‹ Une nièce de MazarinChapitre 49 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

la part de M. de Montbazon, ce sera une bonne affaire. On présentera une requête au parlement pour pouvoir vendre jusques à la concurrence de 500,000 livres sans que cela nuise en rien au partag-e. Je trouve que vous avez raison de vouloir pousser l'abbé de Sainte-Croix, car c'est une horrible insolence que la sienne. Il m'a fait prier de le vouloir voir pour recevoir ses excuses : vous pouvez croire si je l'ai voulu. M. Esprit s'en est allé avec M. de Ghalon pour quelque temps : il ne m'a pas dit pourquoi c'étoit, mais on m'assure que c'étoit pour voir une fille que M. de Ghalon lui veut faire épouser : si cela est vrai, voilà la pauvre Bouse abandonnée' : voilà ce que c'est

* Jacques Esprit avait d'abord appartenu, sans entrer dans lesordres, à l'Oratoire : sa santé l'obligea à en sortir; il passa alors quelques temps chez M. de Montausier en Angoumois et de là en Languedoc où Tallemant nous dit « qu'il se donna au prince de Conti ». Il renonça ensuite à ses projets de i-etraite et le mariage dont il est question eut probablement lieu, car nous savons qu'il se maria à cette époque. Le prince de Conti lui assigna 40,000 livres sur le comté de Pézenas, et la duchesse de Longueville lui donna d 5,000 livres en argent comptant. Tallemant nous apprend que sa femme était <c une assez belle (ille », et ajoute que ce fut pour « l'acquit de sa conscience ». Il eut trois filles; deux se marièrent et une se fit religieuse. Esprit fut logé chez le prince avec une pension de 1,000 livres : il prit un grand ascendant sur lui et gouverna véritablement pour lui en Languedoc. Après la mort du prince, il se retira à Béziers, sa ville natale, où il s'éteignit le 6 juillet 1678.

Cosnac raconte une assez plaisante anecdote, qui montre que ce ne fut pas précisément par une grande indépendance qu'Esprit conquit la faveur du prince. « M. le prince s'étoit mis dans sa tête d'aller en masque courir les rues de Montpellier. Je fis pour l'en détourner tout ce que je pus; je lui donnai assez à entendre que le seul plaisii- d'être masqué étoit de ne pas être reconnu. (Le pi-iuce était complêttunent bossu. Ce-

que le monde : allez vous y fier ! Nous ne sommes pas trop bien ensemble : il boude, mais vous savez comme cela m'inquiète.

Paris, 25 mai ]6o7.

Mon cher mari, je voudrois bien vous voir : je suis si chag'rine et si ennuyée d'être séparée de vous que je n'en puis plus : il faut pourtant avoir patience , puisque Dieu le veut : il faut se conformer à sa sainte volonté : je crois que je ferai bien de vous g*ronder un peu de quoi vous m'écrivez des lettres si courtes : vous ne répondez pas un mot à tout ce que je vous écris. Je me suis plus tourmentée pour les affaires de la maison du roi, et vous ne me mandez pas seulement si j'ai bien ou mal fait. Je crois cependant que vous avez raison et que je suis bien payée de ma peine par le plaisir que j'ai de la prendre pour vous. X'allez pas croire que je suis en colère, car c'est en riant ce que je dis. Vous savez bien que je ne saurois me fâcher contre mon cher enfant et que je l'aime trop pour avoir jamais rien contre lui. J'ai fait merveille sur l'affaire de l'abbé de Roquette : lui-même vous informera de la chose,

pendant, personne ne s'y opposant que moi, il se masqua. Dès qu'il eut achevé de s'habiller, Esprit entra dans sa chambre, et, l'ayant considéré longtemps avec un embarras affecté, il s'approcha de moi, et, d'un ton extrêmement fort quoique étouffé, il me demande: — Quel est celui-là? — Je sortis de là en m'écriant : Oh! le lâche flatteur! — On peut juger si Esprit me le pardonna. » La vérité est ijue Cosnac détestait Esprit, à cause de l'influence qu'il sut prendre sur le prince.

CHAPlTlRE IL 97

et moi, je vous dirai seulement que S. Em, en a fort bien usé et qu'il n'a pas voulu voir l'abbé de Sainte- Croix qui étoit allé à la cour pour se justifier *. M. Ondedei a fait fort bien aussi. La cour ira à Boulog-ne. S. Em. m'a écrit une lettre pleine de douceur. L'armée de Flandre est de quarante mille hommes : il est arrivé sept mille Ang'lois. S. Em. m'a envoyé un mémoire des plaintes contre vos troupes en g-énéral , mais particulièrement contre les g'endarmes. Je lui écrirai demain et je lui manderai, comme vous m'en avez déjà écrit, de savoir si M. de Guepuan n'avoit pas achevé de les payer, de retenir arg-ent pour mettre les compag-nies en état et pour réparer les désordres qu'il avoit faits. Barbezièrea enlevé Girardin et l'a mené à M. le Prince : il vouloit prendre la Basinière , mais il le manqua. Ghemerault me vint voir hier : il me dit qu'il y avoit plus d'un mois qu'il n'avoit vu son frère : on l'a pourtant mis à la Bastille et Tabouret aussi. M"" de Long-ueville Fa demandé à M. le Prince : Girardin a dit qu'on veut lui faire payer 300,000 livres de rançon. A la fin M"" de Long-ueville est mariée. Le mariag-e de M. Esprit est rompu avec M"° de Boussy. Il commencera à cette heure à parler de quelque autre, et apparemment il passera sa vie à traîner des mariag'es. Marquisio vous informera de nos affaires. Ayez bien soin des miennes auprès de vous : je

' François Mole, flls du chancelier, abbé de Sainte-Croix de Bordeaux.

VOUS en prie, aimez-moi autant que je vous aime. Je sais bien que vous m'aimez de tout votre cœur et que vous m'aimerez toujours , et je suis assurée de mon cher mari comme de moi-même : apprenez à faire comme moi, à écrire de long-ues lettres. N'allez pas croire que je suis fâchée, et apprenez que, si je l'étois, je ne g-ronderois pas. Je ne vous ai jamais tant aimé que je vous aime. Priez Notre- Seig-neur qu'il me fasse la gTàce de n'être qu'à lui et qu'il me fasse miséricorde. Adieu, mon cher, je vous écrirai demain par Guillerag-ues. Chemerault est payé de tout.

Paris, 26 mai 1657*.

Je vous écrirai deux lettres à ce matin ; toutes deux ne vous diront que la même chose, et, quand je vous en écrirois mille, elles seroient toutes remplies de l'amitié que j'ai pour vous. Je crois que, comme rien ne m'est si ag-réable que d'assurer mon cher mari de l'extrême tendresse que j'ai pour lui, il en est de même et que rien ne peut tant lui plaire que les marques de mon amitié : je voudrois lui en pouvoir donner qui lui en fît connoître la g*randeur et qu'il la possède tout entière : je suis toute à mon cher enfant. Je le prie de m'aimer et

* Le même jour, le prince écrivait au P. de Ciron : « Je bénis Dieu des saintes dispositions de ma femme, et je vois par sa correspondance dus grâces de J.-C. le peu de fidélité que j'ai à celles que je reçois qui sont très-grandes, et plus grandes que jamais, n

Page 1