‹ Une nièce de MazarinChapitre 78 sur 113 · CHAPITRE m. lo · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. lo

et de me faire mille caresses. Mon Dieu ! que je connois que l'amour (ju'il a pour moi est gTand! II est incompréhensible aussi bien que mon ing'ratitude. Hélas! que je suis misérable! Mais, quand je la serois davantag-e, je ne me décourag-erai jamais nonobstant mes infidélités et mes sotises. J'aurai toujours recours à lui. Je suis assurée que c'est le meilleur ami que j'aie qui a le pouvoir et le vouloir de me faire toute sienne; qu'il fera abonder la g'râce où a abondé le péché, et qu'il se plaît à faire de grandes choses.

En 1661, la princesse accompagna son époux à Aletli, pour y faire une retraite à la fin du carême ; tandis que celui-ci logeait au palais épiscopal, elle dut, pour observer la règle, s'installer chez les religieuses de la communauté des Filles Régentes \ mais tous les jours elle venait chez l'évêque entendre ses instructions, et c'est à cette époque que M^'' Pavillon décida le prince de Conti à consentir aux dernières satisfactions exigées pour l'abusif emploi qu'il avait fait de ses bénéfices ecclésiastiques. La mort de Mazarin, qui lui avait laissé des biens considérables, rendait ces restitutions plus faciles et augmentait d'autant plus l'insistance du prélat, qui ne cachait pas les doutes que lui inspirait la légalité de l'immense fortune du cardinal. Nous avons déjà vu les effets de ces sages conseils-. La correspondance de la

^ Nous pensons que plusieurs des lettres précédentes datent de cette retraite, car la princesse y parle à diverses reprises de « ses chères filles ».

■^ Nous avons trouvé aux archives nationales des détails précis à cet égard dans l'acte notarié par lequel, à la date du 23 mai 1661, le prince et la princesse reconnaissent avoir reçu délivrance des legs à

princesse nous a déjà montré combien elle s'était préoccupée du soulagement des pauvres du Berry et à quels sacrifices elle s'était résignée pour y faire face. Or nous en trouvons l'explication dans la vie de M^"" Pavillon, où nous lisons ce passage qui lève tous les voiles : (c Comme on ne peut pas tout faire en même temps, M. d'Aletli , en homme éclairé , ordonna premièrement la restitution des dommages causés dans les guerres civiles aux pauvres du Berry et de quelques autres provinces , en prenant toutes les précautions nécessaires pour connoitre les familles qui avoient le plus souffert, après quoi il marqua en détail de quelle manière le prince devoit rendre à l'Egiise ce qu'il en avoit injustement reçu, en ne vivant pas ecclésiastiquement*. » Mais le sage prélat, tout en ne négligeant rien pour décider ses pénitents à ces restitutions auxquelles d'ailleurs ils ne résistaient aucunement, ne voulait pas qu'ils exagérassent les conséquences de leur conversion en s'en servant pour abandonner le monde et se confiner dans une retraite qui aurait rendu leur tache \raiement trop commode ; il repoussait vivement les instances du prince à se défaire de ses charges, et il parvint à ses fins, tout en habituant le prince et la princesse à des habitudes aumônières vraiment admiraldes. L'année suivante , tous deux revinrent à la même époque à Aleth ; c'est de là que M™^ de Conti se décida à un véritable sacrifice.

eux laissés par leur oncle, à savoir : 3o0,000 livres en arjrent comptant, une tapisserie « appelée Roboam, d'après le dessin de Raphaël, contenant 32 aunes | sur 3 aunes ~ de hauteur, garnie et doublée de toile grise; 30,000 livres de rente sur les gabelles du Languedoc, et 40,000 de meubles, pierreries et vaisselle. (Série K, carton 608.)

^ M. Sainte-Beuve, dans son histoire de Port-Royal, donne la date de 1661 à ces conseils de l'évèque d' Aleth. Les lettres de la princesse constatent que cette question avait été soulevée bien auparavant.

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