‹ Une nièce de MazarinChapitre 94 sur 113 · ÉPITAPHES · texte numérisé non relu

ÉPITAPHES

DE LA PRINCESSE DE CONTl.

Nécrologe de Port-Royal, p. 37.

Le quatrième jour 1672, mourut à Paris, en odeur de g-rande piété, la sérénissime princesse Anne- Marie Martinozzi, princesse de Gonti, âg-ée de trentecinq ans. Elle a sa sépulture à Saint-André-des- Arcs, où on lit la première des trois épitaphes suivantes. Son cœur fut porté aux Carmélites de la rue Saint-Jacques , où il repose avec la seconde épitaphe ; et ses entrailles furent enterrées dans ce monastère, pour lequel elle avoit une affection trèsparticulière. Elles sont au côté droit du chœur de notre église avec la troisième épitaphe où Ton a tâché de peindre comme dans les deux autres quelques traits des vertus héroïques de cette illustre et pieuse princesse qui mérite les plus g*rands élog-es.

Nécrologe de Port-Royal, p. 07.

Hic jacet cor clarissimaî et potentissimai Principis Anna3- Mariai Martiiiozziae, viduai celsissimi et potentissimi Principis

Armandi Borbonii , Principis de Conti ; quod a mediâ sui parte illustrissimi ac charissimi conjugis obitii separatum , tantum Chrislo gemuit, donec sponso et Deo redderetur, quem iinum iiterque amaverat. Nullum in eo mundi amor locum habuit. Hoc altare Deo sacrum nullo alio igné caluit quam Dei. Amor Christi , amor sponsi, amor liberum et Ecclesise illud sibi vindicarunt. Charitas hujus cordis natura est, post quam a Christo creatum est in operibus bonis, quibus plénum perfecte Deo vivere cœpit, moriens mundo et sensibus qui suam illi lucem abscondebant. Si cor christianum moreretur, obiit prid. non. feb. 1672, setat. 35.

Ici repose le cœur de très-illustre et puissante Princesse Anne-Marie Martinozzi , veuve de très-haut et très-puissant Prince Armand de Bourbon, Prince de Conti. Cœur qui, séparé de la moitié de soi-même par la mort du sérénissime prince son très-cher mari, ne soupira plus que pour Jésus-Christ, jusqu'à ce que, réuni à son époux, il retournât dans le sein de Dieu, que l'un et l'autre avoient aimé uniquement. Cœur qui ne fut jamais souillé par l'amour profane. Cœur qui fut comme un autel consacré à Dieu, où il ne brûla jamais d'autre feu que le feu divin. Cœur tout occupé de l'amour de Jésus-Christ et de l'Église, de son époux et de ses enfants. Cœur à qui la charité fut comme une seconde nature, depuis que Jésus-Christ l'eut créé dans les bonnes œuvres. En étant rempli, il commença de vivre parfaitement pour Dieu, et de mourir au monde et aux sens qui n'avaient plus rien d'éclatant à ses yeux. Si un cœur chrétien peut mourir, celui-ci cessa de vivre à l'âge de 35 ans, le 4 février 1672.

Nécrologe de Port-Royal, p. 67.

Hoc lapide clausa viscera Annœ-Marisc Principissfe de Conti, justorum resurrectioni inhabitans Christi Spiritus serval, quee semel in ipso œtatis flore igné divino incensa, uni

dehinc Dco spiràrunl. Visceni niisericdrdiir Inlnni ((rhem charitate complexa, per qiia\ niiseroruni ul egcnliiim uhiquc lerrarum viscera requierunl; viscera pietalis, non mollis illius et fluxœ, non mundum inter et Deum nutantis , scd stabilis ac robusta^, cui tolus pro nihilo mundus esset, Deus omnia : quœ id ununi curaret, nosse quid Dei volunLas fciTct, quam semel compertam, sine ulla animi renitentis lucla Loto cordis imperalu snbsequcbatur humanorum judicioruni et eventuumunice secura; quie cuncta pondère charitatis raperet ad Deum, ac Dec consecraret, opes, honores, familiam, liberos : hœc vita, hi mores Martinozziœ fuerunt. Hœc terris decedens secum abstulit cumcœteras, quas merito contemsit, corporis ac fortunse dotes mortis inclementia sibi vindicet. Obiit, etc.

Anna-Genovefa à Borbonio ejus glos mutuee charitatis monimentum posuit.

Sous cette pierre sépulcrale reposent les entrailles d'Anne- Marie, Princesse de Conti, que le Saint-Esprit, dont elles sont le temple, réserve au grand jour de la résurrection. Dès un âge peu avancé, étant une fois enflammée du feu divin, elles ne respirèrent plus que pour Dieu. Entrailles de miséricorde, qui dans l'étendue de leur charité embrassoienttout l'univers, et qui ont partout procuré de grands soulagemens h ceux qui étoient dans la misère et dans le besoin. Entrailles d'une piété, non lâche, non passagère ou flottante entre Dieu et le monde , mais ferme et constante , aux yeux de laquelle le monde entier n'étoit rien, et Dieu étoit tout. Uniquement occupée, cette piété, à connoître ce que Dieu demandoit d'elle, sitôt qu'elle l'avoit connu, elle l'exécutoit avec ardeur sans la moindre résistance, et sans se mettre en peine du jugement qu'en porteroient les hommes, ou de ce qui en pourroit arriver. Richesses, honneurs, famille, enfans, tout étoit heureusement entraîné par le torrent de sa charité qui savoit tout rapporter à Dieu et lui en faire un sacrifice. Telle fut la vie, telles furent les mœurs de la sérénissime Princesse Marti-

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nozzi, qui, sortant de ce monde, emporta avec elle le mérite de tant de bonnes œuvres ; tout le reste, comme les dons du corps et les avantages de la fortune qu elle avoit méprisez par vertu, étant tombé au pouvoir de la mort et de ses suites. Elle mourut, etc.

La Princesse Anne-Geneviève de Bourbon, sa belle-sœur, a fait poser ce monument pour marque de l'union mutuelle qui étoit entre elles.

Hic jacet clarissima et potentissima Princeps Anna-Maria Martinozzia. vidua celsissimi etpotentissimiPrincipis Armandi Borbonii, Principis de Gonti; quse tamillustri matrimonio Borboniis juncta quse prima orbisnobilitas est et supra titulos regum, vitam christianam omni ex parle amplexa est, et nibil excelsius Deo credidit, non magis gradu quam fide princeps Sancti Ludovici imitatrix, qui eam delegisse credi potest, in familiee suse munus, alium principatum in mente habuitetalia lilia quse sanguine Ghristi irrigata, fructus afferunt ampliores et ad majus regnum vocant. Tantum condilionis su» gloriam quam fugere non poterat, damnum rata, ad humilitatem vertit. Timuit quod miramur, et de fastigio magnitudinis humanse, coram Christo paupere nobilius erubuit. In ipso eliam sermone bumanioris urbanitatis, quœ sepe mentitur, nunquam discedere valebat a lege veritatis. Sollicitudini humilitatis, quœ semper quibuscumque officiis intenta est adjunctà tranquillitate cbaritatis qufe semper Deo vacat, nec aliis defuit, nec sibi. Liberorum amore plus quam materno pia, regio plus quam animo pauperum mater, pleua bonis operibus, exemplo docuit nullam magnitudinem aut conditionem obesse humilibus, ad Deura migravil pridic nonas februarii 167:2, aîtatis XXXV.

Ici repose très-illustre et très-puissante princesse Anne- Marie Martinozzi, veuve de très-haul cl très-puissant Prince

Armand de Bourbon , prince de Gonti. Unie par un si i^rand mariage aux Bourbons, la première maison de l'univers , qui voit an-dessous d'elle tous les honneurs des rois, elle mena une vie chrétienne dans toutes ses parties ; et, non moins princesse par sa foi que par son sang, elle crut qu'il n'y avoit rien de plus élevé que Dieu. Imitatrice de saint Louis , que l'on a droit de penser l'avoir choisie pour en faire un présent ù, sa famille, elle eut toujours dans l'esprit une autre principauté et d'autres lis, qui, arrosés du sang de Jésus-Christ, portent des fruits en plus grande abondance et appellent à un royaume plus considérable. Cette splendeur si grande attachée à sa condition qu'elle ne pouvoit fuir, lui parut une perte, qu'elle sçut mettre à profit pour son humilité. Elle craignit tout ce qui fait l'objet de notre admiration, et, à la vue de Jésus-Christ pauVre, elle eut une noble honte de se voir élevée au faîte de la grandeur humaine ; lors même qu'il falloit que la politesse, qui ment souvent, lui dictât ses discours, elle n'eut jamais la force de s'écarter des loix de la vérité. Aux sollicitudes de l'humilité, qui est sans cesse appliquée à rendre toute sorte de bons offices, elle joignit le calme de la charité, qui s'occupe toujours de Dieu et par là ne manque jamais aux autres ni à elle-même. La bonté de son cœur parut surtout dans l'amour plus que maternel qu'elle eut pour ses enfans , et son âme plus que roïale la rendit la mère des pauvres. Enfin, pleine de bonnes œuvres et après avoir montré par son exemple que nulle grandeur, nulle condition n'est un obstacle au salut des humbles , elle alla à Dieu le i février 1672, âgée de 35 ans.

Supplément, Nécrologe de Port-Roy.il, p. 294.

Hic jacent visccra Annœ-Maria3 Martinozziœ, Principissœ de Conti, quse olim Dei charitate flagrantia etiam nunc vivunt, quia charitas mori nonpotest. Post mortem illustrissimi

•2.i8 LA PRLNCESSE DE CUiNTI.

conjugis quem unicc dilexerat , sponsum elegit immortalem cui christiaiia> Vidu» vivunt. Princeps et Vidua, libentius Viduam agebat quam Principem, ideoque verius Princeps quô fide altius assurrexit. Pauperibus tantum dives et sibi pauper, mundi admirantis gloriam et opes facile despexit, mirata in paupertate et humilitate Christi majores divitias, quas non satis amant qui fruuntur. Dignitatem suam forti animo et patienter tulit, non recusatis etiam aliorum obsequiis , non quia delectaretur, sed quia Mater. Liberorum beneficium fuit, quod mundura totâ libertate animi ad Deum properantis non contemserit , divino amore tam incensa, cui cum omnia subjecta habuerit, non sibi semper imperat. Illos gaudio suo prœtulit, sed non Christo, tam Christiana Mater quam Vidua, sancte et viriliter diligens, ut eos ad a?ternum amorem erudiret cui vivebat ipsa et cui mortua est pridie Nonas Februarii \6~-2.

Ici reposent les entrailles d'Anne-Marie Marlinozzi, princesse de Gonti, lesquelles après avoir été ci-devant embrasées du feu de l'amour divin, sont encore vivantes, parce que la charité ne peut mourir. Après la mort de son illustre époux, quelle avoit uniquement aimé , elle se choisit l'Epoux immortel, pour qui vivent les veuves chrétiennes. Princesse et veuve, elle soutint plus volontiers le caractè/e de veuve que celui de princesse , et fut d'autant plus véritablement princesse quelle s'éleva plus haut par sa foi. Riche seulement pour les pauvres, et pauvre pour elle-même, elle méprisa sans peine la gloire et les richesses que le monde admire, etsçut admirer dans la pauvreté et Ihumilité de Jésus-Christ des richesses qui sont plus estimables et qui ne sont pas assez chéries de ceux mômes qui ont le bonheur d'en jouir. Elle supporta sa dignité avec force et avec patience, se prêtant même aux hommages qu'on lui rendoit, non parce qu'elle y prenoit plaisir, mais parce quelle étoitmère. Car, enflammée si vivement de l'amour divin, qui, après avoir tout soumis, ne sçait pus toujours se conunander à lui-même, si elle n'a

ÉPITAPHES DE LA PRINCESSE DE CONTI. 2oO

pas fui le monde avec toute la liberté d'une àme cjui se hâte d'arriver à Dieu, ce fut îi ses enfans que le monde en eut l'obligation. Mère aussi chrétienne que veuve, elle les préfera toujours à tout ce qui pouvoit faire son contentement particulier, mais non à Jésus-Christ, et la tendresse coura'^euse et sainte qu'elle avoit pour eux n'eut pour but que de leur apprendre à aimer les biens éternels, pour lesquels elle vivoit elle-même, et dans l'attente desquels elle mourut, le 4 février 1672.

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