‹ Une nièce de MazarinChapitre 72 sur 113 · CHAPITRE III. 14o · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. 14o

dans les dernières lettres de la princesse qu'un rapprochement avait eu lieu entre les deux belles-sœurs, et la duchesse de Longueville n'eut pas de peine à ressaisir promptomcnt son ancienne influence sur son frère. Tranquille de ce côté, M""" de Longueville s'attacha à s'emparer de la princesse de Conti. Le moment était bien choisi ; après une assez longue résistance la princesse avait enfin adopté avec la plus grande ardeur les idées religieuses, et naturellement elle n'avait pu en choisir d'autres que celles de son mari. La duchesse profita habilement de cette situation et attira souvent sa belle-sœur dans sa maison de campagne dé Trie, où elle lui fit faire la connaissance d'Arnault et de l'abbé de la Vergue, qui devait prendre sur elle une si grande influence. Entraînée par l'exemple de son mari, par les conseils de sa belle -sœur, par les conversations qu'elle avait presque chaque jour avec les principaux docteurs du jansénisme , n'ayant jamais entendu les défenseurs du catholicisme, ayant eu, comme nous l'avons dit une jeunesse absolument négligée au point de vue de l'instruction religieuse , elle entra résolument dans la voie que tous ceux dans lesquels elle pouvait avoir confiance lui indiquaient et elle crut ne pouvoir mieux faire qu'en devenant une ardente janséniste. « Ce fut par complaisance pour son mari et pour sa belle-sœur, dil le père Rapin, jointe à son humeur et à son esprit, qu'elle devint janséniste dans l'excès où elle le fut. »

Pierre de la Yergne de Tressan appartenait à une famille de bonne noblesse ; né en 1618 de parents protestants, il abjura en 1638 et se mêla un peu trop activement aux événements du commencement de la Régence. Il s'en retira de bonne heure, fit un assez long voyage en Palestine et en revint animé des sentiments de la plus sincère piété ; il voulait se faire religieux,

mais Févêque d'Aleth, auquel il s'adressa, l'en dissuada et le décida à entrer simplement dans les ordres. Il s'établit alors à Paris, s'y montra très-sage, très-régulier, donnant volontiers des conseils, « Il vécut en bon ecclésiastique, et ne tarda pas à s'attirer la conliance de personnages considérables auxquels plaisaient sa simplicité, sa bonhomie et ses réelles vertus ; très-attaché d'ailleurs au jansénisme, sans savoir pourquoi, assure le père Rapin, d'un esprit médiocrement étendu, mais zélé et prompt à se décider. » Lié par sa naissance avec tous les principaux personnages de la cour, il ne tarda pas a être recherché et devint le directeur de conscience de beaucoup de gens de qualité , de femmes surtout. La princesse de Conti, qui le vit chez sa bellesœur, l'apprécia vivement et le choisit pour directeur. « Comme elle n'étoit simple que par paresse, dit le père Rapin, ayant beaucoup d'esprit sans se soucier de le faire paroître, ce fut par là que la Vergue lui plut, parce qu'il étoit simple et qu'il la conduisoit simplement. » Elle ne prit jamais dans le parti janséniste une influence aussi apparente que sa belle-sœur, mais elle ne lui était pas moins utile. « La princesse de Conti s'attacha à lui par amour de la simplicité, » ajoute encore le père Rapin, « car elle fut janséniste de meilleure foy que la duchesse sa belle-sœur. » Tous les ans elle accompagnait son mari aux Etats du Languedoc et passait quelques semaines à la Grange. C'est là qu'à l'automne 1661, elle reçut M""* de Mondonville, veuve d'un conseiller au parlement de Toulouse, une véritable « mère de l'Eglise janséniste », que l'abbé de Ciron lui recommandait en vue de la création et de la direction d'un établissement d'éducation pour les jeunes fdles de Toulouse '. La i)rin-

' Jeanne de Juliard, étant restée de bonne heure veuve de AI. de Turle de Mondonville, résolut de se vouer aux œuvres chrétiennes et d'y

Page 1