LETTRES
DE LA PRINCESSE DE CONTI A l'abbé de la vergne.
Nous mettons eu appendice, ainsi que nous l'avons annoncé, les lettres adressées par In princesse au père de Giron ; l'absence presque complète de dates nous a forcé à rejeter ainsi cette correspondance, d'autant plus intéressante qu'elle remonte évidemment, pour la plus grande partie, au commencement de la conversion de la princesse.
Ces jours passés iJ m'a semblé que ma disposition a été que, sentant de la peine tant à me vaincre dans les choses qu'on m'ordonnoit de faire, que des révoltes et de l'ennui que je sentois dans ma nature accompag^iés d'une assez gTande obscurité et sécheresse, sans perdre pourtant la paix, que j'ai ag-réé cet état, croyant qu'il m'étoit bon , puisque Dieu me l'envoyoit, en tachant d'être fidèle à mes
l'.i't LA l'Rl.NCliSSE DE COiMl.
exercices, et^ quoique toiil cela soit accuuqjag^né de mille foiblesses et misères, il me semble qu'à travers tout cela le désir d'aller à Dieu uniquement demeuroit toujours. Aujourd'hui premièrement ma disposition devant que de me confesser étoit un si g-rand désir de m'unir uniquement à Dieu, et pour cet effet de reg^arder à la faveur de sa lumière les plus secrets replis de mon cœur afin de vous les montrer pour y appliquer le fer et le feu s'il étoit nécessaire : enfin allant à Dieu de la meilleure foi du monde, ne ménag^eant vïen comme les g'cns qui ont une affaire dont il va de tout. Je ne vois plus que cela et ne ménagée rien : tout le reste ne leur paroissant pas dig-ne d'être reg-ardé. C'est , ce me semble , cette disposition que Dieu met dans le cœur à la lettre et qu'il n'y a qu'une seule chose de nécessaire : j'ai écouté avec soumission et humilité ce que vous m'avez dit à confesse et j'ai été tellement convaincue et pénétrée de ces trois choses : 1° de cet espoir de pénitence dans lequel je devois vivre et mourir, voyant ma vie si criminelle et non-seulement dans le temps que je ne connoissois pas Dieu, mais même depuis qu'il m'a fait revenir à lui, la voyant si impure, si misérable ; 2" la g-rande preuve que Dieu demande de moi de laquelle j'ai été convaincue, et j'en ai vu l'étendue plus g"rande que je ne l'avois jamais \'ue; 3° de l'attachement que je devois avoir à Dieu qui doit être séparé de tout, l'ainjani purement, lui, indépendamment de ses gi'àces et consolations puis-
qu'elles ne sont aimables que parce qu'elles viennent de lui^ mais qu'il faut être
A ce matin je me suis recueillie, n'admettant rien dans mon esprit, me tenant vide devant Dieu en respect et silence : dans la confession j'ai été abîmée en écoulant ce que vous me disiez, m'en
remplissant, et j'ai fait mes avec joie plutôt
par une foi forte que j'avois dans le cœur que par sentiment : à la messe j'ai été ravie de lereg-arder comme mon roi et de me reg*arder comme son esclave : je l'ai supplié de ratifier mes veux, m'estimant heureuse de lui avoir donné tout le droit qu'il pouvoit avoir sur moi^ de ne m'être rien réservé, ni biens ni plaisirs, ni volonté ni raison, enfin par ma volonté de n'avoir plus rien à ma disposition. Que l'on se trouve riche de s'être dépouillé de tout! Je souhaite que mon amour trouve de nouvelles inventions pour lui donner et qu'au moins s'il ne le peut faire en effet, il fasse en désir. Après dîner mon cœur a été très-recueilli et a été quelque temps transporté vers son bien-aimé, l'embrassant, l'aimant, et le conjurant de recevoir mon offrande, lui disant que si l'on avoit mille vies, on les lui donneroit : on ne peut exprimer ce qu'on lui voudroit offrir : on ne trouve rien dig^ie de celui à qui l'on donne ni qui contente l'amour de celle qui veut donner. Je pense que l'on ne se peut contenter que s'offrant à lui-même ; depuis j'ai été
19G LA l'KiNCESSE DE CU.MI.
occupée de tout ceci, mais par la foi qui aiuipi'imé ces sentiments dans mon cœur.
Je suis venue ce matin avec la pensée de vous dire que je croyois qu'il seroit bon de demeurer aujourd'hui dans l'esprit de pénitence en Notre-Seig-neur. Vous ayant donné la même pensée, vous m'avez parlé si fortement et si véritablement que cela m'a mise dans une humiliation profonde, et je voyois tellement que vous faisiez le portrait de ma vie que j'aurois voulu pouvoir vous le dire. Aussi bien aurois-je pris un ««rand plaisir après cela à veng-er Dieu, à prendre sa cause contre moi-même : et il me semble que les plus dures pénitences ne m'auroient rien paru comparé à la faveur que Dieu me donne pour le veng^er et pour le contenter. Il me semble que l'humiliation de mes péchés, le désir de satisfaire Dieu, tout étoit par amour. Mon âme étant tranquille et dans une profonde paix et joie pendant la messe, j'ai demandé miséricorde : après j'ai été devant Dieu comme dans un g-émissement qui partoit du cœur pour demander à Dieu de me détruire, c'est-à-dire de mettre la main à l'œuvre pour ôter tout ce qui empêche que je sois unie à Dieu, qui e t de vivre en enfant, ne vivant que par vos ordres. Il me semble que j'avois luie g-rande confiance que mon g-émissement seroit écouté : il me semble que mon occupation du carême de faire
LKTTRKS A L'ABBÉ DE LA VERGiNE. m;
continuellement des sacrifices de ma raison, de ma volonté , enfin des mille choses auxquelles je vis encore, et que ce doit être là le divertissement que je dois donner à l'enfant Jésus, et que c'est l'amour qui le doit tout faire : j'ai demandé pour cela à Dieu force, courag-e, fidélité et joie.
Samedi au soir.
Comme je sais que vous êtes bien aise de savoir de mes nouvelles en détail , je commencerai par hier. Je fus premièrement tentée de raisonner sur la conduite que 15 tient sur 14 , je ne m'y amusois pas beaucoup et j'en sortis pour renouveler mes offrandes à Dieu et pour me donner tout de nouveau à Jésus-Christ pour faire sa sainte volonté. A la communion il me vint beaucoup de pensées, mais comme il paroissoit qu'elles ne venoient que de mon esprit, je tâchai de me tenir en silence aux pieds de Jésus-Christ, L'après dîner fut assez triste, mais, ne faisant pas trop de cas de ma tristesse, je ne m'y amusai pas, et je crois que dans ce temps que je ne trouve pas Dieu, je devrois plus souvent me donner à lui, et sans réserve je le fis, le suppliant de vouloir prendre tous les droits qu'il pourroit avoir sur moi. Le soir je fus à l'hôpital : je fis mon oraison, et comme je n'y avois que des distractions et de la peine , je tâchai de me lier aux ordres de Dieu sur moi, ne voulant que ce qu'il
vouloit. Je ne vois rien, je suis dans des ténèbres, 11 m'est venu à ce matin dans l'esprit que Dieu étoit le Dieu des ténèbres aussi bien que le Dieu des lumières : j'ai une crainte d'offenser Dieu à tout ce que je fais. Je sais que volontairement j'aimerois mieux mourir. A ce matin j'ai été à mon oraison sans pouvoir penser à Dieu ni le trouver. Je me suis liée à sa sainte volonté, ne voulant pas chang'er cet état avec ceux où j'ai plus de carême de mon Dieu. A ce soir j'ai employé toute mon oraison à demander miséricorde à Dieu , il me semble, de tout mon cœur, par Jésus-Christ, et
lui offrant sa mort avec paix et une crainte {La
p,n manque.)
Paris, 10 mars.
Si vous ne me connoissiez pas, je vous dirois des raisons qui m'ont empêchée de vous écrire, mais les véritables sont ma paresse et le manque de sujet, car vous savez que je les ai oubliés d'un moment à l'autre. Je romps pourtant mon silence pour me recommander à vos prières : jamais je n'en ai eu tant de besoin , car si vous pouviez être témoin de la vie que je mène, vous en demeureriez d'accord, car vous n'êtes pas un lâche flatteur. Je voulois vous dire quelle est cette vie que je mène : je vous dirai premièrement que ce n'est rien, et puisque je sens revivre en moi l'esprit du monde, que je parle son lang-ag'e, qu'avec cela j'ai des sentiments sévères,
LETTRES A L^ARRE DE LA VERGiNE. 10')
que je les débite, que j'ai de l'org-ueil plus que jamais, et vous savez que je n'en manque pas : je ne doute pas que le récit de mes misères ne produise l'effet que je me suis proposé, qui est de vous faire g'émir devant Dieu pour moi. Je n'ai pas encore perdu la confiance et je reg-arde mon éloig-nement de Dieu comme le plus gTand des malheurs et comme le seul que je dois appeler tel. Priez bien pour moi, je vous en prie, et soyez assuré que mon silence n'est pas d'un manque d'amitié.
Paris, 30 déceml)rt'.
J'ai reçu votre lettre du 14 de ce mois, et vous me dites que vous avez été trois courriers sans en recevoir des miennes. Je ne me souviens pas d'avoir manqué à vous écrire que deux courriers : vous aurez reçu depuis mes lettres. Je continue ma retraite que j'ai commencée à la veille de Noël. J'ai été obIig"ée de l'interrompre pour voir la reine- • mère qui est malade, mais je l'ai recommencée de bon cœur et je ne la finirai, s'il plaît à Dieu, que vendredi. J'y suis dans une grande sécheresse : je n'ai ni pensées, ni sentiments de Dieu quand je fais oraison, je ne pense à rien ou à des bag-atelles. Je ne puis pas seulement me mettre en la présence de Dieu : le reste du temps je lis ou je prie vocalement, mais c'est comme si je ne lisois pas, car je n'ai ni sentiment ni pensée et je suis pis qu'une bête. Jo n'ai pas même le plaisir de me reg^arder
200 LA PRINCESSE DE CONTl.
devant Dieu comme telle, car je n'ai nul sentiment. Cependant je ne suis point peinée et je ne m'ennuie pas et je n'ai pas envie de faire autre chose. J'ai eu quelques tentations pour la foi, mais je les ai méprisées. Après vous avoir conté mes pauvretés, si on doit les nommer telles, puisque tout ce que Dieu ordonne est bon, soit qu'il veuille m'éprouver, ou que mes péchés l'éloignient de moi, je vous dirai qu'hier je fus fort recueillie demi -heure. Mon occupation étoit de demander à Notre-Seig'neur qu'il m'éloig'nât de tout ce qui peut m'éloig-ner de lui et qu'il me donnât tout ce qui me rendroit plus uniquement sienne. Il me semble que c'est l'unique désir de mon cœur, que je ne crains que de lui déplaire. Je suis après cela retournée dans mes sécheresses. Dieu soit béni de tout. Je vous manderai plus au long* de mes nouvelles par le premier ordinaire. Priez bien Dieu pour moi et croyez-moi toute à vous pour son amour.
Paris, 12 décembre.
Je vous écris pour vous dire que je fais beaucoup de fautes quand je me mêle de vouloir servir le prochain. Cependant je ne sais comment faire, car, outre que je sais que c'est votre pensée que je m'occupe du prochain, les choses desquelles je suis oblig^ée de me mêler sont presque indispensables. Premièrement nous avons appris qu'il y a dix-sept mille pauvres en Berry qui meurent de faim et on
LETTRES A L'AnBE DE l,A VEHGNE. 201
en a trouvé trente de morts , et l'on croit par ce que l'on a appris qu'ils sont morts de faim. Il faut pour les empêcher de mourir, à ne leur donner que 2 liards par jour, près de 4,000 livres toutes les semaines, on n'a nuls fonds : il faut donc trouver des moyens pour les secourir, pour cela il faut voir du monde, il faut trouver des expédients. Je vois que ceux que j'ai trouvés jusqu'ici ont réussi fort bien. Je m'occupe donc de cela; mais, au lieu de ne le faire qu'à la vue de Dieu , de n'en pas parler ni m'en occuper quand cela n'est que pour m'en savoir bon g-ré et m'en faire estimer, j'en parle, je suis bien aise d'en être estimée, je me dissipe, enfin je ne fais rien qui vaille. Je fais de même dans les autres choses que Dieu m'envoie pour servir le prochain. 11 faut que je sois souvent au Louvre, et je crains que ce commerce avec le monde, quoique avec de bonnes intentions, me fasse perdre cette pré' cieuse familiarité que Notre-Seig-neur m'a donnée avec lui qui m'est plus chère que la vie. J'ai passé aujourd'hui la journée aux Bernardines pour rêvenir de mes dissipations. C'étoit un jour de communion pour moi, mais je n'ai osé communier : je ne sais si j'ai bien fait. Je vous assure que c'est une terrible chose que d'être à Paris et de n'être pas malade. Je vous demande vos avis et vos prières, et croyez- moi toute à vous pour l'amour de Notre- Seig-neur.
M""" de Long'ueville est allée passer l'hiver à
Meron. Nous sommes fort bien ensemble et bien mieux ((ue vous ne nous avez pas vues.
La Grange, ce 10,
Je suis tout à fait en peine de savoir monsieur mon mari sur les chemins par ce mauvais temps. Je vous supplie de faire tout ce qui dépendra de vous pour le faire arrêter jusqu'à ce que ces mau' vais temps soient passés. Pour moi je me porte bien : je suis fort en paix. Dieu me donne de grandes preuves de la soumission et dépendance qu'il faut avoir pour tout ce que sa providence ordonne. Je vous en parlerai quand vous serez ici : je souhaite que ce soit bientôt. Priez Dieu pour moi, je ne vous oublie pas devant Notre-Seig-neur.
La Grange. 14 féi^rier,
J'ai appris avec joie que Monseig'neur soit arrivé en bonne santé à Alet, et je vous remercie du soin que vous avez pris de me l'apprendre, car il n'a pas daig-né m'en écrire un mot. Je me porte mieux de mon rhume : je suis encore dans mon lit, mais ce qu'il y a de bon, c'est que je n'ai pas seulement rompu le jeûne, et que je n'en ai pas eu besoin, car je dîne fort bien; si j'avois besoin d'un remède, je le prendrois, mais je n'ai pas encore été incommodée du jeûne ni du carême. Pour mon àme, je crains qu'elle ne soit plus malade : vous en jug'e-
LETTRES A L'ABBÉ DE LA VER(u\E. 203
rez. Je crois faire à tout moment des fautes et je n'ose pas y reg'ardcr. Il me semble que cela en aug'mente le nombre. Je ne sais si je communierai demain : j'espère que ce sera vendredi. Je suis en peine de votre santé, car vous en avez si peu de soin ! Je vous supplie de vous conserver, car j'ai encore affaire de vous et je vous trouverai bien à dire si vous étiez mort. Priez Dieu sans cesse pour moi. Je m'ennuie de ne point voir Monseig-neur, et cela me déplaît qu'il ait retardé son retour. Je pense que la maison de M. de Mirepoix n'est pas si belle que l'on ne peut se passer de la voir.
0 mars 1663.
Mon occupation dans mon oraison du matin et du soir a été premièrement des sacrifices de tout ce que je suis et que j'aime dans le monde sans réserve ni pour la chose ni pour la manière, désirant d'être anéantie si ce seroit le bon plaisir de Dieu et sa g'ioire, et désirant lui donner tous les droits qu'il peut avoir sur moi, non-seulement jusques à Pasques, mais pour toute ma vie. Ayant senti à ce soir une vraie joie de penser que Dieu auroit demain un nouveau droit sur moi, et que j'aurois un nouvel eng'ag'ement à être toute à lui. Jamais une épouse n'a eu tant d'envie de se passer de tout ce qu'elle croira qui la puisse faire plaire à son époux que je désire d'être telle demain aux yeux de mon divin époux. 11 faut que rien n'y manque, que le cœur.
204 LA PRliNCESSE DE CONTI.
le corps et l'esprit, tout soit tourné à lui plaire, et ce doit être lui-même qui doit mettre dans cette disposition, puisque rien ne lui peut plaire que ce que lui-même a donné. Je vous conjure de penser à tout ce que je dois faire pour me mettre en état de recevoir ces miséricordes qu'il verse à pleines mains sur une pécheresse. J'ai un désir de quitter la vie, et j'ai dit de tout cœur à ce cher maître : Cupio dissolvi et esse cum Christo. Je lui ai demandé : Quand sera-ce? Et je me suis répandue à mille accès d'amour et de reconnoissance. Je lui ai dit que je ne lui demandois rien, même les consolations et caresses qui me sont si précieuses, mais son amour, que je l'aime du plus g'rand amour qu'on le puisse.
Je lui ai offert ces mêmes dons dont il daig*ne me combler, et j'ai offert Jésus-Christ à son Père. Je me trouve si petite et si enfant et de la providence et de l'obéissance, j'ai commencé mon oraison dès ce soir sur l'épître d'aujourd'hui reg'ardant Suzanne qui aima mieux l'honneur et la vie devant les hommes que de déplaire à Dieu : je me suis humiliée d'avoir souvent non-seulement préféré à Dieu des créatures, mais depuis qu'il verse plus abondamment ses miséricordes d'avoir chicané pour lui donner une petite politique, enfin des riens : je riie suis tournée à Dieu afin que dorénavant je ne reg-ardasse plus que lui et que lui plaire ou lui dé-
LI^TTRES A L'ABBÉ DE LA VERGNE, 'iOo
plaii'o lut ma mort et ma vie, ne voyant plus que l'aimer, ne m'intéressant d'autre chose ni siceseroit crucifiant, ni tout ce qui en pourroit arriver, voulant seulement l'aimer dans le temps et dans l'éternité. J'ai été très-recueillie depuis hier : il me semble que, dès que je me tourne à Notre-Seig'neur, d'abord je le trouve : mon cœur a été tout tourné vers lui, et de vous dire leurs caresses et entretiens, Dieu seul le sait, et son bon plaisir, qu'il soit à jamais béni, ce cher et adorable Sauveur.
... Je me trouve un peu mal d'un rhume sur la poitrine : je crois que c'est plutôt d'avoir beaucoup pleuré qui m'a desséché la poitrine que du froid : ce n'est pourtant rien, n'en soyez pas en peine. Je n'ai pas laissé d'aller tous les soirs à la bénédiction du Saint-Sacrement : je vous dirai le sujet de ma peine jeudi, et je ferai ce que je pourrai pour persuader M. Morin qui me donne ce cœur pour communier afin d'avoir la bénédiction du R. P. Remerciez Notre-Seig-neur de ce qu'il commence à me faire aimer à souffrir et me croyez toute à vous pour son amour.
Ce dimanche nuitin.
Je suis en peine de notre chère sœur Marthe : il n'y a pas encore cet ordinaire de ses lettres pour
•206 LA PRINCESSE DE CONTl.
VOUS : je ne vous envoyai pas hier comme je vous avois (lit : c'est que, depuis que vous êtes parti, Notre-Seig-neur m'a fait part de sa croix, et comme je sais que vous êtes bien sensible à mes peines, j'ai mieux aimé la porter toute seule : elle commence à n'être plus si dure. J'ai reçu Xotre-Seig-neur aujourd'hui, quoique je fusse demeuréed'accord avec vous d'attendre à jeudi; j'ai cru que vous le trouveriez bien. Ce n'a pas été pour demander qu'on m'ôtàt la croix. Car je n'ai pas souhaité ni la diminution de son poids, ni la long-ueur du temps, mais pour demander force et amour pour la porter g-aiement. Je suis très-contente de souffrir la miséricorde de Dieu. Je commence à y prendre g-oût, qu'il soit béni à jamais! Je me suis souvenue que la neuvaine commençoit aujourd'hui, j'ai demandé à Notre-Seig-neur qu'il me fit enfant et que je me fie à sa sainte Providence en tout , et que je m'oubliai et perdis en lui. Je me souviens de vous en sa présence et je pense que je pourrai sans mentir vous dire que je lui demande ses miséricordes pour vous encore plus que pour moi. Je vous renvoie votre papier avec celui que j 'avois fait que vous me renverrez s'il vous plaît afin que l'on s'en puisse servir à Paris pour l'aumône que vous me mandez de faire à Bag'nols. Je ne sais sur quel argent vous voulez que je le prenne, car Monsieur m'a dit de rendre celui quimerestoit rj'aipourtantdonné les \d escus que vous m'aviez dit, lesquels je rendrai de mon arg'ent. Je ne vous envoie que 4 che-
LETTUES A L'AHIJE DE LA VEHG.NE. 207
mises, celles des petits paysans ne sont pas faites. Ce sera pour le premier jour. J'ai vu la lettre de
M. le Baas. Je ferai en cela comme dans [La
fin manque.)
Mes dispositions à ce matin ont été dans la confession une gn^ande docilité, écoutant ce que vous disiez comme si Jésus-Christ m'eût parlé : après j'ai été tout occupée et comme abîmée en Dieu. Je ne saurois pas trop dire comme cela est, car ce n'est pas par des sentiments ni des pensées, mais on est comme entouré de Dieu, on est en paix, on atout ce que l'on veut: il me semble que, quand on est occupé de Dieu par des pensées et des sentiments, c'est comme une personne qui cherche alors qu'elle arrive : mais ici Ton trouve et il ne faut plus que se laisser à son bien-almé; c'est un si g*rand calme î II me semble que c'est le règ'ne de Jésus-Christ en nous, et c'est un règ'ne plein de tranquillité et de paix. J'ai fait mon offrande , mais il me semble que je jouis comme une personne qui est uniquement à une autre et qu'il est superflu qu'elle lui dise qu'elle est à lui : le reste du jour j'ai été avec un fond de paix qui n'est pas superficiel ni sensible et qui est d'autant plus g-rand et plus solide : rien ne le trouble. J'ai été dans un g'rand respect devant Dieu et ma présence de Dieu étoit d'une manière qui, bien
-208 l.A l'KINCESSE DE CONTl.
loin de m'empêcher d'ag-ir en dehors, cela m'aidoit en quelque manière : mon cœur étoit comme uni à Dieu et mon esprit très-libre ag-issoit, parloit avec facilité. Quand je vous ai parlé à ce matin après la messe, j'étois devant vous comme un vrai enfant, si petite, si docile, j'ai fort demandé à Notre-Seig*neur qu'il me fît la gn^âce de m'occuper de ses miséricordes et de n'être pas une ing-rate comme je l'ai été jusqu'à cette heure.... Je croyois ne vous pas écrire une si long'ue lettre, mais si je voulois, j'aurois bien des choses encore à vous écrire. Je vous supplie de bien prier pour moi afin que Notre-SeigMieur m'apprenne à ne vouloir que lui. Je ne vous oublie pas en sa présence.
Paiis, 30 novembre.
Gomme je ne sais pas où vous êtes ni quand vous devez arriver à Lyon, j'aime mieux vous écrire plutôt que d'attendre le premier courrier de peur que vous ne receviez pas de mes nouvelles. Je n'en ai pas encore reçu des vôtres : je souhaite que votre santé soit aussi bonne que je vous la désire et que l'air de votre pays vous remette de toutes vos maladies. Je me porte assez bien ; mes forces reviennent et j'espère de sortir le jour de la Pentecôte pour aller à la paroisse faire mes dévotions. Voilà de mes nouvelles. Pour celles d'une de mes amies qui est votre pénitente je vous dirai qu'elle est en paix dans le fond du cœur, qu'elle croit que tout ce qui arrive
LliTTRES A L'ABHL; D1- LA VERGNE. 2(t!i
par l'ordre de Dieu lui est aieilleur que tout ce qu'elle voudra elle-même, qu'elle est soumise aux ordres de Dieu, quelque durs qu'ils puissent être à sa nature , qui sent vivement cependant tout ce qu'il faut qu'elle sacrifie à Dieu; quoiqu'elle fasse ces offrandes de tout son cœur, elle passe son temps dans une assez g*rande tristesse à laquelle elle ne se laisse pas aller volontairement , mais bien au contraire elle cherche à se distraire, à parler, à s'occuper : elle fait bien des fautes, mais elle ne pense pas à elle : elle se laisse pour ce qu'elle est et retourne à Dieu comme si elle revenoit de faire des merveilles. Mais si elle ne pense pas à ses fautes, ce n'est pas pour penser à Dieu, car sans la jug*er je crois qu'elle manque beaucoup sur cela, puisqu'il semble que Dieu ne lui suffise pas et que la moindre de ses g-râces dont elle a reçu sans nombre devroit l'occuper.
Je vous promets de bien choisir mes jours qui seront ceux que je me porterai le mieux. Ma pensée est, en attendant votre réponse, d'aller à Notre-Seig^neur avec plus de confiance que jamais, et quand ma tête voudra me troubler, de lui imposer silence et de m'humilier beaucoup au même temps, confessant devant Dieu que je suis une superbe et une misérable, mais le reg'ardant comme le seul qui peut me g-uérir, jenepuis ni ne dois pas jamais
210 LA lȕiINCESSE DE COMl.
me défier de sa miséricorde sur moi, et (|iie même ma confiance croit. Si vous étiez ici, il me semble que vous me mettriez le cœur bien au largue. En attendant que cela soit, écrivez-moi un mot comme je dois faire à ces occasions. J'ai quelque petit désir de commencer à faire pénitence : je vous prie de m'y aider et par vos prières et par vos ordres : je vous demande la permission de mettre le bracelet. J'ai beaucoup des parties d'org-ueil, et la facilité que je trouve dans la loi de Dieu, et même la douceur, me fait craindre de me les approprier. Une des filles de (nom biffé) va bientôt faire profession. Je leur ai promis quelque assistance sans leur dire combien. J'ai pensé que, comme l'on m'avoit dit que je pourrois donner pour faire sa sœur relig'ieuse, et que je ne me servis de cette permission que pour deux mille livres, que je pourrois donner mille livres à celle-ci ; vous aurez la bonté de me mander si vous trouvez cela bien ou si je ne lui donnerai que 500 livres ou enfin ce que vous jug'crez à propos. Ma santé est bonne, Dieu merci! J'ai pris aujourd'hui médecine, je suis dans le temps que j'ai accoutumé de me trouver mal : il est même passé sans que j'en aye eu presque pas de ressentiment de mon mal. Enfin je me porte si bien que je ne vous souhaite pas une meilleure santé qu'à moi. Je vous conjure d'en avoir un peu de soin et de vous souvenir de moi devant DieUi
LKTTHKS A L'ABBE DE LA VEKGNE. "ill
A l'isle Adam, ce 2o auùt.
Mes disjositions depuis que vous êtes parti sont une g'rande paix dans le fond du cœur, un amour pour le silence et pour la retraite , qu'il me semble que si ma santé me le permettoit je passerois ag*réablement dans mon cabinet la plus g'rande partie de mon temps à lire, à prier, à m'occuper de Notre- Seig*neur. Je n'ai point de conversation au moins qui puisse toucher mon cœur, car je ne parle , comme l'on dit, que de la pluie et du beau temps , et cela ne me fait pas de peine. Je tâche de me lier aux ordres de la Providence dans tout le temps qu'il faut c[ue je donne pour ma tante. J'ai un peu plus d'attention que je n'en avois pour mes oblig-ations : je lirai votre écrit s'il plaît à Dieu souvent, et je tâcherai d'y être le plus fidèle que je pourrai ; quoique je jouisse dans le cœur d'une profonde paix, mon esprit voudroit la troubler, me voulant faire raisonner que ma paix est peut-être une fausse paix, qu'elle est un effet de mon org'ueil et que je m'appuie sur moi-même et sur ce que je crois être bien dans mes affaires parce que je ne suis pas sensible aux choses du monde, et que je crois ne désirer que celles de l'autre vie et que mon org-ueil et mon amour-propre ont pris la place de tous mes autres vices. Je crois que vous trouvez que je raisonne trop, et que si je n'avois pas de tête, je serois
■2\2 LA l'HIiNCESSlL DE CU.Ml.
un bon enfant. Je suis de votre sentiment, et je crois C|ue si vous étiez ici , vous lui auriez déjà imposé silence : je le fais de votre part, mais comme je ne suis pas bien assurée si je fais bien, elle prend toujours la liberté de raisonner, cela ne trouble pas la paix du cœur, mais je crains que cela ne m'amuse et ne m'empêche d'aller à Dieu : il me semble que je... [Manque la fin.)
A Paris, ce 17 févriei".
Vous serez bien aise, je crois, d'apprendre par moi-même des nouvelles de ma santé : mon mal n'a pas été long': une saig'née et quelques remèdes m'ont tirée d'affaire, il ne me reste plus que de la foiblesse. J'ai pourtant entendu la messe aujourd'hui et j'ai dîné debout. Dans peu de jours je serai comme si de rien n'étoit. Je ne ferai pas le carême, et Dieu veuille que mon cœur soit aussi pénitent que mon corps l'est peu. Mon àme auroit bien plus de besoin, ce me semble, d'un médecin que mon corps : elle est dans une si gTande lang-ueur que je crains que Dieu ne se lasse de sa tiédeur et du peu de reconnoissance qu'elle a des g-râces infinies qu'il m'a faites. Je ne m'en occupe pas, je vis comme une bète, je vis dans un oubli et une insensibilité des choses de Dieu, et souvent j'ai des g'rands doutes sur la foi : je ne dis pas tout ceci par trouble , car au milieu de tout cela je ne suis pas troublée : la seule cliose qui me reste,
LETTRES A L'ABBÉ DE LA VERfîNE. 213
c'est que je voudrois av^oir quelqu'un qui m'enseig^nàt le chemin de retourner à Dieu, mais je n'ai personne qui m'en dise le premier mot, et moi je ne sais si c'est par paresse ou pour ne savoir comment m'y prendre, je demeure dans la tiédeur; je n'ai pas reçu de vos lettres par les deux derniers courriers : j'en ai reçu une d'une vieille date dans laquelle vous me marquez la manière dont je me dois conduire dans mon oraison. Quand je me porterai tout à fait bien, j'essayerai de la mettre en pratique. Ma sœur Marthe est fort mal et selon toutes les apparences elle ne reviendra pas de cette maladie*. Que l'on est heureuse de mourir après avoir été une sainte carmélite ! Nous avons des nouvelles de M. Gherron : les misères sont extrêmes ; on a trouvé des g-ens morts de faim, d'autres qui se vouloient tuer, et un nombre infini qui se mouroient de faim si on ne leur donne du pain. M. de Sainte-Beuve dit pourtant que je ne puis pas beaucoup emprunter, parce que si je venois à mourir, ce seroit autant de perdu pour monsieur mon mari. Je crois que je ne leur donnerai donc que 20,000 livres, et demain nous travaillerons pour trouver les moyens de procurer des secours à ces pauvres g-ens. Vous ne croiriez pas que ce m'est un divertissement et que jeserois bien fâchée
' M"" de Fors du Vige.'in, une des carmélites les plus justement estimées du dix-septième siècle, ti'ès-liée avec M™*" de Longueville et les principaux personnages de la cour. Voir la notice que M. Cousin lui a consacrée dans la Jeunesse de M™^ de Longueville.
que tout cela se fît sans moi. Je pense que c'est que j'aime à être de quelque chose et j'aime à donner mes avis que je trouve fort bons. Priez pour moi, mon cher père, car j'en ai un très-g'rand besoin. Je crains que Dieu ne me laisse à moi-même, et je vois que je manque de confiance après tant de preuves que j'ai eues de l'amour de mon Dieu : je le supplie d'être votre récompense. Je suis toute à vous pour son amour.
La source de mes fautes depuis quelque temps sont, ce me semble : premièrement, à l'ég'ard de Tobéissance, m'être mise au-dessus des petites choses, ne les croyant pas nécessaires, et croyant savoir les choses qu'il falloit faire pour mes exercices, prenant la liberté de les laisser, ou quand je je me trouve distraite, ou pour faire quelque autre chose qui me paroissoit quoique peu raisonnable, et ne reprenant point le temps que j'avois perdu, ou, pour de petites incommodités que je compte trop, me laissant aller à une certaine indolence et reg-ardant comme une bonne liberté de faire les choses seulement quand je m'y trouverai portée, et qu'il ne falloit pas faire les choses comme une esclave, et par là voulant me faire une voie nouvelle pour aller en Paradis, qui n'est point celle des saints, lesquels travaillent continuellement à rompre leurs volontés , à se faire la g-uerre à
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eux-mêmes , à mortifier leurs désirs, à vaincre leurs volontés, à ne compter la santé et la vie qu'autant qu'elles pourroient servir pour le salut. Depuis que Notre-Seig-neur m'a fait connoître ces choses-là par la personne qui parle de sa part, jai résolu avec sa g-râce de vivre dans une obéissance aveug'le en g'randes et petites choses, me reg-ardant comme une personne qui n'est plus à elle-même et qui s'étant donnée à Dieu n'a plus droit à rien faire par son mouvement; d'être fidèle à mes exercices, n'écoutant pas le petit (illisible) et en ne le
laissant jamais que par l'ordre de l'obéissance, et cette fidélité que je désire rendre à Dieu tant par l'obéissance que par la fidélité à mes exercices, et par animer toutes mes actions par Tespoir de faire toutes choses au nom de Dieu, ne sera pas celle d'une esclave qui fait toutes ces choses crainte du châtiment , mais d'un enfant qui, pour l'amour qu'il porte à son père, préfère de le contenter et de faire les choses qu'il souhaite de lui à toutes les choses du monde. J'ai fort demandé à Dieu qu'il voulût jeter une étincelle du feu de son amour dans mon cœur pour y consumer tout ce qui n'est pas de lui et pour y allumer un feu que rien ne puisse éteindre.
Le samedi, comme je me voulus occuper le matin de ce même amour, mon cœur se réchauffa, et,
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ffuancl il alloitavec empressement à soii Dieu, il me vint dans l'esprit que peut-être j'étois trompée: ce qui me donne cette pensée et qui me fait craindre, c'est quand il se répand une sensibilité sur mon corps, craig-nant que ce ne soient les mouvements de la chair ; ce n'est pas qu'il me soit jamais rien arrivé sur cela, mais je sens une certaine chaleur et sensibilité par tout le corps qui fait que ma raison, que je veux toujours fourrer partout, a peur de se perdre et de marcher par des chemins périlleux, et veut toujours reg-arder pour voir ce que tout cela deviendra, et tenant une bride en main : et cela fait qu'on s'arrête et qu'on ne s'abandonne pas à cet amour pour s'y perdre sans vouloir savoir ce qu'on deviendra : il faut beaucoup de courag^e pour s'abandonner dans cet état, et il faut renoncer à tout propre jug-ement et raison, et il faut devenir enfant aussi bien à l'ég-ard de Dieu que de son directeur, s'abandonnant entre les bras de l'un et ayant pour l'autre une obéissance aveug'le: et je crois que j'aurai pour le moins autant de peine à mourir en cela à mon jug"ement qui veut tout voir, que j'en eus à baiser la terre. Je vous expose tout ce dernier état en détail pour vous le faire comprendre, afin que vous jugnez là-dessus, vous promettant qu'avec la g^ràce de Dieu je vous obéirai quand j'en devrois perdre l'esprit. J'ai omis à dire qu'il me semble que l'âme ag-it en quelque manière avec Dieu, ne se laissant pas entraîner, mais allant et faisant de son côté ce qu'elle pense pour s'unir à
lui. Je ne sais si je dis vrai en disant ceci, mais je ne sais si je ne m'expliquerai pas mieux en disant que l'âme, connoissant Dieu infiniment aimable, elle va à lui avec impétuosité.
J'étois en peine de ne point recevoir de vos nouvelles, mais une de vos lettres d'Auxerre que je viens de recevoir m'en a vite ôtée. Je loue Dieu de quoi vous faites votre voyag'e en meilleure santé que je n'avois espéré : je prie Notre-Seig'neur de vous la donner telle que je vous la souhaite. Je ne manquerai pas de donner les deux mémoires que vous m'envoyez pour Jasse et pour M'"'' de Gamaches. Monsieur mon mari ira demain à Fontainebleau : il se porte assez bien de son mal : il a pourtant envie de se faire sonder demain, ce qui me met en peine, car il y a bien des personnes qui s'en sont bien mal trouvées. Mes enfants se portent bien , et moi , je reprends mes forces tout doucement : je suis sortie à ce matin pour la seconde fois pour aller à la g*rande messe aux Petits-Aug-ustins, mais j'en suis revenue fort lasse et bien foible. Pour la personne dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre, elle me chargée encore de vous dire son intérieur '. Je vous dirai donc que sa principale disposition est une conviction que tout ce qui
' l'robalilcmoiif M""" île Longuevillo. . . ,^
arrive par l'ordre de Dieu est non-seulement bon et meilleur que tout ce qu'elle pourroit vouloir ellemême, mais que c'est un effet de l'amour que mon Dieu lui porte et qu'il fait toutes choses pour la rendre toute sienne, c'est-à-dire la plus heureuse créature du monde : elle ne veut pas pénétrer ni même voir les raisons ni les desseins de Dieu sur elle dans les choses qui lui arrivent. Il lui suffît de voir par la foi que c'est l'ordre de Dieu pour s'y soumettre et croire que cela lui est bon : elle désire d'être fidèle à Dieu dans le temps même où elle sent plus d'abattement et de détresse.
M"" de Long-ue ville m'a chargée de vous dire qu'elle avoit ég-aré le mémoire que vous lui aviez
donné du que Ton pouvoit faire en Pou-
log-ne.
Samedi je fus encore plus pauvre, plus indig^ente que le jour précédent, et même souffrant davantag-e, par ma nature qui s'abat et ma santé qui me faisoit souffrir. Il me semble que j'acceptai cet état de bon cœur et que j étois contente de tout ce que Dieu vouloit. Je m'offris souvent à lui , je m'y donnai sans réserve afin que sa volonté fût accomplie en moi : il me semble que j'étois si pliée à la volonté de Dieu que je n'aurois paschang-é mon état contre celui de bienheureuse. Dans mes prières je me tins
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exposée en Dieu, me liant à ses ordres sur moi : enfin il me semble que je ne voulois que ce qu'il vouloit. A ce matin je me suis trouvée dans une même indig^ence, mille bag*atelles dans l'esprit; la seule prière qui m'est venue a été : Domine, omne desiderium meiim et gemitus meus a te ?ion absconditus, et il me semble que ce désir étoit que Dieu fût content et que sa volonté fût accomplie en moi, et, comme il ne me venoit point de pensées, je n'ai pas voulu en chercher à coup de tête, mais je me suis tenue en silence. Il me semble que, quand Dieu ne donne rien, il ne faut pas chercher par soimême, puisque ce ne seroit que par un mouvement qui viendroit de notre fond ; mais se tenir exposée à Dieu et attendre en paix et en silence, contente d'être muette devant lui comme de lui donner mille louang-es quand c'est son bon plaisir.
J'ai été tous ces jours-ci tout occupée de trois choses que l'on m'a dites pour les g*raver dans mon cœur : de l'humilité, de la pureté et de la soumission à la volonté de Dieu, remettant tout entre ses mains, ne voulant que lui et de la manière qu'il plaira à sa divine majesté , soumise à tout événement, et étant attachée fortement à Dieu par des liens que rien ne puisse rompre ; croire que tous les divers accidents qui m'arrivent de quelque
nature qu'ils soient, arrivent pour mon bien, et que toute eliose m'attache plus à lui , et que je bénisse en tout temps ce divin Sauveur. Mes oraisons ont été pleines de ces choses et l'amour les a toutes remplies. Je lui ai demandé qu'il n'y eût rien à moi qui ne lui appartînt, et que mon cœur ne soit rempli que de lui, que ma volonté n'aime que lui, que mon entendement ne pense qu'à lui, que je ne me souvienne que de ses miséricordes, que mon corps ne soit employé aussi bien que mon âme que pour ce divin Sauveur. J'ai vu que tout mon bien dépend de l'obéissance, c'est pourquoi je promets à mon Sauveur une obéissance aveug'le, à lui et à son serviteur, sans vouloir ni penser, ni rien faire par mon mouvement. Je promets à mon Dieu un amour sans réserve de quoi que ce soit, ni qui que ce soit, à la mort et à la vie, pour le temps et pour l'éternité.
Pnris, ce 9 jan-vier 16Co.
J'ai reçu deux de vos lettres, l'une du 26 et l'autre du 25 décembre; la dernière m'a donné bien de le consolation, et je vous assure que je ne m'ennuie pas de vous entendre si souvent me recommander cet amour du prochain. Dieu me fasse la gTâce de le mettre en pratique. Je trouve queNotre-Seig-neur me fait celle d'avoir plus d'attention pour lui, et de supporter ces défauts avec plus de patience, me souvenant de ces paroles de l'Apôtre : Altor aJ ternis
oneru porlatc, sic adimpletis leyem Christi. Ces paroles me font un g^rand ef'iet et me font de ne pas jug'er le prochain si facilement, et l'excuser dans ses défauts. Je trouve aussi que je ne me dissipe pas tant quand je tâche de le servir, et que je le sens avec moins de peine, et que je suis portée à prier pour lui. Remerciez Notre-Seig^neur de ces bienfaits et suppliez-le qu'il fasse croître dans mon cœur la charité du prochain, et surtout qu'il me remplisse de son amour. Je ne suis pas si vide dans ma prière, je trouve plus facilement Notre-Seig-neur, et il me semble que je n'ai qu'un unique désir, qui est d'être séparée de tout ce qui lui peut déplaire et de ne vouloir que lui à la manière qui lui sera plus agTéable. Je lui demande pour vous les mêmes choses que pour moi. Je ne vous ai pas écrit jusqu'à présent le détail des aumônes que j'ai faites, parce que je ne croyois pas que vous le souhaitiez. J'ai tâché seulement de faire selon vos vues, et comme j'ai cru que vous me les auriez fait faire si vous eussiez été ici. J'ai donné presque tout le revenu de cette année : il reste peu de chose, c'est-à-dire 10,000 livres, et je vais bien en avoir donné soixante. M. de Sainte-Beuve a été d'avis que, hors que les misères fussent extrêmes, c'est-à-dire que l'on mourût de faim, il n'étoit pas d'avis que j'emprunte sur l'année présente, et à cet effet, M. Gheron est allé en Berry pour voir lui-même l'état des choses et nous en rendre compte. Je vous informerai plus exacte-
ment à l'avenir de tout ce qui se l'ait pour les pauvres. Ce que j'ai tâché de faire, c'a été de procurer d'autres secours que ceux que j'ai donnés moi-même, à faire dépécher et à ne point perdre de temps quand il falloit secourir les pauvres, et choses semblables. La santé de M. mon mari va de bien en mieux, et, selon toutes les apparences, il g-uérira s'il plaît à Dieu. Son mal, à ce qu'il m'a dit, n'est pas comme ceux que vous lui avez mandé que l'on avoit g-uéris en Lang-uedoc, mais lui n'a besoin pour g"uérir que du repos et du rég-ime de vie, et il a g*ardé tous les deux très-exactement. Je ferai ce carême la neuvaine à Notre-Dame et M"" se joindra aussi à mes prières. Si vous avez le loisir, écrivezmoi.
Ce lundi au soil'.
J'ai été si touchée de la lettre de notre chère sœur Marthe, de voir les g-randes miséricordes que Dieu lui fait, que je me suis cachée dans mon cabinet depeurqu'on ne vît les larmes que cela m'a fait répandre. Rien n'est si saint que le chemin dans lequel elle est: qu'il soit béni à jamais! J'ai été une demi-heure devant le Saint-Sacrement à l'hôpital où j'ai été servir les malades pour l'en remercier et pour me réjouir avec Jésus-Christ de ce qu'il règ-ne si uniquement dans cette âme. Nous sommes bien heureux d'avoir part aux prières de cette sainte tille. Dieu est bien aimable et adorable en ses saints*
Je passai ma journée d'hier comme je l'avois commencée, avec mille folies qui me passèrent par la tête, tît le soir avec des tentations sur la loi et des frayeurs des choses qui me venoient dans l'esprit ; mais voulant pourtant tout ce que Dieu vouloit. Aujourd'hui j'ai été aussi fort folle, c'est-à-dire mon imag'ination. Je me trouve gTandement bien de ne vouloir être que comme Dieu veut. Ce qui m'a été de quelque consolation dans mes doutes de la foi, c'est que je voyois que non-seulement je ne voudrois pas offenser Dieu, si l'occasion s'en présentoit, mais que j 'a vois un éloig-nement très-grand pour faire les choses qui ne sont pas seulement péché, mais qui lui pourroient moins plaire. Je suis dans le même état à ce soir, soumise à ses saintes volontés, sans sentiment, distraite, folle, maisje n'ai pas les tentations que j'avois hier au soir sur la foi. Je prie bien Dieu pour vous et pour l'Ég-lise, et j'y suis assez fidèle depuis que vous me l'avez dit : je dors assez bien. Enfin, quoi qu'il arrive, croix, désolations, peines, tentations, consolations, délaissements, assurez Notre-Seig'neur que je suis à lui sans réserve et que j'ai fait consister tout mon bonheur qu'il veuille bien me recevoir pour sienne, c'est mon ambition : elle est g'rande, mais priez-le bien qu'il l'ait pour ag-réable : donnez-moi bien à lui, viendra tout le reste! Je vous assure que je me fais justice, si ce n'est qu'on aime mieux ceux qui ont plus de besoin de nous. Je suis absolument à vous en Notre-Seig*neur.
Mes dispositions ont été aujourd'hui : premièrement j'ai été fort tranquille et contente : j'ai été assez recueillie dans mes oraisons. Ma principale disposition a été un désir de contenter Dieu : j'ai résolu à ce matin de faire tout dans cette vue du pur désir de contenter Dieu : j'ai été aussi fort occupée de la grandeur de Dieu : il me semble que cela fait mon bonheur : je l'ai fort conjuré que rien ne nous sépare jamais de lui, et je Tespère, que rien ne nous séparera jamais.
J'ai fort désiré et demandé d'entrer dans cette solitude que vous savez que je cherche depuis quelque temps pour ne plus vivre qu'à Dieu seul : pour la communion votre volonté fera la mienne : ce n'est pas que je ne croie que j^en serai fort aise ; je me porte fort bien : je souhaite que votre sanlé soit aussi bonne que la mienne et que nous soyons à Dieu sans réserve pour le temps et pour l'éternité.
.... ce qui m'arrive assez souvent, mais sans trouble; depuis hier elle jouit d'un plus gTand calme, n'étant plus ni triste : elle offre sans cesse, c'est-à-dire bien souvent, tout ce qu'elle a de cher au monde à Notre-Seig*neur. Il fait bon s'abandonner à lui. Priez bien pour moi : je le fais très-souvent pour vous, et je demande comme pour moi que Notre-Seig-neur vous donne tout ce qui vous uniia le plus à lui.
... les prières que je ferai et les communions ou aumônes et pénitences, enfin, que vousjug-erez à propos. Je me trouve aussi mieux de ma douleur : elle est bien moindre et souvent je ne la sens pas; n'en soyez pas en peine : je suis bien aise que votre santé soit bonne, et je ne puis assez vous dire combien vos lettres me consolent et me servent à aller à Dieu. Je le supplie d'être luimême votre récompense. Croyez-moi pour son amour toute à vous.
Paris, 27 février.
J'ai reçu une de vos lettres dans laquelle vous me dites que vous êtes résolu de faire le voyag'e de Paris, quand même nous irions en Lang'uedoc. Si nous y allons, nous irons tout aussitôt après Pasques, et vous n'aurez pas de peine à croire que cela me sera bien plus dur qu'après avoir été près d'un an sans vous voir, vous arriviez à Paris dans le temps que j'en serai partie : je crois que vous en serez fâché aussi ; mais, si Dieu l'ordonne ainsi, il faut se soumettre à sa sainte volonté. Si je reg-ardois mon sentiment je serois très-fàchée, et si je voulois écouter le besoin qu'il me semble que mon âme a de vous, cela m'abattroit terriblement, mais Dieu soit béni de tout. Demandez, je vous supplie, sans cesse pour moi la soumission aux ordres de Dieu et la dépendance unique de sa sainte volonté. Ma sœur Marthe est toujours fort mal, elle ne vous
22(> LA PULNCESSE DE GONTl.
oublie pas. Monsieur mon mari reviendra demain de sa retraite. Gomme il ne cherche que la volonté de Dieu, j'espère que Notre-Seig'neur la lui fera connoître et faire. Sa santé va toujours de mieux en mieux. Pour mon âme, je ne sais que vous en dire: dans la prière je ne sais que faire, je me dissipe beaucoup, je fais beaucoup de fautes, je me trouve toute vivante et toujours moi-même ; avec tout cela je tâche d'aller mon chemin et ne me pas troubler. Vous m'ordonnez d'adorer Notre-Seig'neur dans le profond de l'abîme et d'espérer en lui, et je désire de vous obéir. Nous travaillons pour nos pauvres du Berry, et j'espère, s'il plaît à Dieu de bénir nos succès, que nous les empêcherons de mourir de faim. M""' de Motteville a fait de son mieux pour faire revenir à raison M""" de Montperoux, mais elle m'a dit qu'il n'y a rien à faire : que c'est une femme qui aime sa liberté, et que, quoi qu'on lui puisse dire, on ne l'oblig'era pas de retourner avec son mari. Je verrai s'il y a quelque autre moyen de la g'ag'ner ; je suis toute à vous en l'amour de .Jésus-Christ.
Paris, ce 23 décembre.
J'ai reçu votre lettre du 12 de ce mois, dans laquelle vous me mandez que vous êtes à votre seconde mission et que vous allez passer la fête à Narbonne. Je joindrai de bon cœur mes prières avec celles de vos filles et les vôtres, et je crois en
recevoir de g^rands avantagées. Il me semble que je sens déjà l'effet de vos prières. Je ne suis plus si dissipée et si remplie des bag'atelles du monde. Nous allons coucher ce soir à la petite maison des Carmélites où nous passerons les fêtes. Il me semble que j'ai bonne envie d'y faire de mon mieux pour chercher Jésus-Christ, et pour l'écouter dans le silence : j'espère que vos prières m'obtiendront la g-râce de me donner tout de nouveau à ce divin Sauveur, et qu'il m'enseig'nera à l'aimer uniquement et à aimer mon prochain comme étant les membres pour lesquels il vient naître dans une crèche. Vous croyez bien que, si mon divin époux me permet de m'approcher de lui, vous n'y serezpas oublié. Que nous serons heureux quand nous serons délivrés de ces corps de mort et que nous serons unis à Jésus-Christ pour une éternité ! Il faut, ce me semble, que cette espérance fasse notre félicité en cette vie, et c'est l'unique objet de tous nos désirs. Demandez-le pour moi, mon cher père, et offrezmoi à Jésus-Christ afin que je sois une hostie qui lui soit agn^éable. Je suis toute à vous pour son amour.
Vendredi mutin.
Ma santé est assez bonne, car j'ai fort bien dormi cette nuit; mais, pour mon âme, elle souffre, car, n'osant plus converser avec le Créateur, ce qtii seroit peu de chose, si Dieu ne se cachoit pas et ne
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me laissoit pas clans une pauvreté terrible et dure à la nature : je souffre donc et ma seule consolation et qui me fait porter avec paix mes peines, c'est de me souvenir que vous m'avez dit que mon état est bon et qu'il plaît à Dieu : demeurons donc dans ce cher état, puisque c'est le maître qui le veut. Je lui offre mes peines de tout mon cœur; pour vous, levez continuellement vos mains au ciel afin que je sois fidèle. Je recevrai vos ordres pour moi pour la neuvaine, dimanche, si Dieu lèvent; sinon, je ne laisserai point de communier pour la même intention.
Il me semble que mon occupation d'aujourd'hui a été de me lier à la volonté de Dieu dans toutes mes actions : il me paroît que toute mon affaire consiste à me lier pour le reste de ma vie à cette sainte et divine Providence et à devenir un véritaJ^le enfant, à faire mon Paradis de mon abandon à la volonté de Dieu et de trouver mon centre dans la conformité à cette sainte volonté. Au commencement de mon oraison à ce soir j'ai été occupée à reg-arder Jésus-Christ en croix, et il me semble qu'il étoit près de moi et qu'il n'étoit point nécessaire de beaucoup crier pour me faire entendre. Cette adorable présence m'a, ce me semble, plus recueillie que je ne l'ai pas été depuis que je suis ici. J'ai passé le reste du temps en respect, adoration, et priant Dieu qu'il vînt rég'ner dans les âmes, et j'ai
prié particulièrement pour mes amis, et j'espère que, faisant mes prières avec cette sainte communauté, tout pauvres qu'elles sont, elles passeront devant Dieu parmi celles de ses chères épouses.
me semblant que tout est doux avec
Jésus-Christ, que rien ne nous manque quand il est avec nous, et que d'avoir un moyen de lui plaire davantag-e, c'est un trésor qu'il faut tenir bien cher. Ces sentiments sont quand j'étois en ferveur, mais même à cette heure que j'écris, et que si je ne suis par peine, je n'en suis pas loin, de bon cœur j'accepte tout ce que mon divin Jésus m'enverra : je ne lui demande que ce qui me rendra ag-réable à ses yeux, et je ne veux que lui ; demandez-lui pour moi qu'il ne m'éparg*ne pas, et qu'il me donne, quoique dur à ma nature, ce qui me fera plus sienne et plus remplie de son amour : quand j'ai ces pensées, il me vient dans l'esprit que si j'avois ces mots que l'on craint, je n'en ferois peut-être pas un bon usagée et que je m'impatienterois d'abord : il me revient à l'esprit que Dieu est fidèle : cela me fait demeurer en paix, comme je m'y soumets, et même que je les reg-arde avec plaisir dans le désir de plaire à Jésus-Christ ; je crois fermement que, s'il me les donne, il me donnera la force de les supporter avec joie pour son amour.
Paris, 10 mars.
J'ai reçu une de vos lettres, du 27 de février, où vous me dîtes que vous avez envie de rire de me voir faire toujours l'enfant : présentement que je suis en repos je trouve que vous avez raison, mais à la première bourrasque je ne vous réponds de rien. J'ai pourtant envie de me corrig'er : j'ai commencé ma neuvaine, cela m'a remise en dévotion. Je la fais avec une gTande confiance. Il me vient dans l'esprit : « Mais est-ce que j'obtiendrai par mes prières la santé de monsieur mon mari? » Mais, comme il m'a paru que c'étoit une invention du démon pour refroidir ma confiance, je m'en suis moquée, et je lui ai dit que je n'avois pas commencé pour lui, et que je ne fînirois pas pour lui. Je demande donc de tout mon cœur cette chère santé, et, comme vous savez que je ne m'oublie pas, je me suis offerte sans réserve de quoi que ce soit à la sainte Vierg-e afin qu'elle me donnât à son fils et à son Dieu, et qu'elle me donne cet adorable Sauveur pour être mon unique partag-e dans la terre des vivants : j'ai bien prié pour vous. Comme j'avois g-rande dévotion à communier les cinq vendredis de mars, parce que l'on dit que Notre-Seig-neur est mort l'un de ces cinq vendredis, cela a fait que j'ai communié trois jours de suite, car vous m'aviez donné le samedi et le dimanche, et que j'espère en communier quatre, trois de votre permission et une de ma tête.
Je ne sais si vous le trouverez bien mauvais, mais je vous dirai que c'est que j'ai perdu bien des communions que vous m'aviez permises, ou par maladie et quelquefois même par mon choix , me trouvant remplie de misères. Je vous dirai l'effet que me semble que m'ont fait ces premières communions. Elles m'ont remplie d'une crainte pleine d'amour : je craig'nois de me souiller des moindres fautes, pensant à celui qui étoit venu si souvent dans mon cœur. J'ai tâché dans tout ce temps ici de donner plus de temps à la prière et de me tenir plus séparée des choses du monde. Ce qui me donne plus de confiance, c'est la pensée que c'est l'obéissance qui m'a fait entreprendre cette neuvaine. Je ne suis pas allée à pied, parce que je suis fort foible, et que je jeûne quoique je mang-e g-ras. Je suis de votre avis sur ce qui reg-arde les pauvres du Berry, mais je ne me suis pas mise en peine de donner remède, parce que nous avons 50,000 livres : 30 que l'on nous a données, et mes 20 : c'est la moitié de ce qu'il nous faut. Nous avons bien encore des espérances et du temps devant nous, car cet arg-ent ne nous est nécessaire qu'au mois de mai.