‹ Une nièce de MazarinChapitre 48 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

point voir. Je vous ferois pitié si vous pouviez voir l'état où votre absence a mis votre pauvre femme. Je sais bien que vous êtes bien fâché de l'avoir quittée, mais il faut vouloir ce que Dieu veut et être bien aise de souffrir cette peine pour l'amour de lui. Je vous remercie de ce que vous priez Notre- Seig*neur pour moi. Je vous assure que vous ne sauriez rien faire qui me soit plus ag-réable; je ne prie jamais Dieu que je ne me souvienne de mon enfant; je dis toujours : Mon Dieu, faites miséricorde à mon mari, faites-lui la g-râce de n'être qu'à vous. Quand vous écrivez au milord, mandez-lui que, s'il a affaire d'arg*ent pour les missions qu'il envoie en Guyenne, qu'il me le demande; je lui ai déjà dit, mais, comme j'ai peur qu'il n'en fasse façon, il sera bon que vous lui mandiez. Je sais ce que Marquisio vous écrit pour nos affaires. Je crois qu'il sera nécessaire que nous vendions nos terres de Berry pour acheter Nanteuil, car autrement il faudroit trouver 500,000 livres. Je verrai vendredi les sieurs Ozonet et Ghapion pour savoir leur pensée sur cette terre. Je me suis baig-née aujourd'hui et je crois que je demeurerai tout ce mois-ci : après j'irai prendre les eaux de Forg'es. Ayez bien soin de votre santé, je vous en conjure, mon cher enfant; aimez-moi et soyez assuré que je vous aime avec ladernière tendresse et queje n'aimerai jamais rien que vous. Je vous embrasse de tout mon cœur, mon cher mari, et suis toute à vous.

A Paris, 18 mai 1637.

Mon cher mari, le courrier de l'abbé de Roquette m'a porté une de vos lettres. J'ai bien de la joie de me voir si tendrement aimée de mon cher enfant : son amitié fait le bonheur de ma vie. Vous m'écrivez des lettres trop courtes. Je vous conjure de m'en écrire de bien long-ues, car c'est la seule consolation que j'ai, séparée de mon cher mari. Mandez-moi comment vous passez la journée, à quoi vous vous divertissez, si vous avez bien du temps pour prier Dieu : les moindres bag-atelles que vous me manderez me donneront de la joie, car tout ce qui vient de vous m'est cher. Mon cher mari , il faut nous aimer toujours, mais il faut prier Notre-Seig^neur qu'il nous fasse la gTâce de nous aimer en lui et pour l'amour de lui: priez-le bien pour moi, je vous en prie , car j'en ai furieusement besoin. Guillerag-ues se porte mieux et partira lundi et vous portera mon portrait : il seroit parti déjà, sans que je l'ai fait attendre afin qu'il vous apporte mon portrait. Ils sont à présent d'accord Charnu et lui, et Guillerag'ues en a bien usé. J'ai vu aujourd'hui les sieurs Ozonet et Chapion et Gaumont pour savoir leurs avis sur Nanteuil : ils m'ont dit que nous ne pouvions faire une meilleure acquisition. M"' de Liancourt s'en est rapportée à... Si nous le pouvions avoir à 500,000 livres avec

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