CHAPITRE II. 9i
plus chère que ma vie. Marquisio vous informe de toutes nos affaires, c'est pourquoi je ne vous en dirai rien. Il m'a prié de vous recommander l'homme pour lequel il vous prie. Vous en ferez ce que vous jug-erez convenable. Je pars lundi. Barbezière est présentement à la Bastille. On m'a dit une nouvelle que je nesaurois croire jusqu^à ce que vous me mandiez ce qu'il en est, qui est que vous avez donné la main chez vous au prince de Garig-nan : cela seroit d'une horrible conséquence, car, s il venoit à Paris, vous seriez obligée de lui donner la main, et par conséquent à tous les princes et à son frère aussi, puisque lui n'est pas fils de souverain et n'est pas plus que les autres princes. Je vous avoue que je ne saurois me persuader que vous l'ayez fait. Mandez-moi ce qu'il en est. Le milord viendra de Forg*es dans cinq ou six jours après moi : il prie bien Dieu pour nous. C'est un bon homme et qui vous aime bien; ce n'est pas qu'il le dise, mais je le bien {sk) comme l'amitié d'un homme qui est bien à Notre-Seig-neur comme il est, et bien précieux et bien solide. Bonsoir, mon pauvre enfant. Je vous aime avec bien de la tendresse et vous êtes bien avant dans mon cœur. Je vous le proteste, mon tout, et que je suis plus à vous qu'à moi-même.
Paris, lo mai 1657.
Mon cher mari, j'ai reçu avec bien de la joie
une de vos lettres de Lyon. Je ne doute point que vous ne vous ennuyez fort de ne point voir votre chère femme. Vous croyez bien qu'elle a un chag"rin qui ne se peut exprimer d'être séparée de vous. Vous êtes toute ma joie, et je n'en saurois avoir quand je ne vous vois pas. Je suis furieusement abattue. Je fus saig'née hier et je pris médecine aujourd'hui et je serai saig'née demain. L'Arbouste part demain et je vous écrirai une long-ue lettre par lui. Celle-ci vous dira comme toutes les autres que je vous aime de tout mon cœur, et je crois que, quoique je vous le dise souvent, vous êtes toujours bien aise de le lire. Vous êtes bien avant dans mon cœur, mon cher enfant, et je vous aime bien tendrement. Aimez-moi, je vous en conjure, et priez Dieu pour moi; je vous assure que je me souviens bien de vous dans mes prières, quoique je sois bien misérable. Adieu, mon cher, je vous donne le bonsoir et suis toute à vous.
Paris, 16 mai 1657.
Je reçus avec beaucoup de joie deux de vos lettres. Vous me dites que vous n'avez point reçu de mes nouvelles par l'ordinaire. Il faut que ma lettre soit perdue, car je vous écrivis le jour que j'arrivai à Paris. Je n'ai pas manqué ni un ordinaire ni une seule occasion de le faire : j'y prends trop de plaisir pour en perdre une seule occasion. Moucher mari, je suis dans un chag-rin horrible de ne vous