‹ Une nièce de MazarinChapitre 54 sur 113 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

bien Notre-Seig*neur, que vous êtes bien à lui. Priez bien Dieu pour moi, je vous en conjure. Montmédy est pris; je partirai demain pour la cour, qui est à Sedan. S. Ém. m'a mandé de partir le plus tôt que je pourrai , afin que l'escorte qui ramènera Mademoiselle à Reims me conduise à Sedan*. J'ai reçu la réponse de M. Ondedei sur ce que je vous écrivis l'ordinaire passé, et je vois par ce qu'il me mande qu'on nous avoit rapporté des choses bien plus fortes qu'elles ne sont, et que tous ces bruits ne sont pas g-rand'chose : tout consiste à ce qu'il croit le milord un homme d'intrig-ue et qu'il se mêle d'autres choses que de prier Dieu. Je ferai tout ce que je pourrai pour les en détourner et pour

* « J'arri-vois à Reims en plus bel équipage que je n'en étois partie, dit Mademoiselle ; M™'' la princesse de Conti y étoit arrivée, il y aToit un jour, qu'on m'y attendoit pour se servir de mon escorte; elle me vint voir dès que je fus arrivée. Je ne l'avois point vue depuis qu'elle étoit mariée, parce que les deux fois que j'étois approchée de Paris, elle étoit grosse une fois, et elle étoit à Forges. Je la trouvois belle et bien faite; elle étoit fort crue depuis que je l'avois vue. Elle me parla fort de Forges, du profit que lui avoient fait les eaux, de l'espérance qu'elle avoit de se porter bien à l'avenir, car, depuis qu'elle s'étoit mariée, elle avoit été grosse deux fois, et toutes les deux fois elle avoit accouché avant terme, les enfants morts. Je lui fis la guerre de ce qu'on disoit qu'elle n'alloit pas à la comédie, tant elle étoit dévote; à quoi elle me répondit qu'elle iroit avec moi quand je voudrois. M. son mari s'étoit tout à coup jeté dans une extrême dévotion : il en avoit quelque besoin, car avant il ne croyoit pas trop en Dieu, à ce que l'on

disoit. Il étoit extrêmement débauché on dit qu'il avoit beaucoup

de pente à devenir jaloux ; les dévots se rendent fort maîtres des domestiques quand ils sont jaloux; cela ne plaît pas aune femme. Toutes ces considérations firent sur son esprit ce qu'auroient fait les années. Elle meua à vingt-trois ans la vie d'une femme de cinquante. Je la trouvois fort raisonnable et elle me plut extrêmement. »

108 LA PRINCESSE DE COlNTl.

le leur faire connoître tel qu^il est. La reine dit qu'il est janséniste : vous savez comme elle lui en veut. Gomme on a fort décrié les terres de Berry et que l'on n'a pas trouvé ce qu'elles valoient, qu'on ne trouve personne qui les veuille bien payer, Marquisio croit qu'il faut que nous vendions Dormans. Je crois qu'il faudra le faire pourvu que vous le trouviez bon ; mais, si cela arrive, je suis d'avis, pour punir Gbaray, qui a décrié les terres de Berry de peur qu'on ne les vendît et que son père n'en eût plus le maniement, qu'on les lui ôte effectivement, enfin de lui apprendre à vivre. Bonsoir, mon cher mari; aimez de tout votre cœur celle qui vous aime avec un amour extrême et qui est plus à vous qu'à elle-même. Adieu, mon tout.

Le milord est encore auprès de votre sœur; il pourroit bien venir demain matin pour me voir. Je ferai devant que partir mes dévotions ; je ne manquerai pas de prier Dieu pour vous.

Forges, ce H juillet 1637.

Mon cher mari, j'ai reçu avec bien de la joie la lettre que vous m'avez écrite par le Meni. Il esta la cour. Je ne sais pas encore ce qu'il y a fait ni quand je le verrai; je ne puis apprendre qu'avec bien du chag-rin que je serai deux ordinaires sans recevoir de vos nouvelles, puisque la seule consolation que j'ai, privée de mon cher enfant, est de lire ses lettres, de savoir qu'il se porte bien et qu'il

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