‹ Une nièce de MazarinChapitre 83 sur 113 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Kii princesse reste dévouée au jansénisme. — Elle conserve cependant une grande modération. — Sentiments du roi et de la cour en sa faveur. — Le duc d'Orléans demande sa main. — Sa conduite exemplaire. — Sa liaison de plus en plus intime avec sa belle-sœur. — Le P. Bourdaloue. — Sa mort subite. — Son testament. —Mot de M"'^ de Sévigné. — Jugement de Massillon. — Opinion des contemporains. — Appréciation générale de sa vie.

M"* de Conti avait immédiatement écrit à M""' do Longueville, après la mort de son mari. « J'ai reçu, mande celle-ci à M"'' de Sablé , mie lettre de M"" la princesse de Conti qui me prie de vous faire de grands compliments sur ce qu'elle ne vous a pas fait response ; elle croit que vous recevrez bien ses excuses. Elle me prie d'aller au-devant d'elle à une grande journée de Paris. Ce sera pour demain. » Une grande déception atteignit presque aussitôt la princesse en lui faisant sentir matériellement la diminution que la mort de son mari apportait à son influence. Nous avons vu la part qu'elle avait prise à la fondation d'une communauté dirigée à Toulouse par une janséniste des plus notables de la province, M""^ de Mondonville ; ses adversaires n'avaient jamais pu obtenir la suppression de cet institut tant que vécut le prince de Conti; mais, à peine eut-il fermé les yeux, que l'archevêque renouvela ses démarches et obtint immédiatement du roi un arrêt

du conseil qui prononça la suppression Je ce « séminaire du jansénisme' ». La princesse et sa belle-sœur intervinrent sans retard auprès de Louis XIV et le harcelèrent tellement qu'elles obtinrent un délai pour la signature , ce que ce prince fit pour plaire à M""" de Conti , mais non sans lui dire, « avec un petit degré de sécheresse, » qu'elle se mêlait à son grand regret de choses qui ne la regardaient nullement. L'archevêque ne se tint pas pour battu et sut impressionner le roi en lui montrant le mal que M"® de Mondonville causait dans tout le Midi en propageant les idées nouvelles. En fait, l'institut de Toulouse , après la chute de Port-Royal , était le seul refuge que conservât le jansénisme. La guerre fut vive ; les deux princesses ne négligèrent aucune démarche. M™^ de Conti essaya de décider l'évêque de Béziers à recevoir la communauté , M"" de Longueville tenta d'amener l'archevêque d'Albi à ce parti ; mais ces efforts furent vains, et Louis XIV apposa enfin sa signature qui décida la suppression tant débattue.

La princesse dut supporter avec peine une pareille épreuve. Elle la détermina, du moins, à ne plus s'occuper aussi ostensiblement d'un parti contre lequel l'animosité de la cour s'affirmait chaque jour davantage et pour lequel son influence devenait absolument impuissante. Elle se renferma de plus en plus dans la pratique de la

^ Le 8 août 1604, le prince écrivait à ce sujet au père de Ciron : « J'ai été surpris des emportements des capucins contre M""" de Mondonville. En vérité, ces pauvres gens sont plus dignes de pitié que ceux qu'ils persécutent, et, comme leur persécution ne peut faire grand mal, il est aisé d'en faire peu de cas. Pour ce qui regarde le pi-élat, il peut nuire à beaucoup de bien que fait la maison de la Sainte-Enfance, mais je ne vois pas qu'il puisse lui faire de mal effectif, puisqu'elle a un établissement certain, fait par un archevêque, confirmé par une bulle du Saint-Siège, autorisé par le roi et vérifié en parlement. Si toutefois il vent inquiéter, prœsfo snnnis, vous pouvez nous employer toujours. »

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