CHAPITRE m. i6o
à ce moment il semble s'être subitement éloigné du jansénisme, et le père Rapin nous apprend, à l'appui de cette résolution, qu'avant de partir pour le Languedoc, M. de Conti se sépara, pour plaire au roi, de l'abbé de la Vergue. Sa femme montra beaucoup de répugnance à ce sujet ; mais, comme elle ne savait pas résister aux désirs du prince et que son état maladif la rendait encore plus attentive à lui plaire , elle s'y résigna ; tous deux partirent aussitôt après cette pénible exécution. Le voyage fut très-fatigant pour M. de Conti; il put cependant arriver à Béziers et il présida les États oi^i tout se passa de façon à satisfaire le gouvernement. Mais ces occupations aggravèrent sérieusement son état, et il fut transporté très-malade à la Grange, où sa situation empira rapidement, L'évêque d'Aleth accourut près de lui, mais le père Rapin constate avec une triomphante satisfaction qu'il l'accueillit fort mal. « Le prince avoit fait déjà des efforts pour s'affranchir entièrement du jansénisme ; il disputa fort contre ce prélat sur l'obligation qu'il y avoit à signer le formulaire, prétendant qu'il devoit obéissance au pape, luy disant qu'il nepouvoit approuver sa conduite qui alloit faire un schisme dans l'Eglise ; àquoy l'évêque, qui n'étoitpas fort théologien, répondit foiblement, et d'une manière dont ce prince fut si mal satisfait qu'il ne voulut plus l'écouter, ordonnant à ses gens de le faire sortir. Après quoy il remercia Dieu d'être délivré de ces importuns, déclarant à celui qui lui apporta les sacrements qu'il se soumettoit aux constitutions des deux papes pour le fait et pour le droit et qu'il vouloit mourir enfant de l'Église. » Rapin ajoute qu'il sut tous ces détails par Morin, médecin, et par Mongelis, chirurgien du prince , qui l'assistèrent à ses derniers moments. Il mourut à la Grange, le 21 février 1666, précisément à l'instant où il aurait pu être
assez gravement compromis par une lettre de Févèque d'Aleth, trouvée dans les papiers de M. de Sacy lors de son arrestation, où ce prélat promettait d'obtenir du prince « de faire quelque chose d'éclat pour la liberté des religieuses de Port-Royal ». La nouvelle de sa mort arriva à la cour quatre ou cinq jours avant cette découverte. M""" de Sévigné a résumé l'opinion publique en écrivant un jour à propos du jeune prince de Conti: (( C'était le fils d'un saint et d'une sainte'. »
Le corps du prince fut d'abord déposé dans l'église des Cordeliers de Pézenas, puis transporté, suivant son désir, à la chartreuse de Villeneuve , près d'Avignon ^
Il ne paraît pas que la soumission de la princesse de Conti aux vœux de son mari soit allée jusqu'à lui faire approuver son abandon du jansénisme, auquel elle
* Lettre du 24 novembre 1683 au président deMouIceau. — M'"" de Sévigné paraît avoir eu uue certaine sympathie pour le prince de Conti. Bussy-Rabutin, qui l'accompagna dans sa campagne de Catalogne, écrivait à sa cousine, le 16 juin 16o4 : « J'ai bien appris de vos nouvelles, madame; ne vous souvenez-vous point de la conversation que vous eûtes chez M™'' de Montausier avec M. le prince de Conti, l'hiver dernier? Il m'a conté qu'il vous avoit dit quelques douceurs, qu'il vous avoit trouvée fort à son gré et qu'il vous le diroit plus fortement cet hiver. »
^ A la mort du prince, la duchesse de Longueville s'occupa des personnes qui étaient attachées à sa maison. Esprit était alors maître des deux enfants : « Ce que M. Esprit touchoit de mon frère, écrit-elle à M^^de Sablé, n'étoit point comme gouverneur, mais comme maître. Ainsi M. Esprit demeurera sans doute dans son emploi d'intendant du petit comte de Pézenas. Pour M. de la Vergue, mon fi'ère ne lui donnoit rien du tout, et il a seulement subsistance chez mon frère quand il est en même lieu que lui. Mais comme ce n'étoit point par rapport à mon frère, mais par rapport à ma belle-sœur, cela subsistera toujours; et ainsi M. de la Vergue ne perd rien du côté de l'intérêt. » Esprit cependant ne voulut pas conserver sa position : il essaya d'entrer chez M'""' de Longueville, et, ayant échoué, malgré les efforts de M™" de Sablé et la crainte de la duchesse de blesser ses amis, il se retira tout à fait.