‹ Une nièce de MazarinChapitre 87 sur 113 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mées à Port-Royal-des-Champs et son cœur au Carmel de la rue Saint-Jacques'.

Le testament de la princesse est daté du M octobre 1669 : il est entièrement écrit de sa main, d'une écriture ferme et sans rature ; on remarquera que l'orthographe y est à peu près parfaite, ce qui prouve qu'elle avait fait do grands progrès à cet égard.

« Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Je Anne-Marie Marlinozzi, espouse de Monsieur le prince de Conty, considérant qu'en quelque estât, aage et condition que nous soyons, nous devons regarder l'heure de nostre mort comme fort prochaine , et ne voulant pas mourir sans disposer des biens qu'il a pieu à Dieu de me donner, j'ay faict, escrit et signé ce mien testament en la manière qui s'ensuit.

« Premièrement je recommande mon âme à Dieu, à la Saincte- Vierge , à saincte Anne ma patronne, et à tous les saincts et sainctes du Paradis, affin qu'il plaise à la maiesté divine par les mérites de son fils Jésus-Christ de la recevoir en son Paradis.

<( Je veux que mon (;orps après, que mon âme sera sé-

Arcs le service de feue madame la princesse de Conty qui a esté inhumée dans le chœur de cette église en un caveau fait exprès proche le maître-autel, du costé de l'épître. Monseigneur l'évèque d'Angoulesme a fait l'ofllce, du consentement de M. le curé de S. André, et M. l'évèque d'Authun a prononcé l'oraison funèbre. Messieurs les princes de Conty et de la Roche-sur- Yon, enfants de mad. la princesse de Conty, y étoient. Comme aussi y ont assisté mess, les princes de Coudé et duc Danguyen, mad. la duchesse de Longueville, M. le duc de Longueville et grand nombre de personnes de première qualité, »

Le 28 juin 1639, la princesse avait tenu avec Mazarin, à S. Sulpice, sur les fonts baptismaux un fils d'Octavieu Ondedei.

* La princesse avait depuis longtemps des rapports intimes avec les Carmélites. Dans une de ses lettres, nous lisons : « Nous allons coucher ce soir à la petite maison des Carmélites, où noua passerons la nuit. » Nous avons tu dans sa correspondance avec l'abbé de la Vergue en quels termes elle parle de M"'= du Vigean, « de la sœur Marthe ».

paréo, soit inhumé dans Féglise de la paroisse où je mourray et que mes funérailles soient faittes sans aucune cérémonie et à moings de frais qu'il sera possible, à qiioy je prie l'exécuteur du présent testament cy après nommé de tenir la main.

« Je prie mon exécuteur testamentaire de faire en sorte, s'il est possible, que le jour et le lendemain de mon deuil il soit dict mille messes pour le repos de mon âme, sinon le plus tôt qu'il se pourra faire.

« Je donne et lègue à la bourse cléricale de Saint- Nicolas-du-Chardonneret, à Paris, 5,000 livres ;

« Au séminaire de Tholose, conduit par M. Yignaux. pareille somme de 5,000 livres ;

« Au séminaire de Villefranche, du diocèse de Rhodez. 10,000 livres; à Messieurs de la mission de M. Vincens, i20,000 livres, pour faire des missions dans les lieux de ce royaume les plus abandonnés tant que ladicte somme y pourra fournir.

« Outre ce. je prie mondict exécuteur testamentaire de prendre sur les offects les pluspressans de ma succession la somme de i 0.000 livres pour estre employée incessamment à faire des missions suivant (ju'il le jugera à propos.

(( Je donne et lègue à l'hospital général de Paris la somme de 100,000 livres ;

A l'Hostel-Dieu de Paris, la somme de 40,000 livres ;

A l'hospital général de Rouen, 40,000 livres ;

A l'hospital général de Caen, 45,000 livres ;

A celuy de Rheims, 45,000 livres ;

A celuy d'Amiens, 45,000 livres;

A celuy de Bordeaux, 50,000 livres ;

A celuy de Tolose, 45,000 livres ;

A l'hospital général de Sens, 45,000 livres ;

A la Charité de MontpeUier, 10,000 hvres;

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A riiospital de Valence, 15,000 livres;

A riiospital général de Grenoble, 30,000 livres;

A celuy de Riom, en Auvergne, 30,000 livres;

A riiospital de Nismcs, 10,000 livres ;

A celuy de Tulle, 10,000 livres.

« Toutes lesquelles sommes je désire estre payées pour une fois seulement aux sindics et administrateurs desdites maisons dans Tannée de mon décès, soit en argent comptant, soit en terres de Monsieur mon mari dont je luy donne le choix et option pour la facilité du paiement et afin que l'exécution de ma volonté ne puisse estre retardée faute d'argent; lesquelles terres je veux que lesdits sindics et administrateurs soient obligés de prendre au prix que mon mari les estimera en sa conscience. Et en cas que les maisons, companies et hospitaux cidevant nommés ne se trouvent en estât de recevoir lesdicts legs , je veux qu'ils soient recueillis et qu'ils appartiennent aux maisons, companies et hospitaux qui se trouveront establis dans les mesmes provinces de proche en proche, ce que je remects au jugement de monsieur mon mari et, à deffaut de luy, à mondict exécuteur, auxquels je donne pouvoir de transférer lesdicts legs en d'autres lieux et à d'autres œuvres, s'ils estiment qu'il soit nécessaire pour la plus grande gloire de Dieu et soulagement du prochain.

<( Je veux que mes domestiques soient payés incessamment des pensions et gages de toute l'année en laquelle mon décès arrivera , encore qu'elle ne soit pas finie, et tous ceux deubs au jour de mon décès.

(( Outre ce, je donne et lègue à ceux d'entre mesdicts domestiques qui mériteront quelque récompense la somme de 30,000 livres aussy une fois payée, laquelle je désire leur estre distribuée eu esgard aux services qu'ils m'ont rendus , au bien que je leur ay faict et à leur

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pauvreté, suivant que monsieur mon mari le jugera à propos , et à deffaut de luy mondict exécuteur. Je souhaiterois que mes autres obligations me donnassent lieu de faire plus de bien à mes domestiques et je les prie de se contenter de ce que je puis faire pour eux. « Je veux que la somme de 12,000 livres due par mon cousin le comte de la Rovere à M. Duret, pour laquelle j'ayfaict obliger mon maistre d'hostel, soit incessamment acquittée aux dépens de ma succession sans aucune espérance de répétition contre mon dict cousin ; et pour le surplus de tous mes autres biens je fais et institue mon héritier universel M. le comte de Clermont mon fils, à la charge de payer mes debtes et accomplir le présent testament, et, sy Dieu me donne d'autres enfans, je veux qu'ils ayent la part qui leur appartiendra et mesdicts biens suivant les lois et coutumes des lieux où ils sont situés.

« Je supplie M. le premier Président du parlement de Paris estre exécuteur testamentaire de mon présent testament; à cette fin je désire qu'il soit saisi de tous mes biens jusqu'à l'entière exécution d'iceluy, et pour vaquer aux affaires de ladite exécution seule l'autorité et par les ordres de mondict exécuteur j'ay nommé et choisi le sieur Jasse * de l'affection et fidélité duquel j'ay une particulière connoissance.

« Lequel mon présent testament j'ay faict et escrit, leu et releu, et je m'y suis arresté comme à ma dernière volonté , et je l'ay signé de ma main à Paris, le 25 octobre 1663.

Anne-Marie MARTINOzzY^ »

* Trésorier du prince.

^ Ce testament et ceux qui suivent sont aux Archives nationales, série K, fi09. Nous en «levons la connaissance à l'obligeance de M. Boutaric.

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