CHAPITRE IV
La perte de la princesse de Conti fut vivement ressentie, à la cour comme à la ville, car sa haute piété, sa simplicité et ses immenses et constantes aumônes lui avaient sérieusement f^agné tous les cœurs. Nous avons vu comment le roi l'appréciait et en quels termes il avait exprimé les regrets que lui causait la perte de sa cousine. M™** de Sévigné n'est pas moins élogieuse, et l'on ne saurait formuler une oraison funèbre plus complète en peu de mots , quand elle dit : (( Il y a de belles réflexions à faire sur cette mort, cruelle pour toute autre, mais très-heureuse pour elle, qui ne l'a point sentie et qui y étoit toujours préparée. » Plus tard, en parlant de la mort du fils de la princesse en I680, elle dit encore : « Il est le fils d'une sainte. » Nous trouvons les mêmes appréciations dans une lettre, du 45 février 1672, de M"" de Scudéry à Bussy : « M. d'Autun a fait l'oraison funèbre de M""* la princesse de Conty *, qui est morte d'apoplexie : elle
servir Dieu dans ma condition, dans laquelle toutefois j'ai retranché autant que j'ai pu toutes les dépenses de ma maison afin de restituer pendant ma vie, chaque année, ce que je pourrois épargner de mon revenu. »
Le prince recommandait ensuite expressément à ses héritiers de continuer ces indemnités jusqu'à complète' réparation, suivant les mémoires conservés par le trésorier Jasse. Il ajoutait que, dans le cas où ses héritiers et descendants viendraient à acquérir une nouvelle fortune par libéralité royale ou de tout autre manière, ils devraient vendre tous les biens provenant de sa succession et en distribuer le produit dans les provinces susmentionnées: enfin, que, si ses enfants se trouvaient sans postérité, ils eussent à prendre des mesures pour que cela eût lieu après eux. Il terminait par ces mots : « Je recommande à ma femme la bonne et chrestienne éducation de mes enfants » Les exécuteurs testamentaires choisis furent la princesse de Conti, la duchesse de Lougueville et le premier président de Lamoignon.
* L'abbé de la Roquette, in-4°, 1671. Nous regrettons de ne pouvoir publier cette oraison funèbre dans l'appendice, mais le seul exemplaire que nous connaissions est à la Bibliothèque nationale, et, malgré les
menoit la vie d'un ange ; » et Bussy lui répond, le 25 : « Il n'appartient qu'à des vies comme a été celle de M""* de Conti de mourir de mort subite. M. d'Autun avoit ample matière pour faire une belle oraison funèbre, et son grand talent est pour ces sortes de discours. » Enfin Saint-Simon , à l'occasion de la mort de M™" de Gamaches, — fille du secrétaire d'Etat Loménie, — consacre à la princesse quelques lignes qui donnent encore la meilleure impression de son caractère doux et sympathique. « Elle avoit été dans la plus étroite confiance de la princesse de Conti-Martinozzi. J'ai ouï conter à mon père que toutes les semaines , à jours pris , elles venoient dîner toutes deux chez sa première femme, la meilleure amie qu'eût la princesse de Conti. que mon père alloit ce jour-là dîner chez ses amis , et qu'elles dînoient toutes trois la clochette sur la table et passoient ensemble le reste du jour. Toutes deux alors étoient fort belles. J'en ai trouvé, à la Ferté , deux petits portraits en pied de ce temps-là, en pendants d'oreilles, les plus agréables du monde, que j'ai conservés avec soin. »
M""" de Sévigné ajoute, dans la lettre à laquelle nous avons emprunté l'éloge de la princesse , ces mots : « Brancas en est tout pénétré. » Le comte de Brancas, chevalier d'honneur de la reine mère , était un des plus ardents adversaires du jansénisme. Homme d'esprit, « après avoir été libertin et désordonné » , dit M"" de Motteville, il paraissait converti et dévot, quoique d'un tempérament emporté, « et les châtiments qu'il se donnoit à lui-même égaloient par leurs excès celui de ses foiblesses » . Il est probable que la phrase de M™'' de Sévigné fait ici allusion à la surprise dont M. de Brancas fut
obligeantes recherches de M. le conservateur, on n'a pu le retrouver depuis plusieurs mois (juillet 187.^).