‹ Une nièce de MazarinChapitre 60 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les chagTins que j'ai soufferts tous ces jours-ci. Vous pouvez penser que, vous aimant aussi tendrement que je vous aime, je ne puis pas ne pas avoir de vos nouvelles et vous savoir dans le dang^er sans avoir des peines mortelles. Il est venu hier un officier de votre armée qui a dit que le siég-e d'Alexandrie étoit levé : je vous avoue que je n'en ai pas été trop fâchée, car, quoique j'eusse été bien aise qu'on l'eût pris, mais comme j'aime mieux votre santé que votre g*loire, en vérité je suis bien aise de vous savoir hors d'affaire. S. Em. s'attendoit à cette nouvelle , car il disoit qu'il étoit presque impossible qu'on le prît, et il en parla le mieux du monde, disant : « Eh bien, si on ne le prend pas, on n'y perdra rien ; ce sera une fort belle chose qu'on vouloit faire et qu'on n'aura pas faite. » Enfin on vous rend justice là-dessus, et on voit bien que vous avez fait des choses au-delà de ce qu'on pouvoit espérer. Conservez, je vous en conjure, votre santé, mon cher enfant. Vous savez combien elle m'est chère, et aimez toujours votre chère femme qui vous aime avec un amour extrême. Je m'ennuie furieusement d'être séparée de vous : j'ai bien de l'impatience de vous revoir, je crois que je mourrai de joie quand nous serons une fois ensemble. Il ne faut plus nous quitter; mon cher enfant, c'est la seule consolation que nous ayons en ce monde. Il ne faut jamais nous séparer, et que l'amitié qui est entre nous serve à faire la seule chose pour laquelle nous sommes au monde, qui est notre salut. Priez

bien Notre-Seig'neur pour moi, car mes misères sont gTandes : elles aug'mentent tous les jours, et demandez bien à Dieu qu'il me fasse miséricorde. J'attends de vos nouvelles avec la dernière impatience : soyez bien soig-neux de m'en faire savoir, je vous en prie, mon enfant; je t'embrasse de tout mon cœur, mon très-cher mari ; aimons-nous toute notre vie, je t'en prie , mon pauvre et très-cher enfant.

P.-S. — S. Ém. a la g^outte : je l'ai vu aujourd'hui, mais comme la reine y étoit, je n'y ai pas pu parler : dès que j'en trouverai l'occasion, je le presserai fort pour votre retour ; je crois que vous n'aurez pas de peine à croire que je n'y oublierai rien, puisque vous savez que je n'ai de joie au monde que quand je vois mon cher mari. Je vous manderai par le premier ordinaire ce que j'aurai obtenu de lui. Je crois que cela ne vous fâchera pas que je presse votre retour, car je ne doute pas que vous n'ayez autant d'impatience que moi que nous soyons ensemble : il m'ennuie furieusement que cela ne soit. Mandez-moi si vous irez dans votre g-ouvernement, ou ce que vous ferez, afin que je me dispose à vous aller trouver, et je vous demande un rendez-vous afin que nous nous trouvions ensemble en quelque lieu de la province. Nous serons tous deux bien aises de nous revoir, n'est-il pas vrai, mon cher mari ? Je ne sais pas si S. Ém. prétend que vous veniez à la cour; au cas

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