‹ Une nièce de MazarinChapitre 50 sur 113 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

de prier Dieu pour moi : il faut nous donner bien à lui et le supplier de nous faire la g^râce de ne nous aimer qu'en lui et pour l'amour de lui. Les choses de ce monde ne sont que vanité : il ne faut pas s'y attacher. Quoique je sois bien misérable, je ne vous oublie point devant Notre-Seig'neur. Faites-en de même, je vous en conjure. Adieu, mon cher enfant, aimez-moi autant que je vous aime.

Paris, 27 mai 1637.

Guillerag-ues, qui vous rendra celle-ci, vous dira que je me porte fort bien, et moi, je vous dirai que je vous aime de tout mon cœur et que je m'ennuie fort de ne vous point voir. Je crois que vous en êtes de même. Mon cher enfant, que nous serions heureux si nous pouvions toujours être ensemble! Au nom de Dieu, écrivez-moi des lettres un peu plus long'ues : c'est la seule consolation que j'ai, séparée de mon cher mari, que de lire ses chères lettres. Je ferai mes compliments au milord, il prie bien pour vous. Je vous conjure d'avoir bien soin de votre santé, de prier Notre-Seig'neur pour moi. Bonsoir, mon cher mari : je suis toute à vous : aimez-moi de tout votre cœur; je vous aime bien, mon enfant.

Paris, 29 mai 1637.

Mon cher mari, je ne veux pas perdre une seule occasion de vous donner de mes nouvelles. Je sais

la joie que vous donnent mes lettres et que c'est la seule que vous ayez, privé de votre pauvre femme qui vous aime de tout son cœur et plus mille fois qu'elle-même. En vérité, mon cher amour, rien ne peut ég'aler la tendresse que j'ai pour vous : elle est extrême ; je vous conjure d'avoir soin de votre santé pour l'amour de moi, elle m'est mille fois plus chère que la mienne. Guillerag'ues part aujourd'hui qui vous porte mon portrait. Je lui envie bien le bonheur qu'il aura de vous voir, mon cher enfant. Je voudrois bien être à sa place. Mais Dieu ne le veut pas. Priez Notre-Seig*neur qu'il me fasse supporter cette peine pour l'amour de lui et qu'il me fasse la g-râce de n'être qu'à lui : il ne faut aimer que lui : tout le reste n'est que bag-atelle. Je prie Notre-Seig'neur de nous mettre cela bien dans le cœur, à mon cher mari et à moi et que nous mourrions plutôt que de l'offenser. Priez bien Dieu pour moi, car j'en ai un furieux besoin. Bonsoir, mon petit enfant; je suis bien à vous, je vous le proteste. La cour est à Montre uil où elle demeurera quelque temps à cause que les ennemis sont entre Gravelines et Dunkerque. Je partirai d'ici dans dix ou douze jours pour Forg'es; après que j'aurai pris les eaux, j irai à la cour : S. Em. m'y souhaite fort. Je crois n'y pouvoir être qu'au commencement de juillet. A quelque lieu que je sois, il me sera fort désag*réable, puisque je ne trouverai pas mon cher mari qui est tout mon bien et tout ce que j'aime au monde.

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