CHAPITRE IV. ITo
de la cour, en sagesse, en piété, en probité, et dont la maison est réglée tout autrement mieux que toutes les autres : elle vaut mille fois mieux que son oncle le cardinal. Il y en a qui disent qu'elle est sainte comme saint Charles Borromée, qui fuit serio christianus , bien qu'il fût neveu d'un méchant homme, savoir du pape Pic IV. » Elle habitait alors le joli château que son mari lui avait laissé à risle-x\.dam, bâti dans une situation exceptionnellement belle, dans ce riche vallon, au pied d'un coteau, sur deux îles de l'Oise ; mais elle préférait de beaucoup vivre au Bouchot , autre château de magnifique j^roportion, situé entre Paris et Fontainebleau ; elle y demeurait le plus longtemps possible et n'en sortait jamais qu'à regret.
Elle n'imita pas son mari, qui sur la fin de sa vie abandonna le jansénisme. Cette même année, où elle fut à deux reprises si malade, nous la voyons s'employer pour faire lever l'interdit qui empêchait Toratorien Desmares de monter en chaire , et elle ligure à son premier sermon pendant les Quarante- Heures du carnaval, « avec toute la cabale, » c'est-à-dire avec la duchesse de Longueville, le duc et la duchesse de Liancourt, Arnault, Nicole, etc. Du reste, elle ne se montrait pas exclusive, car, à la même époque, elle suivait assidûment les prédications de Bourdaloue ; nous l'y voyons en 1670, mais il semble qu'elle y soit surtout venue pour surveiller le violent orateur, car un mémoire fut présenté contre lui au roi par M""" de Longueville, et il n'est pas à croire que sa belle-sœur y soit demeurée étrangère. A la suite du sermon de l'Avant, où Bourdaloue, ayant attaqué le jansénisme très-clairement , cependant sans le nommer, avait parlé de <( ces hommes toujours portés aux extrémités, qui, pour ne pas rendre la pénitence trop facile, la portent à l'impossibilité, » la
princesse se plaignit si hautement en sortant, que l'orateur crut devoir aller lui pi'ésenter des explications dont elle ne se montra que très-médiocrement satisfaite. Elle continua cependant à le suivre, et, au mois de mars suivant , M™" de Sévigné constate la présence « des mères de l'Egiise ; c'est ainsi que j'appelle, ajoute-t-elle, M""" de Conti et de Longueville ' ». Elle avait dû cependant éprouver de pénibles impressions dans ces dernières années , car le jansénisme avait subi quelques coups assez rudes et souffert certaines défaillances parmi ses membres. Le roi alla jusqu'cà défendre à la duchesse de Longueville de continuer à faire dans son hôtel des assemblées où se réunissaient les principaux membres de la « cabale », pour entendre Arnault qui y logeait ; et quand la belle duchesse accourut pour le fléchir en mettant en avant les noms les plus orthodoxes comme habitués de son salon, Louis XIV lui répliqua sèchement : (( Point d'assemblées , madame , s'il vous plaît, je vous en prie. » Un peu après , l'évèque d'Aleth lui-même fléchit. Il avait fait imprimer un rituel, attribué à Arnault, et qui fut condamné à Rome ; au mois de juillet 1669, il le fit rééditer en y ajoutant le» approbations de plusieurs évêques de ses amis, puis il craignit de s'être laissé entraîner trop loin et il adressa au pape une lettre dans laquelle il paraissait hésiter assez peu dignement entre le désir de faire sa soumission et celui de soutenir son ouvrage.
Les souffrances de la princesse s'accrurent pendant l'été de l'année 1671, de manière à donner les plus graves et les plus fréquentes inquiétudes. Elle continuait à faire preuve d'une admirable résignation, qui n'était ébranlée que par la crainte de la seule chose (jui l'effrayait, un
■ Lettre du 18 murs 1671.
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coup subit qui l'empêchât de se préparer à la mort. Or son médecin précisément appréhendait un transport au cerveau, et il ne le lui dissimula pas un jour qu'elle le pressa de lui parler franchement. (( Je mourrai volontiers de mort soudaine, repli qua-t-elle doucement, alors quand Dieu voudra. L'Eglise demande à Dieu qu'il nous en délivre, mais elle ajoute et wiprovisà. Je ne crains aucun genre de mort, mais j'espère que Dieu me préservera d'une mort imprévue. » La prédiction de la Faculté ne se réalisa qu'à moitié. La princesse fut prise, le 1" février 1672 , d'une crise plus violente que toutes celles qu'elle avait déjà subies, et elle souffrit pendant quatre jours les plus cruelles douleurs, qu'elle supporta dans un profond silence. Puis une congestion cérébrale l'emporta. M"" de Sévigné nous a conservé le récit des derniers moments de la princesse. « Cette nuit. M"" la princesse de Conti, écrit-elle le 3 février, est tombée en apoplexie. Elle n'est pas encore morte, mais elle n'a aucune connoissance ; elle est sans pouls et sans parole : on la martyrise pour la faire revenir. Il y a cent personnes dans sa chambre, trois cents dans sa maison : on pleure, on crie. Voilà tout ce que j'en sais à l'heure qu'il est. » Le surlendemain elle ajoute : <( Elle mourut quelques heures après que j'eus fermé mon paquet, c'est-à-dire hier à quatre heures du matin, sans aucune connoissance , ni avoir jamais dit une seule parole de bon sens. Elle appeloit quelquefois Céphise, une femme de chambre, et disoit : Mon Dieu ! On croyoit que son esprit alloit revenir, mais elle n'en disoit pas davantage. Elle expira en faisant un grand cri, et au milieu d'une convulsion qui lui fit imprimer ses doigts dans le bras d'une femme qui la tenoit. La désolation de la chambre ne se peut représenter ; Monsieur le duc et MM, les princes de Conti, M°"= de Longueville, M™' de Gamaches pleuroient de tout
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leur cœur. M""' de Gesvres [avoit pris le parti des évanouissements, M"""^ de Brissac de crier les hauts cris et de se jeter sur la place ; il fallut les chasser, parce qu'on ne savoit plus ce qu'on faisoit. Enfin la douleur est universelle. )> M™*^ de Sévigné ajoute que Louis XIV montra un sincère regret et le constata publiquement en déclarant que la princesse « étoit plus considérable par sa vertu que par la grandeur de sa fortune » .
Comme la duchesse de Longueville l'avait pensé, elle fut chargée de l'éducation de ses neveux par la recommandation expresse de sa belle-sœur. Le prince de Condé en fut nommé tuteur. La princesse légua !20,000 écus aux pauvres , autant à ses domestiques, et demanda dans son testament à être enterrée « comme la moindi'e femme » . M""® de Sévigné était une des sincères admiratrices de la princesse de Conti ; elle alla la voir sur son lit de parade et constata qu'on avait défiguré « la sainte princesse >; en cherchant à la rappeler à la vie. Pour essayer de lui faire prendre une potion, on lui avait abîmé la bouche , brisé deux dents et brûlé la tète, « c'est-à-dire que si les pauvTes patients ne mouroient pas de l'apoplexie, ils seroient à plaindre de l'état oii on les met ».
Le corps de la princesse fut enterré, le 26 avril, à Saint- An dré-des- Arcs , où elle était venue si souvent entendi'e le P. Desmares \ Ses entrailles furent inhu-
' Nous trouvons dans le Dictionnaire critique de M. Jrtl les copies des actes suivants :
« Le 6 février 1672, l'ut apporté et mis en dépôt environ les 8 heures du soir en l'église S. André des Arcs le corps de S. A. S. madame Anne- Marie Martinozzi, veufve de t. -h', t.-p* et excellent prince Armand de Bourbon, prince de Conty, prince du sang, pair de France, etc. Laquelle décéda en sa 3o° année dans son hostel de Conty sur le quai de Nesle le 4 février 1072. »
« Le 26 avril 167'2, du luatiu, a été célébré eu l'église S. André des