‹ Une nièce de MazarinChapitre 52 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mon cher enfant, je ne pourrois pas vivre si je croyais que le temps la peut faire diminuer. Mais je suis assurée que mon cher mari m'aimera toujours, et je suis aussi assurée de vous que de moi. Mais, mon cher, priez-vous bien Dieu pour que cette amitié nous serve pour notre satisfaction et que Notre-Seig'neur nous fasse la g-ràce que nous vivions comme doivent vivre un mari et une femme chrétienne? Il faut bien prier Dieu pour cela, c'est notre grande affaire et la seule pour laquelle nous sommes en ce monde. Dieu nous a fait une g'rande miséricorde, à vous et à moi ; il faut lui être bien fidèle. Je me réjouis avec vous de quoi vous êtes dans Valence et que les ennemis se sont retirés. Je ne sais si vous ne serez point jaloux, mais je vois bien que j'aime fort M. de Fueldensag'ne, mais vous ne voudriez pas que je fusse ing^rate, et il m'a fait un si grand plaisir de n'avoir point voulu se battre que j'ai dit mille biens de lui. Vous voyez comme je suis ennemie de votre gloire, et si je suis assurée que vous ne m'en voudrez pas de mal; il faut bien remercier Notre-Seigneur de toutes les g-râces qu'il nous fait et lui offrir toutes les peines que vous avez. Conservez votre santé , je vous en prie : vous savez combien elle m'est chère; la mienne est fort bonne. J'ai commencé aujourd'huy à prendre des eaux.

S. E. souhaite fort que j'aille à la cour, mais je crois n'y pouvoir être que dans un mois. Il m'écrit des lettres pleines d'amitié et mo fait sa cour en

104 LA PRINCESSE DE CONTl.

me disant mille biens de vous, car on croit que je vous aime, et vous savez ce qu'il en est. Je ne vous dis point de nouvelles de mon midi, car assurément vous en saurez de plus fraîches de Paris. Le milord n'est pas encore venu ; il est allé voir M. de Long'ueville à Goulonbier. Je ne sais pas encore quand il viendra. Continuez, je vous prie, de m'écrire de long'ues lettres et vous serez un bon enfant : elles sont ma seule consolation, privée démon tout. Je m'ennuie bien de ne le point voir et j'en ai bien du chag-rin ; mais Dieu le veut, et il faut avoir patience et le souffrir pour l'amour de lui. Marquisio veut que je demande le bien de M. le Prince à M. le cardinal. Je crois qu'il vous en a écrit la raison ; elles me paroissent assez bonnes, mais je n'en parlerai point que je n'aie su vos sentiments là-dessus; ils rég*leront toujours toute ma conduite. Je crois que vous n'en doutez pas; je vous conjure d'en être persuadé et que rien ne peut ég-aler la tendresse que j'ai pour vous. Adieu, mon très-cher mari, je vous aime beaucoup plus que moi-même et je serai toute à ce cher enfant, je vous le proteste.

A Gisors, ce 20 jnin 1637.

Mon cher mari, je me réjouis avec vous des belles choses que vous avez faites. Il faut bien espérer d'un si heureux commencement. Tout le monde trouve cette action fort belle et d'une grande importance.

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