CHAPITRE I\. m
rdii^iuii la plus austère , et, continuant à recevoir les conseils de l'évèque d'Aleth, elle no songea qu'à se dépouiller des portions de sa fortune qu'elle considérait comme mal acquises. C'est ainsi qu'elle dressa le compte des biens provenant de son oncle le cardinal, qu'elle regardait comme provenant des bénéfices ecclésiastiques, et qu'en cinq annuités elle restitua en bonnes œuvres une somme de 800,000 livres, sans compter les innombrables aumônes qu'elle faisait sur le reste de ses propres. On peut dire que ce fut la constante préoccupation du reste de sa vie, et qu'elle donna ainsi un grand exemple auquel la simplicité avec laquelle elle l'accomplit ajoute un mérite qui frappa tout le monde.
La princesse était restée veuve à vingt-neuf ans. Ses contemporains constatent tous son admirable beauté, et nous en avons la preuve par le portrait peint par Beaubrun qui existe d'elle à Versailles. Un émail de Petitot corrobore facilement ce jugement, ainsi que la reproduction de la toile de Beaubrun, gravée par Regnesson en tête du premier volume du Grand Sct'pion, qui lui fut dédié en 1656*. Elle avait deux fds - : Louis-Armand, né le 4 avril 1661 ^ et François-Louis, né le 30 avril 1664'*;
^ 11 existe plusieurs portraits gravés de la princesse, sans compter celui de Gavard, exécuté pour le Musée de Versailles. On en trouve un dans la suite de Montcornet; deux autres gravés par Nicolas de Lorniessin, le premier chez Boissevin, le second chez Bertrand ; d'autres encore. Le plus remarquable est celui de Regnesson : il a l'avantage d'avoir été peint et gravé par deux contemporains : la gravure en est parfaite. La princesse y est en buste, de trois quarts, à droite.
^ Un premier fds, Louis, était né le 6 septembre lGo8, mais était mort au bout de huit jours.
^ Il mourut de la petite vérole, le 9 novembre 168o, au retour d'une brillante campagne en Hongrie, sans laisser d'enfant d'Anne-Marie, mademoiselle de Blois, légitimée de France, qu'il avait épousée le IG janvier 1680, morte le 3 mai 1759.
^ Mort le 22 février 170j, après avoir servi avec éclat et avoir été élu
elle apporta un grand zèle à leur éducation, et l'auteur du Nec/'o/oge de Port-Royal nous apprend qu'elle la confia au docte père Lancelot', et que le roi la laissa complètement 'libre de cette direction. En même temps, elle s'occupait de ses nombreuses affaires, de ses domaines ; elle veillait à ce que ses vassaux fussent équitablement traités, se mêlant même des questions relatives au régiment que Louis XIV avait donné au jeime Louis-Armand. Sa vie suffisait à peine à toutes ces choses auxquelles elle ne savait pas se donner à demi , surtout si l'on songe qu'elle n'avait nullement abandonné la protection des jansénistes, qu'elle y apportait au contraire un constant dévouement , <( n'épargnant ni peine ni soin pour cela , lisons-nous dans le Nécrologe, s'opposant aux ministres même les plus autorisés, avec qui elle ne craignoit pas de se commettre, en leur résistant en face avec sa douceur et sa fermeté naturelles, rehaussées par une foi vive et par une ardente charité. » Elle n'ignorait pas les sentiments particuliers d'estime qu'elle avait inspirés au roi, et dans toutes les circonstances importantes elle allait à lui, traitant directement les affaires avec lui et réussissant souvent, parce que Louis XIV appréciait sa modération, sa réserve et sa haute vertu. C'est ainsi qu'elle eut la plus large part à la mise en liberté de M. de Sacy (octobre 1668) et qu'elle jouissait d'une
roi de Pologne en 1687, sans que cette élection ait eu de suite. Il laissa un fils de son mariage ayec Marie-Thérèse de Bourbon-Condé, qu'il épousa le 29 juin 1688 et qui mourut le 22 février 1732.
* « Ils ne firent honneur à notre ami M. Lancelot que par leur esprit.» Dom Claude Lancelot, grammairien célèbre, fut un des premicis disciples de l'abbé de Saint-Cyran et l'un des plus savants professeurs de Port-RoyaL Après l'interdiction de ces écoles, il fit l'éducation du duc de Chevreuse, puis il entra à l'hôtel de Conti. A la mort de la princesse, il quitta ses enfants et renonça à l'enseignement pour se consacrer à la \'ie religieuse exclusivement.