CHAPITRE IV
grandi; influence auprès du secrétaire d'Etat Le Tellier.
Une princesse comme M""" de Conti ne pouvait demeurer ignorée à la cour. Nous avons vu les sentiments qu'elle avait inspirés au prince de Gondé, puisqu'il disait hautement avoir rêvé une belle-fille comme elle. Il paraît qu'il ne fut pas le seul à la remarquer et qu'un prince considérable rechercha sa main. « Sa réputation, lisonsnous encore dans le Nccrolofje, porta un grand prince à lui proposer son alliance, qui la mettoit beaucoup audessus du rang où la première l'avoit mise ; mais elle s'excusa d'écouter cette proposition et rejeta les instances qu'il lui fit faire, encore que cette alliance, méritée par sa seule vertu, l'élcvàt de trois degrés au-dessus de celle à laquelle le crédit du cardinal Mazarin l'avoit élevée. » Cette indication ne nous est fournie que par l'écrivain de Port-Royal ; mais les termes dans lesquels elle est produite nous semblent lui donner un caractère incontestable, et nous croyons que ce prince qui aurait élevé la princesse de « trois degrés » ne peut être que le duc d'Orléans, veuf le 10 juin 1670 d'Henriette d'Angleterre, et remarié dès le 21 novembre 1671 à une princesse de Bavière.
Mais, à cette époque, la santé de M"" de Conti était gravement ébranlée. Elle ne s'était jamais remise du mal qu'elle devait à son mari et de fréquentes indispositions attristèrent sa vie. Les austérités qu'elle s'infligeait n'améliorèrent pas cet état : ces crises se renouvelaient souvent, mais avec une gravité extrême deux fois par an: elles étaient accompagnées de violents vomissements de sang et de symptômes de faiblesse qui faisaient toujours craindre une fin subite, la seule chose qu'elle redoutât et dont elle demandait à Dieu d'être préservée, car, pour toutes ses souffrances, elle les supportait avec une admirable résignation. Elle eut une
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atteinte tellement grave pendant l'été de 1668 , qu'on crut à un malheur prochain. « Le mal de ma sœur, écrit M""" de Longiieville à M"'" de Sablé, le 9 juillet, m'a fait revenir de Montargis plus tôt que je n'aurois fait, car il n'y a pas moyen de ne pas accourir pour voir dans une telle rencontre une persoime qui m'est aussi chère que m'est celle-là. Je l'ai trouvée hors d'affaire pour cette fois. Mais le fond de ce malheureux mal subsistant, qu'on croyoit, si ce n'est entièrement guéri, du moins considérablement diminué, il n'y a pas moyen d'estre en repos; car cela peut toujours revenir, et si cela revient souvent, cela l'emportera. Pour moi je n'y puis songer sans une frayeur très-pénible, et par la vraie amitié que j'ai pour elle, et pour les suites qu'auroit une telle perte pour ses pauvres enfants. Car, pour rengagement où vous croyez que cela me mettroit, je le craindrois furieusement, si je le jugeois possible ; mais, comme le roi eût fait, il me soulageroit de cette peine et ne laisseroit pas des princes à la merci d'une janséniste '. Mais cela môme me fait frémir pour mes pauvres neveux, car jugez ce qu'ils deviendront. Mais il ne faut pas prévenir les maux, et c'est là où il faut appliquer et pratiquer ces mots de l'Evangile : A chaque jour suffit sa malice. »
Cette crise cependant se prolongea plus longtemps que de coutume ; Guy Patin nous l'apprend dans une lettre du 8 septembre 1668, où il fait en même temps un magnifique éloge de la princesse. (( Elle étoit en llsie- Adam, à l'intention d'y passer le reste de l'été ; elle y est tombée malade et a été ramenée à Paris : tout le monde plaint cette princesse, qui est la fleur des dames
^ Quand la princesse de Conti nioui'iitj elle chargea sa belle-sœur de veiller à l'éducation de ses deux lils.