CHAPITRE II
et je n'aurai point de repos que je ne reçoive vos lettres, étant ma seule consolation, privée de mon tout. L'impatience que j'ai de vous revoir aug'mente tous les jours; je ne puis plus vivre sans vous, mon enfant. Combien il y a que nous n'avons eu un moment de joie, et que le temps dure quand on est séparé de ce qu'on aime ! Tout m'ennuie, tout me déplaît, séparée de vous qui êtes toute ma joie : tout m'est insupportable : j'ai été aujourd'hui chez S. Em. pour lui demander votre cong-é. Le roi y étoit et je n'ai pu lui parler, mais j'irai demain et ne le laisserai point en repos que cela ne soit. Mon Dieu! qu'il me tarde que je n'aye cette joie ! je crois que vous n'en avez pas moins d'envie que moi. Moucher, il ne faut plus nous quitter, il m'est impossible de vivre sans vous. Quand nous serons ensemble, nous nous consolerons aisément de tous les autres malheurs qui nous pourront arriver. 11 n'y a point de chag'rin à l'épreuve de nous voir un moment et de nous faire la moindre amitié. Nous serons bien aises de nous revoir. Nous nous dirons mille choses : je ne vous ai jamais tant aimé, mon cher mari, mon tout : j'ai un amour extrême pour vous. Gourville est ici qui étoit venu pour achever l'affaire de Girardin, mais cela n'a pas réussi et Ghemerault ne seroit point sorti sans donner les 12,000 livres. On ne peut point terminer l'affaire des g'ens d'armes qu'avec celle de Barbezieux, car on ne sortira point ni Ghemerault ni Tabouret que l'affaire de Girardin ne soit accommodée. On sera
ici, à ce que l'on dit, quinze jours, puis on s'en retournera à Paris. On me dit que S. Em., en parlant de ce qu'il auroit refusé à Saint-André-Montbrun la permission qu'il lui demandoit pour revenir, qu'il ne pouvoit pas lui donner parce que vous reviendriez bientôt et que vous seriez ici à la fin d'octobre. Je crois qu'il fait son compte que vous viendrez à Paris. Je saurai demain ses sentiments. Je vous conjure de prier Dieu pour moi et je le bénis de tout mon cœur de ce qu'il vous fait la g-râce de bien être à lui. Quand nous serons ensemble, il ne faut nous occuper que de l'affaire de notre salut. Prions Notre-Seig-neur qu'il nous mette bien dans le cœur que tout le reste n'est que bag^atelle: mon cher, je suis vôtre, je vous aime bien tendrement, et je vous le proteste, mon tout, et je t'embrasse de tout mon cœur mille fois; aimezmoi, je vous en prie.
Metz, 21 septembre 1657 '.
Mon cher mari, on vous envoie votre cong'é : je
* Le prince écrivait de Quiers, le 20 septembre, au P. de Ciron: « Pour ce qui se passe ici , Dieu m'a fait la grâce d'empêcher les duels pendant cette campagne. Les pauvres ont été assistés le mieux qu'on a pu dans le manque de toutes choses. Ma bourse a été ouverte aux officiers; j'ai essayé de terminer les querelles à l'amiable et l'oraison a été faite tous les jours. Avec tout cela mes misères ont beaucoup augmenté, m'ayant semblé que je faisois toutes ces choses-là parce qu'elles me coùtoient peu, mais que, lorsqu'il a fallu prendre quelque chose sur mes inclinations, c'est alors que l'amour-propre a joué son jeu et que nova et antiqua a levé l'oreille. »