‹ Une nièce de MazarinChapitre 76 sur 113 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

que la vue de toutes mes misères ne diminue en aucune manière ma confiance. Un autre fruit de ma retraite est que je me sens portée à une g-rande dévotion envers la sainte Vierg-e. Rien ne m'invite plus à cela que les abismes de son amour envers son fils, que son application continuelle à tout ce qu'il opéroit en elle, et que le soin qu'elle prenoit d'entretenir son esprit et de nourrir son cœur de tout ce qui se passoit dans le mystère adorable du Verbe incarné. Toutes les fois que je prie, je lui demande part à cette sainte occupation, etc'estpour m'occuper de la sorte que je suis dans le dessein de venir passer ici les fêtes prochaines. Mais , comme il faut toujours craindre l'illusion, mandezmoi si je dois suivre cet attrait. Tout ce qui vient de vous me porte à Dieu.

Fabiole* est ici qui se porte présentement tout à fait bien. Elle vous prie de lui permettre de se servir de la ceinture que vous avez donné à Poulin, comme aussi de ce remède si utile contre le chag-rin". Gela ne lui fera point de mal, car elle est à cette heure en parfaite santé. Souvenez-vous que vous êtes le médecin de son âme. Song-ez seulement à la traiter et à la g-uérir. Il y a assez d'autres médecins qui ne pensent que trop à la santé de son corps. Ceux-ci, quand il s'ag-it d'appliquer leurs remèdes, se mettent fort peu en peine des

' Ce nom désigne, comme nous l'avons vu, la princesse elle-même. - La discipline.

in4 LA PRINCESSE DE COiNTI.

petites incommodités que l'âme en peut recevoir : faites-en de même; rang'ez-vous d'eux en faisant comme eux, appliquez vos remèdes aux âmes sans vous mettre en peine de ce qui arrivera à des corps. Au moins tenez cette conduite à l'ég'ard de Fabiole, car elle vous en prie; et vous ne devez rien craindre pour deux raisons^ l'une parce qu'elle se porte trèsbien, et l'autre parce qu'elle n'éparg*ne que trop elle-même sa misérable carcasse.

Je commençai hier une quête que j'étois priée de faire pour racheter 2,000 chrétiens captifs à Alg*er, lesquels sont si maltraités qu'on a tout sujet de craindre le naufragée de leur foi. Cette seule raison est capable de faire tout entreprendre et tout souffrir avec joie à une personne qui auroit tant soit peu d'amour pour Dieu et de zèle pour la religion. Mais, comme je suis peut-être assez malheureuse pour n'être pas cette personne-là, je suis contrainte de vous avouer à ma confusion que je sentis une g-rande répug'nance à faire cette quête. Une si mauvaise disposition m'humilia étranglement, et cette humiliation fut suivie d'une conviction entière que je ne saurois être plus glorieusement honorée que de demander laumône pour Jésus-Christ esclave et pauvre en la personne dp ses membres. Dieu soit béni à jamais. Il a eu ég'ard à mon extrême foiblesse et m'a tellement prévenue des douceurs de sa g'râce que j'ai pratiqué aujourd'hui avec une très -sensible consolation ce que je

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