‹ Une nièce de MazarinChapitre 46 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

d'une manière plus oblig-eante que vous faites pour moi. Ce n'est pas pour vous faire un compliment, car nous n'en sommes point là.

Je ne veux rien dire de nos affaires, car je dirai à Marquisio de vous en informer. Les bruits qu'il y avoit eu pour la maison du roi sont tout à fait apaisés. Je crois être oblig-ée de vous dire qu'on ne peut pas ni plus fortement parler ni mieux pour vos intérêts sur cette affaire que fît Marande à S. Em. devant moi. Je crois qu'il est inutile que je vous supplie de m'écrire souvent, puisque je sais que vous y prenez autant de plaisir que moi. Adieu, mon cher enfant; je vous aime plus que moimême, je vous le proteste.

M. de Long-ueville a été à Paris et m'a été voir; il est allé à la cour; il m'a dit que le mariag*e de sa fille se fera à son retour.

Paris, ce \i mai 1657.

Quoi qu'il n'y a que deux heures que je vous ai écrit, je le fais encore avec joie par un courrier que vous envoie l'abbé de Roquette pour vous dire encore que je vous aime de tout mon cœur. Aimezmoi, mon cher mari , et me croyez toute à vous. Souvenez-vous de prier Dieu pour moi, car j'en ai bien besoin : je suis si méchante! Adieu, mon tout; bonsoir, mon cher mari, je suis plus à vous qu'à moi-même. Tout le monde dit que l'affaire de

l'abbé de Roquette est honnête, entre autres M. Esprit, qui dit qu'il faut écrire pour lui ; mais, comme il a dit à sa présence, je ne lui dirai pas. Vous savez comme il aime à se mettre bien avec les domestiques; mais, pour parler sérieusement, on dit que c'est une chose qui ne s'est jamais faite. Je crois qu'il n'est pas besoin de vous le recommander : vous verrez combien vous y êtes intéressé.

Paris, 15 mai 1657 *.

Mon cher mari, j'ai une impatience horrible que le courrier arrive afin d'avoir de vos nouvelles : c'est la seule consolation qui me reste, privée de vous qui êtes tout mon bien et mon unique joie. Je vous aime de tout mon cœur, mon cher mari, et vous m'aimez bien aussi. Je vous proteste que je suis aussi sûre de vous que de moi. Je sais que nous nous aimerons toujours et que nous sommes le bonheur l'un de l'autre. Ecrivez-moi des lettres bien long'ues, je vous ert prie, au nom de Dieu. Ayez bien soin de votre santé, elle m'est mille fois

* Le même jour le prince écrivait de Lyon au P. de Ciron : « M. de Montaigu nous a joints. Nous sommes trois de notre bord. Nous nous assemblons tous les soirs pour prier et pour conférer de nos obligations chacun en notre poste et pour nous départir entre nous les bonnes œuvres.Nous avons euicile bonheur d'assisterplusieurs pauvres, defairesortir un prisonnier et de réconcilier deux familles des plus considérables de Lyon qui étoient à coupe-gorge... Il y a des comédiens ici qui portoient autrefois mon nom : je leur ai fait dire de le quitter, et vous pensez bien que je n'ai eu garde de les aller voir... Je suis assez en paix, avec peu de goût à la prière et au déjeuner (la discipline). »

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