclarer qu'il n'a aucune amitié pour moy et qu'il me préfère ceux qui assuremment n'en ont aucune pour luy, qui ne songent qu'à leurs affaires et à tascher de se rendre nécessaires, et qui préjudicient à sa réputation. Vous en pourrez parler encore en ces termes à M""" la Princesse et luy dire qu'elle ne la fera pas longue si son mary est toujours auprès d'elle, et que ceux qui la flattent, luy parlant autrement, la veulent .perdre. Ditesluy aussy, l'obligeant auparavant au secret, que Gourville se vante desjà de la gouverner , et je ne m'en estonne pas, car il avance aussy qu'il fait la mesme chose à mon esgard et qu'il sçait bien comme il faut me mener *. »

Gourville avait connu le prince de Conti à Bordeaux d'abord, où la cour l'avait employé comme négociateur secret auprès de lui, puis à l'armée de Catalogne, oii il avait eu lintendance des vivres et d'où il était revenu avec lui en 1655. Il s'était insinué assez avant auprès

' Corresp. deColbert, par P. Clément, I, 456.

de la princesse, et on peut sans médisance lui attribuer la disgrâce de l'évêque de Valence, mais celui-ci se vengea : <( Un de ces messieurs de la cabale contre moi, qui étoit auprès de Son Altesse, dit-il dans ses mémoires, et qui ne m'aimoit pas, étant venu à Paris, et M. le Cardinal s'étant plaint devant lui, il lui dit que c'étoit par mes conseils et que j'avois beaucoup empiété sur l'esprit de M""* la Princesse. » Au mois d'avril 1636 Gourville fut mis à la Bastille ; il y resta jusqu'au mois de septembre ^

Il ne paraît point que les sages conseils du cardinal aient été suivis : les deux époux demeurèrent ensemble, le prince avançant de plus en plus dans la voie des austérités, la princesse toujours souffrante et hésitante. L'année s'acheva au milieu de ces occupations, et l'hiver se passa sans amener d'incidents à recueillir. Le prince avait obtenu le commandement de l'armée d'Italie, et il alla en prendre possession au commencement du mois de mai 1657. « En partant, dit Cosnac, il me fit plus d'amitiés que je n'en attendois : il me promit de ses lettres, me demanda des miennes en me recommandant madame sa femme dans toutes les affaires qu'elle auroit à la cour. » Mais il ne promit rien, tout en répondant poliment et en ayant même à subir ensuite les instances du cardinal : « Tout ce qui s'étoit passé, joint à l'extrême indifférence que la princesse me témoignoit, me fit croire que je ne pouvois plus faire dans sa maison qu'un mauvais personnage. » Il s'éloigna sous

' Nous ne pouvons facilement nous expliquer le langage de Mazarin dans sa lettre du 26 juillet, alors que Gourville était encore à la Bastille. Du reste la cabale, pour employer le mot usité, était alors fort déconcertée, comme le remarque Cosnac avec satisfaction : avant le départ du prince de l'armée, nous voyous Tarclicvèque de Sens exilé dans son diocèse, Caudale en Catalogne, la Rochefoucauld à Verteuil, Gourville disgracié, Lauglade également.

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