‹ Une nièce de MazarinChapitre 75 sur 113 · CHAPITRE III. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. i

oblig-e. Et je le fais comme si cela m'étoit la chose du monde la plus agréable. Je suis à la vérité dans une mélancolie et un abattement qui me tuent. Mais, Dieu merci, ce ne sont point des obstacles à mon devoir. Je crois même que tous ces monstres que j'appréhendois si fort autrefois ne le seroient pas non plus quand ils arriveroient : je les envisag'e avec une indifférence entière, et ce n'est pas parce qu'ils sont absents et éloig'nés, car mes chag'rins et ma tristesse qui sont des choses présentes entrent aussi dans cette indifférence; et il m'est ég^al de souffrir, ou d'en être délivrée. Pour l'oraison, je suis bien aise quand je la vais faire, quoique ce soit l'endroit où mes ennuis et mes peines me combattent le plus. Dans celle que je fis hier au soir, outre que ma tristesse ne fut jamais plus g'rande, je me vis comme présentée au jug-ement de Dieu et contrainte de rendre compte de toute ma vie. Mais quand pour le faire je voulus penser à moi-même, je me vis si noire et si remplie de crimes que je me fis horreur à moi même, et je vis bien que je ne devois attendre mon salut que comme une aumône. Car j'ai mérité mille enfers, étant un de ces arbres qu'il faut jeter au feu parce qu'ils ne portent aucun bon fruit, tandis que ceux qui m'environnent en sont charg'és. Cependant je vous dirai que, quelque afflig^eante que fût cette pensée, elle n'étoit accompag-née d'aucun chag'rin ou inquiétude. Mes g^émissemens étoient gTands, mais avec cela fort tranquilles : et quoique le sentiment

de mes misères fût extrême, je ne laissois pas de les conter à Dieu avec un calme et une paix profonde. J'entendis encore hier au soir une seconde interrog'alion, si je ne voulois pas être comme sainte Thaïs dans un trou pour le reste de mes jours. 11 me semble que la réponse de mon cœur fut qu'ouy. Mais je me souvins aussitôt de ce que vous m'avez dit si souvent, que ce ne sont point ces choses extérieures qui nous sanctifient, mais la volonté de Dieu sur nous bien connue et bien suivie. C'est pourquoi je l'ai prié de tout mon cœur de me vouloir faire connoître cette volonté car j'ai un désir extrême de la faire. Peut-être dis-je plus que je ne sens, du moins n'ai-je pas dessein de me flatter ni de vous tromper. Je ne vois pas si clair dans toutes les choses que je viens de vous dire, qu'il ne me reste quelque obscurité là-dessus. Il n'y a qu'une chose où je n'en ai aucune, qui est qu'absolument je ne veux rien.

Je vous le dis encore, ma joie est très-g-rande de me voir débarrassée de tous mes g-ens, et dans une liberté entière d'être en solitude parmi ces saintes filles. Ce que je leur vois faire fait naître dans le fond de mon cœur un g-rand désir d'être uniquement à Dieu et de lui sacrifier toutes choses. Ce ne sont que des désirs, et je me trouverois peutêtre tout autrement dans l'exécution. Mais Dieu, qui fait désirer, fait aussi faire quand il lui plaît. Et j'espère tellement qu'il lui plaira de le faire en nous

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