‹ Une nièce de MazarinChapitre 51 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Paris, 29 mai 16o7.

Quoique je vienne de vous écrire et que je l'aye déjà fait par Guillerag-ues que je croyois devoir partir il y a deux jours, je le fais encore avec joie pour vous dire ce que je vous dirai toute ma vie, que je vous aime tout ce que je suis capable d'aimer, et que je n'aime rien au monde que mon cher mari. Je crois qu'il m'aime bien et son amitié fait tout le bonheur de ma vie : soyez persuadé de cette vérité et me croyez vôtre.

Paris, l'-^juin 1637.

Mon cher mary, je vous aime plus que je n'ai jamais fait : vous êtes bien avant dans mon cœur. Je vous aime bien tendrement, faites de même, aimez toujours votre chère femme qui est toute à vous. Je fis hier mes dévotions et je me souvins bien de vous. Il faut être bien à Dieu, mon cher enfant. Priez Notre-Seig*neur pour moi qu'il me fasse miséricorde et qu'il me pardonne mes péchés : je suis bien misérable. La cour est retournée à Amiens. Je crois qu'on a assiég'é Gambray. Marquisio vous informera de toutes nos affaires. Il m'a dit seulement de vous mander qu'il a été résolu dans le conseil de M. de Liancour et de M. de Montbazon qu'il vendroit Nanteuil. A cette heure il n'est plus question que du prix duquel je crois

qu'on demeurera d'accord bientôt. Je vous supplie de m'écrire le plus souvent qu'il vous sera possible, puisque vos lettres sont la seule consolation que j'ay, séparée de mon cher enfant, que j'aime de tout mon cœur. Je vous conjure d'avoir bien soin de votre santé, elle m'est chère. Priez Dieu pour moi et croyez que je suis plus à vous qu'à moi-même.

La vraie et solide amitié que de prendre part au bien qu'il nous arrive qui reg-arde notre perfection: c'est là notre unique affaire, les autres sont jeux d'enfant et n'en méritent pas le nom. Priez Notre-Seig-neur qu'il mette cette vérité dans nos cœurs et qu'il nous fasse la g*râce de n'aimer que lui. C'est notre unique bien : aimonsle de tout notre cœur. Bonsoir, mon cher mari, je suis toute à vous. Je vous aime avec un amour extrême; je vous le proteste, mon tout; je vous aime bien tendrement et je vous aimerai toute ma vie de tout mon cœur.

Forges, 2 juin 1657.

Vous êtes le meilleur enfant du monde, vous m'écrivez des lettres si tendres et si pleines d'amitié que je ne vous puis exprimer la joie qu'elles me donnent. Vous savez, mon cher mari, que je n'aime rien au monde que vous, que votre amitié fait tout le bonheur de ma vie. Conservez-la-moi,

Page 1