‹ Une nièce de MazarinChapitre 79 sur 113 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

On sait que cet hiver fut des plus rigoureux, et la misère fut naturellement à son comble. Dans une lettre où la mère Agnès fournit à ce sujet de lamentables détails, nous lisons ce passage : « Depuis trois jours M""* la princesse de Conti a envoyé aux dames qui ont soin des pauvres son collier de perles de 40,000 livres et des pierreries, qui font l'un et l'autre pour plus de 200,000 livres, outre ce qu'elle donne dans la province où elle est (14 mai 1662). » Et nous sommes heureux de pouvoir constater que ce sacrifice ne lui fut pas indifférent, car un écrivain janséniste contemporain. Fontaine, nous dit dans ses mémoires : » Il est vrai qu'en donnant son collier de perles et le regardant pour la dernière fois, elle jeta un petit soupir. » Le P. Rapin remarque « qu'elle plut beaucoup par là à son mari à qui elle cherchoit à plaire » .

Fidèles aux conseils de l'évêque d'Aleth, le prince et la princesse cependant passaient leur hiver à Paris et ne retournaient à la Grange des Prés qu'au commencement du carême pour se rendre à Aleth, Ils revenaient ensuite à la cour, où la' duchesse de Longueville tenait beaucoup à avoir sa belle-sœur et son frère dans l'intérêt du parti janséniste , auquel elle s'attachait chaque jour davantage avec l'ardeur qu'elle apportait à toutes les choses dont elle s'occupait. Mais, si la ijrincesse obéissait à M^*" Pavillon en np s'isolant pas dans une retraite absolue qui eût satisfait ses goûts, elle ne put du moins se résigner à accepter la haute position que son oncle en mourant avait demandée pour elle à la reine. Mazarin était surintendant de la maison d'Anne d'Autriche, et il la pria de nommer sa nièce grande maîtresse après lui, à la place de la princesse Palatine, qui pour exaucer le dernier vœu d'un mourant consentit à lui en-

voyer sa démission. La reine mère consentit', mais la princesse refusa absolument d'accepter cette position enviée cependant de toutes les dames de la cour. La duchesse de Longueville aurait désiré d'abord que sa belle-sœur prît cette situation, qui aurait grandi son influence; mais des scrupules s'emparèrent d'elle ensuite, et elle craignit de nuire ainsi à une conversion qu'elle admirait. « Vraiment, écrit-elle de Rouen le 22 juin 1661, si la princesse de Conty pouvoit subsister à la cour dans la vertu qu'elle a, je voudrois qu'elle y fût, mais le moyen ? Et n'est-ce pas exposer les gens à des périls certains que de les mettre dans de tels postes à vingtquatre ans, belle, heureuse et au milieu de la grandeur et du plaisir? Et vouloir qu'on sorte sain et sauf de telles choses ! Cela est au-dessus de la nature. C'est pourquoi je ne voudrois pas y contribuer, mais je ne voudrois pas non plus l'en détourner, parce que Dieu peut avoir ses desseins et qu'il peut la garder en ce lieu, s'il se veut servir d'elle pour la sanctifier, comme il garda les trois enfants dans la fournaise de Babylone\ » On voit que la duchesse connaissait la cour et la fragilité de l'âme humaine, et il est hors de doute que ses conseils déterminèrent sa belle-sœur à ne pas accepter les offres qui lui furent faites. La charge échut alors à une autre nièce de Mazarin, la comtesse de Soissons.

' On a\ait toujours cru que la reiue avait seulement promis^ mais la princesse fut réellement nommée. Nous en ayons trouvé la preuve dans

l'acte du 25 mai 1661, précédemment cité : « Reconnoît que ma

dite dame a esté pourveue et est à présent jouissante de la charge de surintendaute de la maison de la reine mère du roy; la récompense de laquelle charge, montant à 200,000 livres, apparteuoit à Son Éminence qui la luy a aussi léguée. » Le désintéressement de la princesse •fut donc complet.

^ Cette lettre est citée par M. Cousin dans ses travaux sui' M"^'' de Longueville.

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