CHAPITRE JI
c'est pourquoi je ne vous dis rien : on ne peut pas en mieux user qu'a fait M'"" de Liancourt; elle souhaite fort que celui qui est dans Nanteuil y demeure : je serois de méchante g-râce de le lui refuser : mandez-moi votre volonté là-dessus, et vous pouvez croire qu'on fera ce que vous ordonnerez. On avoit investi Camhray où il n'y avoit que cinq cents hommes dedans : Monsieur le prince, qui venoit avec quatre mille hommes, croyant que l'on avoit assiég"é..., on lui dit par le chemin que c'étoit Camhray, et il prit des g-uides pour s'y en aller et entrer dans la place. Dans cette affaire entre mort et pris, il n'y a eu que ce seul Barbesiere que le malheur suit en tout lieu. La cour est à la Fère : on ne sait point encore ce que fera l'armée de Flandre. S. M. m'a fait écrire sur ce que je lui avois mandé de retenir l'arguent de Ghemerault : que cela n 'avoit pas été payé à M. Guepuan pour remettre la compagnie dans l'état qu'elle devoit être et pour réparer les désordres que la compag'nie des gens d'armes avoit faits, mais qui avoit été payé et qu'il n'y avoit rien à faire : qu'on ne devoit pas faire difficulté de le retenir à la Bastille jusqu'à ce que vous eussiez régulé ce qu'il devoit donner et qu'il eût fait, puisque je nel'avois point fait ; du reste ce pourquoi vous manderez, s'il vous plaît, ce que vous croyez qu'il soit obligé de donner et qu'on donne ordre à cette affaire. Je ne sais si je m'explique bien , mais je me fie en votre esprit qui fait que vous entendez à demi-mot ce que
l'on VOUS dit. Ce que je vous conjure de bien comprendre, c'est l'amitié que j'ai pour vous; mais je le crois impossible, puisqu'elle est extrême et que rien ne le peut exprimer. Aimez-moi de tout votre cœur, je vous en prie. Bonsoir, mon cher mari; je suis toute à vous, je vous le proteste.
Paris, H mai 1657.
Gharay est arrivé. J'ai eu bien de la joie en recevant ses chères lettres. Les marques de votre amitié me sont si chères que, quoique j'en suis assurée, je ne laisse point d'en être furieusement touchée. Mon cher mari, l'amour que j'ai pour vous est extrême; je crois que rien ne le peut ég-aler que celui que vous avez pour moi. Conservez-lemoi, mon cher enfant, je vous en prie; mais il faut aimer Notre-Seig-neur plus que toute chose, car nous ne sommes rien : il faut être bien à lui et le prier qu'il nous fasse la g-râce de ne nous aimer qu'en lui pour l'amour de lui, et qu'il nous mette bien dans le cœur qu'il faut toutes nos espérances à lui et que tout le reste n'est que vanité. Je donnerai votre lettre au milord avec les mémoires que vous avez envoyés de vos terres. Nous avons commencé une neuvaine pour vous à la Sainte- Épine. J'y suis allée aujourd'hui y entendre la messe : c'est un bon homme et qui est bien à Dieu. J'ai su ce que vous mandez à Marquisio sur nos affaires : tout de bon, on ne peut pas en user