‹ Une nièce de MazarinChapitre 77 sur 113 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

ne fis hier qu'avec une extrême répug'nance.

Depuis que je fis mes dévotions, je suis beaucoup plus calme, quoique je sois aujourd'hui dans un dég'oût assez g-rand, et que je me sente pesante à moi-même. Je vous dirai que ma peine venoit en partie de ce que j'avois été fort dissipée, et m'étois informée de quelques nouvelles du monde que j'avois redites ensuite et dont mon esprit étoit sensiblement tout rempli ; ce qui me rendoit d'autant plus coupable que j'avois déjà reconnu que cette sorte de dissipation étoit une des principales causes de mon mal; et que même lorsque je succombai à cette curiosité, je venois de lire une lettre de ma

chère , dans laquelle elle me mandoit qu'il

faut tout donner pour vivre à Jésus-Christ. Le châtiment m'a rendue sag^eet le châtiment m'a rendue tellement convaincue que Dieu veut que j'oublie tout, que j'ai résolu de ne plus rien écouter. des nouvelles du monde, à quoi mon cœur paroît assez fidèle par la g*râce de Dieu. Mais parce que le principal consiste à s'oublier soi-même, c'est à quoi, Dieu aidant, je veux travailler uniquement. Ha! que je serois heureuse si je pouvois m'oublier en tout ce qui appartient au monde, et qu'après avoir tout oublié, me tournant vers mon souverain Seig^neur, je pusse lui dire avec le Prophète : Je me suis souvenue de vous, mon Dieu, et je me suis réjouie! Je vois fort clairement que cela s'accorde très-bien avec le commerce qu'il me semble que vous voulez

que j'aie avec le monde. Car je vois bien qu'ayant tout oublié et ne me ressouvenant plus que de Jésus-Christ, on peut pour l'amour de celui qui occupe toutes nos pensées voir le monde pour l'attirer à lui, caresser le prochain, lui être doux et affable à l'exemple même de Jésus-Christ et pour l'accroissement de son règ-ne.

Ma santé est présentement assez bonne. Pour mon âme, il s'y est passé tant et de si différentes choses qu'il me seroit impossible de vous le dire. Je me contenterai de vous parler de mes dispositions présentes. Les voici : je me suis très-bien trouvée d'avoir suivi le conseil que vous me donniez dans votre dernière lettre, savoir que, quand j'aurois des peines et des chag-rins, je les contasse à Jésus- Christ comme à mon bon ami. Je l'ai fait, et me sens fort attirée à cela par la gTàce de ce divin Sauveur qui.me donne un dég'oùt g'énéral pour toutes choses afin de me contraindre par ce moyen à m'aller délasser auprès de lui. Il me semble qu'il me dit sans cesse ces paroles de l'Evang-ile : Vous tous qui êtes fatig*ués, venez à moi, et je voussoulag-erai. Mais je n'ai pas toujours les oreilles qu'il faudroit avoir pour écouter cette divine voix qui m'appelle avec tant de douceur et de bonté, puisque je ne vais chercher ce divin ami de mon âme que lorsque je suis comme contrainte par les attraits de sa gTâce d'aller à lui. Cependant il est si bon qu'il ne laisse pas, quand jevais à lui, de me bien traiter

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