‹ Une nièce de MazarinChapitre 43 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

prétexte d'affaires de famille qui rappelaient à Amiens, puis, dans la pensée de se rendre enfin dans son diocèse, il vint pour faire ses adieux à la cour alors à la Fère. On lui prodifîua les plus flatteuses gracieusetés, et c'est là que le cardinal le prit un soir h part pour lui parler de l'antipathie que lui causait le père de Ciron, et lui annoncer son intention de le faire mettre à la Bastille : « C'est un janséniste qui fait des cabales dans Paris, sous prétexte de dévotion ; M. le prince de Gonti et ma nièce ne se conduisent que par ses conseils. » Cosnac assure qu'il plaida contre une mesure aussi rigoureuse et conseilla de renvoyer simplement l'abbé à Toulouse, ce qui fut exécuté un peu plus tard ; mais , certaines indiscrétions aidant , Cosnac eut auprès du prince de Conti la réputation d'avoir provoqué une sévérité qu'il avait au contraire considérablement fait adoucir ^ De la Fère, le prélat prit le chemin de Valence, où il arriva dans les premiers jours du mois de septembre et oii il s'empressa d'entreprendre une visite diocésaine à la nouvelle que le prince de Conti allait passer par là, en revenant d'Italie, excessivement mécontent de l'alFaire du père de Ciron et se plaignant hautement de son ancien aumônier à ce sujet.

La princesse cependant avait repris sa correspondance plus active , plus tendre que jamais avec son mari ; on y voit qu'elle en avait fini avec ses fameux doutes religieux et que la foi la plus vive s'était emparée d'elle. Chacune de ses lettres en témoigne, et elle ne cesse de répéter à son mari que la pensée de Dieu et celle de l'éternité devaient être les seuls mobiles de la vie ici-bas.

' Voii', plus lias, les lettres de la princesse! du mois de juillet de 16b7.

A Paris, ce 7 mai i6b7.

Mon cher mari, je suis en g-rande impatience d'avoir de vos nouvelles. J'espérois que Chanest arriveroit aujourd'hui, mais il n'est point arrivé : vous savez que c'est la seule chose qui m'est ag'réable, privée de mon cher enfant qui a toute mon amitié. Je suis bien assurée que j'ai g-rande part à la sienne et qu'il m'aime aussi tendrement que je l'aime. J'ai eu bien du chag'rin depuis que je suis arrivée ici ; j'ai trouvé un grand bruit sur les affaires de la maison du roi, et je sais comme monsieur le cardinal vous avoit écrit une lettre assez rude sur ce sujet. Il m'en a parlé se plaig'nant de ce que vous avez fait à Fontainebleau tout le contraire de ce que vous étiez demeuré d'accord avec lui. Gomme je m'étois fort informée de la chose devant que de le voir, afin de lui faire connoître qu'il avoit tort, je lui en parlai assez fortement. Je lui dis sur ce qu'il se plaig*noit que vous eussiez permis aux pourvoyeurs qu'en cas qu'ils ne fussent point payés de quitter; que c'étoit une chose que tous les autres g-rands maîtres avoient faite, et que, s'il ne me croyoit pas, je le lui ferois voir. Guillerag'ues vient de me porter la lettre de Son Eminence pour vous, que je croyois que vous aviez déjà vue et que que M. d'Estrade lui a donnée, parce qu'on lui a dit qu'elle étoit un peu fâcheuse; il ne la pas voulu porter. Je l'ai ouverte croyant que vous le trou-

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