CHAPITRE 11. ilft
une fois au nom de Dieu de ne point nég'lig'er une santé qui m'est si chère et qui fait tout le bonheur de ma vie. Je suis ravie des assurances que vous me donnez que nous ne nous quitterons plus : j'en ai une joie extrême : je crois que je n'aurai pas de peine à vous le persuader, puisque vous savez que je n'ai de bonheur que quand je suis avec mon cher enfant. Je crois qu'il est à propos que vous ne parliez à personne, sans en excepter aucune, de la résolution que vous avez prise sur cela, car je, vous réponds qu'on le sauroit aussitôt et nous nous attirerions mille affaires : il faut que nous attendions quand nous serons ensemble, et nous verrons ce qu'il y aura à faire et nous en trouverons assurément les moyens : on trouvera mille difficultés, on pourra demander mille choses qu'on saura bien qu'on ne pourra obtenir : enfin on fera ce qui sera plus facile pour que vous n'y alliez pas, et que l'on trouve des excuses, et que les choses se passent le plus doucement qu'il sera possible ; mais cependant je crois qu'il est bon de n'en point parler. Je presserai fort S. Ém. afin qu'il vous permette de revenir bientôt : je ne sais s'il voudra que vous alliez en Guyenne, mais je verrai ce qu'il m'en dira dans une long'ue conversation qu'il m'a dit que nous aurons ensemble sur votre retour : je crois, mon clier mari, que je mourrai de chag-rin si je ne te vois bientôt : je ne puis plus vivre sans vous : je crois que vous n'en aurez pas moins d'impatience. Quand nous serons ensemble, il ne faut plus song-er
qu'à nous donner tout à Dieu et à faire l'unique chose pour laquelle nous sommes au monde, qui est notre salut. Priez bien Notre- Seig*neur pour moi, car je suis bien méchante. J'espère que votre compag'nie et votre exemple me rendront meilleure. Vous me dites de ne rien répondre à Brequiny sur le log-ement du pavillon. Sa lettre est venue avant la vôtre, et je dis à Cabeil... de lui mander que, puisque vous le vouliez, j'en étois bien aise et je ne pouvois pas deviner vos sentiments làdessus.
On a mandé à Ghanest que vous étiez fort en colère contre lui : j'en étois fort en peine : je crois que c'est sur ce que je vous avois écrit des terres de Berry. Peut-être vous mandai-je les choses plus fortes qu'elles n'étoient, et de ce qu'il en avoit dit et de la manière qu'il le pensoit : ce pourquoi je vous prie de ne lui en vouloir point de mal *.
Péronne, 30 août 1657.
Mon cher mari, je n'ai point reçu de vos nouvelles par cet ordinaire, et on en a reçu de M. de Modène : cela me met dans des troubles si g'rande que je suis toute hors de moi : mon tout, je vous aurois fait pitié, si vous m'eussiez vue, les peines et
' «Quoiqu'on puisse m'accuser de beaucoup d'imperfections, ceux qu disent que je suis un intempérant et méprisant les dévots ne me connoissent pas... Je \ais faire pendre des gens qui ont pillé une église. » (Lettre du prince au P. de Ciron.)