‹ Une nièce de MazarinChapitre 63 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

agTéable que celle-là. Voys me dites que par le premier ordinaire vous m'enverriez la raison que vous croyez avoir pour arriver tout droit à Paris pour terminer toutes nos affaires ; et que nous pourrons aller en Guyenne au printemps, pour les envoyer au milord afin d'avoir son avis, ne voulant pas le résoudre sans lui; et que je pourrai, après avoir eu son avis, demander votre cong-é. Mais comme il est présentement à Toulouse, et que cela seroit fort long* devant qu'on lui envoie votre lettre et qu'on ait répondu le lui, j'ai résolu de prier S. Em. dès que je le trouverai en bonne humeur de vous envoyer votre cong*é. Il me demande si vous voulez aller en Gascog-ne ou à Paris : je mettrai la chose en doute en disant que je n'ai pas encore votre résolution là-dessus, et cependant je saurai son sentiment là-dessus : nous saurons dans ce temps les sentiments du milord : enfin je ferai toutes les choses pour presser votre retour : je crois que vous n'en doutez pas. Je meurs d'envie de voir mon enfant : nous serons bien aises quand nous nous reverrons : j'en ai une impatience que je ne vous puis exprimer; mon enfant, je vous prie au nom de Dieu d'avoir soin de votre santé : si vous m'aimez, vous le ferez. Bonsoir, mon cher: je m'en vais me coucher, je n'en puis plus de lassitude du chemin et du rhume. On va demain à Verdun et après à Metz. Je suis si lasse de la vie que je mène, que je n'en puis plus. Venez vitement afin de me faire passer tous mes chag*rins et me rendre la joie

que vous seul me pouvez donner. Je vous rendrai compte au premier ordinaire de l'état et sur l'affaire de Chemerault, et je ferai ce qui dépendra de moi pour la faire terminer. Pour ce qui reg-arde Ghanest, assurément il a eu un peu tort , mais pas si g-rand que vous croyez; c'est pourquoi il faut lui pardonner, car ce qu'il a dit des terres du Berry, c'est assurément plutôt pour aimer à dire son avis sur toute chose que par malice : il est assez mortifié de ce qu'il a su que vous étiez en colère contre lui : il en est dans une furieuse peine : c'est, il me semble, une assez bonne pénitence : pour moi, il me semble qu'il n'y en a pas au monde de plus cruelle. Je suis bien assurée que je ne l'éprouveroi jamais et je sais bien que j'aimerois mieux mourir. Je t'envoie, mon cher mari , un bracelet de mes cheveux : aimezmoi bien, car, moi, je vous aimerai toute ma vie : mais aimons-nous en Dieu et ne nous aimons que pour l'amour de lui. Il faut prier Dieu sans cesse pour qu'il nous rende notre amitié telle qu'il faut qu'elle soit pour sa g^loire et pour notre satisfaction.

Metz, 19 se23teiiibre 1657.

Je n'ai pas encore reçu vos lettres : on m'assure qu'elles arriveront demain : ce retardement m'inquiète fort, et j'ai une impatience extrême d'avoir des nouvelles de votre santé, étant à toutes les peines du monde de savoir qu'elle n'est pas trop bonne, mon cher mari. Gela me donne un chag-rin horrible

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