CHAPITRE II
crois que je n'aurai pas de peine de vous persuader la joie que j'en ai. Je le demandai hier à S. Ém. qui me l'accorda et me dit qu'il souhaitoit fort que vous vinssiez à Paris et qu'après vous pourriez aller dans votre g'ouvernement. J'ai reçu aujourd'hui deux de vos lettres dans lesquelles vous me dites de demander votre congre pour le lieu quejejug^erai le plus à propos. Je crois qu'il est nécessaire pour régler toutes nos affaires que vous veniez à Paris, et quand cela ne seroit point, j'aurois eu furieusement de la peine et peut-être n'aurois-je pu obtenir de S. Em. permission pour aller en Guyenne : c'est pourquoi je ne lui ai pas voulu demander; mon cher, j'ai une impatience extrême de te voir. Je ne fais que compter quand ce sera cet heureux jour : je voulois vous envoyer un courrier exprès afin que vous sachiez plus tôt la nouvelle de votre départ, mais S. Ém. n'a jamais voulu disant que vous le sauriez plutôt par l'ordinaire. Je crois que vous n'aurez pas de peine à deviner pourquoi il ne l'a pas voulu : il m'a promis d'écrire à M. du Lieu afin qu'il vous envoie un courrier exprès de Lyon, et je lui écris et lui mande qu'en cas que S. Ém. ne lui ordonne pas, je le prie de l'envoyer, que je payerai le voyag-e. J'ai une joie quand je song-e que je reverrai mon enfant et que je lui dirai que je l'aime plus que je ne l'ai jamais fait, qu'il me dira qu'il est bien aise de me revoir et que nous nous dirons mille choses. Mon cher, nous serons bien heureux, mais que le temps va me
durer en attendant ce bonheur ! Je te prie , mon pauvre enfant , de partir dès que tu auras reçu ces lettres et de venir bien vite. Je sens une tendresse pour vous en vous écrivant que j'en suis toute hors de moi. Mon enfant, je vous aime éperdument ; je vous le proteste, mon tout. Vous pourrez vous mettre sur l'eau à Roanne et je viendrai à Briare au-devant de vous en carrosse de relais. Je crois que la cour sera à Paris dans ce temps-là, mais si elle n'y est pas, vous croyez bien que je la quitterai pour m'en aller voir tout mon bien qui seul peut me donner de la joie et qui fait tout le repos de ma vie. Ayez, je vous, prie bien soin de votre santé pour l'amour de moi et soyez un peu aise de penser que nous nous reverrons bientôt. Je prendrai demain médecine, après je prendrai quinze jours le lait d'ânesse : ce n'est pas que je sois malade, mais afin d'être en parfaite santé quand vous viendrez. Priez bien Dieu pour moi, et surtout qu'il nous fasse la g-râce que l'amitié qui est entre nous soit bien chrétienne, car il vaudroit mieux mourir que cela ne fût pas. J'ai un furieux besoin de vos prières, c'est pourquoi je vous les demande encore une fois de tout mon cœur. Je crois que la Forture sera fâché de ce que nous n'irons pas en Guyenne, mais je n'y vois point de remède. Il faudra le faire résoudre affaire un voyag-e à Paris, car je prévois que j'aurai bien affaire de lui. S. Em. prétend que vous ne donniez cong-é à pas un de vos officiers de revenir avec vous : je crois qu'il vous le mande.