CHAPITRE II
veriezbien. Je fus encore hier chez S. Ém. et y menai Marande et nous kii fîmes si bien voir que vous n'aviez rien changée de ce que vous lui aviez dit et que vous aviez tout fait dans l'ordre que je crois que nous le convainquîmes; mais, comme vous pouvez penser, il n'eut g^arde de l'avouer. Bréquig^ny vous dira les autres choses sur quoi l'on a fait des bruits. Pour moi, j'ai ordonné aux maître d'hôtel et contrôleurs de suivre les ordres que vous leur avez donnés ponctuellement et qu'ils me laissent le soin du reste. Je vous avoue pour moi que cela ne m'a donné de la peine que par le chag'rin que je suis assurée que cela vous donnera. J'aurois souhaité pouvoir vous l'ôter de tout mon cœur et avoir mille fois le chagTÎn que cela vous donnera, mais il faut que vous le souffriez avec joie pour l'amour de Dieu et que vous soyez bien aise d'avoir cette peine pour la lui offrir. J'en ai parlé au milord, qui m'a dit qu'il croit que vous ferez bien de répondre à S. Em. un peu fortement lui disant vos raisons. A moi aussi, il me semble que cela seroit bien. La cour est partie aujourd'hui : pour moi, je demeure à Paris pour me baig-ner et je n'irai retrouver la reine qu'après que j'aurai pris les eaux de Forg'cs. Bréquig-ny vous dira toutes les nouvelles d'ici : pour moi, je vous dirai que je m'ennuie furieusement de ne vous point voir, que je ne saurois avoir de joie sans vous, que vous êtes tout mon bien, que je n'aime rien au monde que vous, et qu'en vous disant tout cela je
VOUS assure que je ne vous dis que la moindre partie de ce que je suis pour mon bien cher mari. Adieu. Priez Dieu pour moi, je vous en supplie.
Paris, 8 mai 1657 '.
Mon cher enfant j'ai reçu avec beaucoup de joie une de vos lettres : c'est la seule que je suis capable d'avoir quand je ne vois pas mon cher mari qui fait tout le bonheur de ma vie : jai un furieux chagrin d'être séparée de lui ; je crois qu'il en a aussi de ne point voir sa pauvre femme : elle vous aime avec un amour extrême et il ne peut être ég'alé que par celui que je sais que vous avez pour moi : aimons-nous, mon cher mari, mais aimons-nous en la crainte de Notre-Seig-neur ; n'aimons que lui qui est notre souverain bien , et il faut être à lui sans nulle réserve : priez bien Dieu pour moi, car j'en ai un furieux besoin. J'ai parlé au milord^ de l'affaire de 130,000 livres : il la trouve juste; c'est un bon homme et qui est bien à Dieu. Marquisio vous a informé de toutes nos affaires, et
* Le même jour, le prince écrivait de Moulins au P. de Ciron : « Je ne puis vous rien écrire de mon intérieur, car, outre qu'il faut un peu de séjour à Lyon pour me mettre devant Dieu afin de vous en informer plus en détail, il est présentement si diversifié de soucis et d'inquiétudes, de recueillement et de sécheresse, que rien n'est si bizarre, presque aucun jour ne se ressemblant. J'ai presque toujours ma misère devant les yeui depuis mon départ, et cette parole dans la mémoire que vous me dites en relaxant ma pénitence : Tantum ne libertatem des in occasionem carnis. J'espère par la miséricorde de ce Dieu , non pas autre chose, de la mettre en pratique. »
- Ce mot désigne le P. de Ciron.