CHAPITRE l'KEMIEH
austère de la plus sévère dévotion. Mais elle a eu cet avantage sur lui, qu'elle a donné à Dieu une âme toute pure et dont l'innocence a servi de fondement à ses vertus. »
Mazarin combla son nouveau neveu aux dépens de l'Etat ; il lui donna le gouvernement de la Guyenne et le commandement en chef de l'armée de Catalogne, en lui adjoignant, comme nous lavons déjà dit, Caudale pour lieutenant général. En même temps il faisait reconstruire à ses frais, sur le quai Malaquais, l'hôtel de Brienne, qui prit le nom d'hôtel de Conti ; mais aussi il prétendait diriger complètement le jeune ménage, et l'un de ses premiers soins fut d'amener un certain refroidissement entre le prince de Conti et l'abbé de Cosnac, dont il redoutait l'influence. Il profita pour cela du premier jour du mariage, et, d'après l'accueil fait parla princesse à M. de Cosnac, on aurait pu supposer qu'il dut avoir peu de peine à la décider ; mais il paraît que depuis son mariage M"" de Conti avait modifié son jugement sur l'aumônier de son mari, car Cosnac nous apprend lui-même que le prince, au moment de rejoindre l'armée, lui ayant offert de l'accompagner ou de dem.eurer à Paris pour s'occuper de ses affaires , il se décida pour ce dernier parti à cause de l'excellent accueil de la princesse et d'après ses conseils particuliers. « Elle me témoigna qu'elle ne seroit pas fâchée que je demeurasse auprès d'elle. » Il est probable qu'elle était bien aise de pouvoir secouer un peu de la tutelle de son oncle, et qu'elle désirait par conséquent conserver avec elle une personne sur la(|uelle elle pût compter.
Le parlement ayant évoqué la poursuite du procès contre le prince de Condé, par convenance les jeunes époux quittèrent Paris ; ils se retirèrent j)endant quelques jours dans le château du cardinal à Chilly, avec
le marquis de Vardes, qui avait entrepris de faire une cour assez vive à la princesse, cour qu'il avait peut-être déjà commencée avant le mariage. On sait que M. de Yardes était l'un des seigneurs les plus élégants de la cour, très au fait des intrigues et sans aucun scrupule pour arriver à ses fins. Un jour que le prince de Conti était allé à Paris voir Mazarin, M. de Yardes aborda la princesse et chercha à lui persuader qu'elle devait avant tout devenir la maîtresse absolue de l'esprit de son faible mari, et pour cela éloigner d'elle tous ceux qui avaient été les serviteurs de celui-ci avant son mariage, Cosnac le premier. M™" de Conti raconta toute la conversation à l'abbé, et le prince, mis au courant par sa feriime, lit de même. Quelques jours après eut lieu une scène qui ne servit pas peu les intérêts du futur évêque deYalence.Le prince, se promenant au cours en carrosse, avisa Yardes revenant de la chasse, et l'appela pour monter auprès de lui et l'emmener ensuite souper chez l'abbé de la Rivière : Yardes refusa en s'excusant sur sa tenue négligée et sur son extrême lassitude. Le prince de Conti, inquiet de cette défaite, qui ne lui semblait pas sérieuse, revint inopinément à Chilly et entra sans se faire annoncer dans la chambre de sa femme, un peu souffrante et couchée. Yardes était dans lamelle, « plus propre et plus frisé qu'il ne l'avoit vu de sa vie ». Mais aussi il était trop rusé pour se démonter, et Conti ne put trouver décemment prétexte à donner libre cours à sa colère jalouse. Il expliqua son retour par une très-vulgaire indisposition et se retira en maugréant. Mais cela ne faisait pas le compte de l'abbé de Cosnac. qui ne voulait pas laisser échapper une aussi belle occasion ; il suivit le prince et lui conta quelques petites historiettes propres à augmenter son mécontentement. Le prince était jaloux, et l'abbé de Cosnac nous rapporte cette scène avec un