‹ Une nièce de MazarinChapitre 90 sur 113 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

frappé en voyant une personne qu'il considérait comme hérétique faire une mort aussi belle et produisant dans le monde une impression si universellement édifiante.

La princesse de Gonti avait, en effet, donné par sa vie et par sa mort un grand exemple. Née avec les plus brillantes qualités de son sexe , douée d'une grande beauté, elle n'avait jamais donné prise à la critique dans un temps où peu de femmes y ont pu échapper, car son aventure avec le beau et compromettant Vardes n'avait pu servir qu'à affirmer sa vertu. « Sérieuse, douce, tranquille dès l'enfance, et toutefois très-sensible ; ferme, hardie et néanmoins mesurée et pleine de tous les égards nécessaires pour s'établir une réputation hors d'atteinte, » elle était sévère pour elle-même, et se jugeait toujours sévèrement, prétendant que, malgré cette régularité extérieure , elle n'était qu'une « honnête païenne ». Nous avons vu qu'elle avait grandi sans aucune instruction religieuse, toute nièce de cardinal qu'elle était, et, au lendemain d'un mariage qui avait comblé les vœux de grandeur et d'ambition qu'elle nourrissait, elle n'avait eu qu'une pensée , éteindre complètement les élans religieux qui agitaient son âme et ne lui paraissaient pouvoir lui procurer que des troubles et des soucis. Elle fit tous ses efforts en ce sens, mais <( Dieu ne permit pas qu'elle y réussît ». Il y avait en elle , au contraire, un fond d'honnêteté et de grandeur que la foi seule pouvait développer et satisfaire. Elle avait tout l'amour de son époux , revenu des fâcheux égarements d'une jeunesse imprudente et qui d'un bond était rentré au plus étroit du giron de la religion en embrassant , au contraire, les idées qui représentaient alors la plus austère rigidité. Il ne perdit désormais aucune occasion de lui répéter tout ce que la charité peut faire dire sur la plus grande de toutes les affaires à la personne du monde à

qui elle importe le plus et que l'on aime le mieux. Elle recevait avec beaucoup de douceur ce qu'il lui disait, mais toutes ses instances ne faisaient au fond que l'importuner et l'aigrir contre la piété , qu'elle regardait comme son ennemie et sa grande rivale dans le cœur du prince. L'issue de la lutte ne pouvait pas cependant être douteuse ; la princesse avait l'àme trop haute , elle aimait trop son mari pour ne pas le suivre. Son cœur fut changé tout d'un coup, sans qu'elle sût comment, et alors elle se tourna vers Dieu avec autant d'ardeur qu'elle s'en était éloignée jusque-là. Nous connaissons le reste de sa vie par ses lettres, et nous croyons que nos lecteurs la jugeront comme nous, en voyant en elle l'une des figures les plus sympathiques du dix-septième siècle, l'une de celles qui honorent le plus la religion , sans s'arrêter àl'erreur qui l'entraîna dans le jansénisme : l'excusant même facilement, puisqu'elle n'entendit parler que ce langage , ils reconnaîtront que le titre de « mère de rÉgiise », que M"'' de Sévigné lui attribuait peut-être en souriant, lui appartenait bien réellement.

Massillon lui-même a rendu hommage à la princesse de Conti, dans l'oraison funèbre de son second fils qu'il prononça le 21 juin 1705 :

« Le prince son père, dont la pénitence édifioit l'Eglise et honorait la religion, une mort prématurée le lui ravit avant qu'il pût le connoître ; et, s'il ne perdit pas avec lui des instructions qu'il a pu retrouver dans ses ouvrages, les monuments éternels de ses lumières et de sa piété, il perdit du moins des exemples qui assurent le succès de son instruction. 0 profonde disposition de votre Providence, ô mon Dieu ! peu d'années s'écoulent, et meurt encore la pieuse princesse qui l'enfantoit à Jésus-Christ. Dieu, qui couronne ses vertus, ne paroît pas exaucer ses désirs. Mais laissons croître ces

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