‹ Une nièce de MazarinChapitre 53 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Il faut en remercier Dieu et le supplier que ce soit pour sa g'ioire et pour l'avancement de son règ'ne. Je ne cloute point que vous ne l'ayez fait, mon tout. Je suis si chag'rine et si inquiète de vous savoir dans des continuels dang^ers que cela me donne la mort. Vous pouvez penser si, vous aimant aussi tendrement que vous m'aimez, je puis entendre de si tristes nouvelles sans être dans de continuelles appréhensions. Je vous conjure, par l'amour que vous avez pour moi, d'avoir bien soin de vous. Vous savez combien vous m'êtes cher, et que je donnerois ma vie de bon cœur pour la conservation de votre santé. Vous faites bien d'offrir les peines et les fatig*ues que vous avez à Dieu, car c'est pour lui qu'il le faut souffrir. Priez Notre-Seig'neur pour moi, qu'il me fasse miséricorde, et soyez toujours bien à lui. Je serai demain à Forg-es ; le milord y viendra huit jours après. Je crois que j'y demeurerai un mois. J'ai votre portrait avec moi, jamais je n'ai rien vu de si ressemblant. Je l'aime tant ! et quand je veux me réjouir un peu, je reg"arde un peu ce g'rand enfant que j'aime avec une g-rande tendresse. Mon cher mari, je ne vous ai jamais tant aimé; je sens une tendresse au fond du cœur pour vous plus gTande qu'il me semble que je n'ai jamais sentie. Je voudrois bien vous voir, et quand je reg'arde cela combien cela est éloig'né, cela me donne une profonde mélancolie. Il faut offrir à Notre-Seig'neur la souffrance avec joie pour l'amour de lui; il faut le supplier qu'il nous fasse

la g'râce de ne nous aimer qu'en sa sainte charité, autrement il vaudroit mieux mourir, car nous ne sommes que misère. Priez bien pour moi. Adieu, mon enfant, aimez la pauvre femme et la croyez vôtre.

Paris, ce 5 juillet 1637.

Mon cher mari, je serai toujours dans les dernières inquiétudes jusques à ce que vous ayez pris Alexandrie. Mon cher, je vous conjure d'avoir bien soin de vous conserver pour l'amour de moi. Vous pouvez penser si je suis en peine et si j'ai bien des chag'rins. Vous aimant aussi tendrement jque je vous aime, vous êtes tout ce que j'ai de cher au monde et tout ce que j'aime. Si vous m'aimez comme je suis bien assurée que vous faites, vous aurez soin de tout mon bien, de toute ma joie, de mon cher enfant; si vous voulez me témoig'ner votre amitié, vous ne sauriez pas trouver une meilleure occasion. Profîtez-en, je vous en prie, mon cher mari. Je ne me fâche point de quoi vous m'écrivez des lettres courtes, car je sais bien que vous n'avez pas de temps de reste; au contraire, j'aime bien mieux que le peu que vous en avez vous l'employiez à prier Dieu. Pourvu que vous me mandiez que vous vous portez bien et que vous m'aimez bien, je suis contente, et, quand vous aurez plus de temps, vous m'écrirez des lettres bien long^ues. Je suis contente quand j'apprends que vous servez

Page 1