CHAPITRE III. U
cesse lu reçut, agréa sa personne et ses projets et fit de sa bourse le fonds de cette institution qui, bon gré mal grés, subsista tant que vécut la princesse de Conti. Celleci paraît à cette époque avoir cherché à s'occuper de toutes les affaires où la religion avait part. Nous en trouvons une preuve dans une lettre qu'elle adressa, de Paris, le 1" mai 1659, au chancelier Séguier pour le prier d'intervenir auprès du roi au sujet de trois jeunes filles nouvellement converties, que leur mère, protestante, voulait faire poursuivre comme mineures : la princesse lui demandait de faire examiner la question par le roi lui-même ou au moins d'en obtenir l'évocation en conseil privé, le pressant (( de contribuer de son possible à une œuvre si digne et si chrestienne ' » . A cette époque le prince avait échangé son gouver-
employer sa fortune, considérable pour le temps; elle réunit d'abord chez elle des femmes pauvres, des jeunes filles nouvellement converties et sans famille, et faisait entretenir des écoles à ses frais à Toulouse où elle demeurait et aux environs. Puis elle créa une institution pour les jeunes filles avec le concours de l'archevêque M^"" de Mnrca et sous la direction du P. de Ciron qui y intéressa naturellement les princes et la princesse de Conti. Le pape l'approuva par un bref du 6 novembre 1GC2. Mais, à la mort de M^"" de Marca, les grands vicaires capilulaires interdirent l'institut par une ordonnance du 4 juillet 1004 sous peine d'excommunication. Le roi décida en faveur de M™*^ de Mondonville et après divers incidents l'institution des Filles de l'Enfance put enfin librement fonctionner à dater du printemps de 1068 : ce succès était l'œuvre personnelle de la princesse de Conti, comme nous allons le voir. De nombreux évèques approuvèrent celte œuvre qui compta bientôt plusieurs maisons importantes dans le midi. Tout changea après la mort de la princesse : M"" do Mondonville vint vainement à Paris pour défendre l'institut; elle fut exilée à Coutances en 1688 oii elle mourut le 4 janvier 1704. L'institut fut supprimé en même temps : voir V Histoire de la congrégation des Villes de Venfanc?,, publiée en 1734 à Avignon, condamnée par arrêt du Parlement de Toulouse du 25 mai 1735, réimprimée à Toulouse la même année chez J. Guillemette. ' Corpespondance Séguier, Bibl. nat., manuscrits
148 LA PRINCESSE DE CONTl.
nement de Guyenne contre celui du Languedoc , et il s'appliquait de son mieux à en améliorer sincèrement les services. Dans ses lettres à l'abbé de Giron, il s'accuse, à chaque page, de ne pouvoir y faire autant de bien qu'il l'aurait souhaité ; il voulait réparer tous les torts qu'il avait pu causer; mais aussi, s'il était exigeant envers lui-même, il ne l'était pas moins envers les autres, et de gré ou de force il prétendait leur imposer l'amour du bien. « M. le prince de Gonti est à trois lieues de cette ville, écrivait le 2o juin 1662, d'Uzez, Racine, et se fait furieusement craindre dans la province. Il fait rechercher les vieux crimes, qui sont en fort grand nombre. Il a fait emprisonner bon nombre de gentilshommes, et en a écarté beaucoup d'autres. Une troupe de comédiens s'étoient venus établir dans une petite ville proche d'ici ; il les a chassés, car ils ont passé le Rhône pour se retirer en Provence. On dit qu'il n'y a que des missionnaires et des archers à sa queue. Les gens du Languedoc ne sont pas accoutumés à telles réformes, mais il faut pourtant plier. »
La princesse ne le cédait en rien alors à son austère mari, et nous en trouvons la preuve dans ses lettres au père de Giron. Le lecteur jugera en lisant ces curieux documents quels progrès elle avait faits.
Je vois avec beaucoup d'indifférence ce que le monde estime gTand. Et, quoique monorg'ueil soit extrême, je suis oblig-ée de vous avouer que je ne suis pas fâchée quand il arrive de petites choses qui me font voir que je suis sujette à me tromper lors même que je crois avoir le plus de raison; et que la bonne opinion que j'ai eue de mon esprit et de mon sens n'étoit pas trop bien fondée. Dieu