‹ Une nièce de MazarinChapitre 8 sur 113 · CHAPITRE PREMIER. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. il

cile avec son caractère ombrageux qui dédaignait le second rang-, tout en étant incapable du premier. Sa sœur avait soigné son enfance maladive et pris sur lui de la sorte une grande influence qui s'accrut encore quand, après de brillantes études, il sortit du collège des Jésuites de Paris, jeune abbé, amoureux du monde et des plaisirs, et no voyant dans sa soutane que le moyen de devenir de bonne heure cardinal. Du reste, léger, égoïste, très-personnel, sans suite sérieuse dans les idées, d'une conduite peu morale, comme nous l'avons vu, d'une santé encore plus fâcheuse, tel était le mari que l'ambition de Mazarin allait donner à la plus aimable de ses nièces.

Marie- Anne Martinozzi, en effet, était alors une charmante jeune fille : elle avait environ seize ans : « Elle était belle et bien faite, » constate Mademoiselle ' et les contemporains parlent volontiers de « cette merveille aux cheveux blonds». Il ne paraît pas cependant qu'elle ait fait une grande impression sur le prince, car Cosnac se borne, au sujet de sa première visite à M'"" Martinozzi, à dire qu'il « en parut assez satisfait » . Il lui présenta son fidèle et commode aumônier, et l'accueil fut des moins gracieux. (( Elle me reçut avec une froideur incroyable ; à peine me fit-elle l'honneur de me regarder ; elle entretint toujours Langlade , sans tourner la tête de mon côté, et s'il n'eut eu pitié de moi, et, l'avertissant que j'étois un homme dont M. le prince de Conti faisoit grand cas, je crois que je serois sorti de sa chambre sans avoir eu un seul de ses regards. Enfin elle me dit deux mots, mais avec tant de crainte, que je m'imaginai qu'on m'avoit rendu de mauvais offices auprès d'elle, et que son humeur étoit bien extraordinaire. » Il s'en plaignit

' Mademoiselle dit que ce mariage déplut fort au prince de Condé.

sans plus tarder à son maître, qui lui promit de parler à la jeune fille : « En effet, dès le lendemain, il lui parla de moi si avantageusement, qu'elle s'est fort bien souvenue depuis ce temps-là de me mieux traiter. »

Les choses marchèrent rapidement. Le 21 février, les fiançailles furent célébrées au Louvre par l'archevêque de Bourges*, à 6 heures du soir : « La fiancée, lit-on dans la Gazettp, étoit vêtue d'un habit de velours noir tout brillant de l'éclat des diamants dont il étoit couvert. Il y eut bal ensuite et souper magnifique. Le lendemain, M"' de Martinozzi, vêtue cette fois d'une robe de brocatelle enrichie de perles, vint trouver son fiancé dans la chambre de la reine, oii toute la famille royale et le cardinal l'attendoient : elle fut ensuite conduite à la chapelle de la reine où Mazarin célébra le mariage : après la cérémonie, la princesse offrit un dîner à son époux ; le soir, on représenta le Cid sur le théâtre de la cour, et Mazarin termina la journée par un splendide souper suivi d'un bal. »

M""^ de Motteville, dont le témoignage est toujours si précieux à invoquer, confirme que l'intérêt seul guida le prince de Conti en cette circonstance : « Il étoit heureux, dit-elle, de devenir le neveu de celui qu'il avoit haï et méprisé pour ami. Cette alliance ne parut pas convenir à la grandeur et à la naissance de ce prince, mais l'éclat de la fortune du cardinal étoit si grand qu'il pouvoit, en effaçant la bassesse de sa race, élever sa famille à la participation des plus suprêmes dignités. M"^ de Martinozzi avait de la beauté, avoit beaucoup de douceur, beaucoup d'esprit et de raison ; ces qualités si agréables à un mari ont été perfectionnées par sa piété, qui a été si grande qu'elle a eu l'honneur de suivre le sien dans le chemin

' M. Amédée Renée dit, nous ne savons pouj-quoi , que ce fut à Compiègne; Cosnac est formel.

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