APRÈS L’ASSEMBLÉE
L’Assemblée est dissoute de fait, dès le commencement du mois de mai. Ses actes vont-ils recevoir l’applaudissement général? Oui, sans doute, s’ils expriment l’opinion dominante dans l’Église de France. Or, ce fut sous les yeux du Roi, de l’archevêque de Paris, en pleine Faculté de théologie que la résistance éclata. On ne nie pas, on n’ose pas nier les faits constatés par les lettres officielles et que mon livre a mis au jour. Mais on cherche à en amoindrir la portée, et l’on prétend que la Faculté fit opposition seulement à la forme et non au fond de la Déclaration. Certainement, en 1682 comme en 1665, on aurait tort de ranger sans exception entre les antigallicans tous ceux qui voulaient défendre la liberté de doctrine de leurs confrères; mais si la résistance n’avait pas eu d’autre caractère, il eût été bien facile d’en avoir raison, et l’on n’aurait pas eu recours à la suspension des assemblées de la Faculté ni à l’exil de
huit de ses membres. C’est que le fond de la doctrine répugnait, en 1682 comme en 1065, à la majorité des docteurs.
Je ne crois pas m’être trompé en disant que les antigallicans étaient les plus pieux, les plus nombreux et les plus savants. Je ne reviens pas sur tous les faits que j’ai exposés ailleurs. Je rappelle seulement qu’il est impossible d’admettre,, par exemple, que, comme on le prétend aujourd’hui, le plus célèbre de ces docteurs, Chamillard, supérieur de la communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet, ne combattit que la forme des Quatre Articles. L’erreur vient de ce que les docteurs s’attachèrent, tant qu’ils purent, à cette forme, pour repousser les nouvelles servitudes qu’on leur apportait. L’intolérance du Parlement, auquel l’édit du Roi conférait de nouveaux droits sur l’inspection de la doctrine, les effrayait, et ils usèrent de toutes les ressources de leur procédure scolaire; mais le Procureur général de Harlay est le premier à reconnaître que Chamillard et plusieurs de cette secte (p. 556), que Grandin et Chamillard furent portés par leurs confrères à se déclarer contre la doctrine (p. 568), après qu’ils se furent comptés et qu’ils eurent conçu l’espoir de triompher.
Et la lettre du même Procureur général, en date du 2 juin 1682, d’où j’ai extrait ces paroles qui me valent tant d’injures,
Une Assemblée du Clergé dont la plupart changeraient demain et de bon cœur, si l’on le leur permettait,
cette lettre ne confirme-t-elle pas l’opinion que la
majorité des docteurs de la Faculté étaient contraires à la doctrine gallicane? Comment interpréter autrement les passages que voici :
Si l’on veut remédier véritablement au désordre essentiel à la Faculté de théologie et sans violence inutile , c’est de pourvoir, comme on le doit, à la maison de Sorbonne ; c’est de faire faire le devoir aux professeurs, et de faire à l’égard des séminaires de Saint-Sulpicc et des Missions étrangères particulièrement, et si l’on veut, de ceux de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et des Bons-Enfants, le règlement que l’on fit en 1663 à l’égard des Mendiants, qu’il n’y entre que deux dans les assemblées de la Faculté. Ce sont des choses solides et qui ne blesseront point la liberté de la Faculté de théologie , laquelle il ne faut pas étouffer, si l’on veut que ce qu’elle fera soit de quelque poids dans le public.
Ainsi, on exclura de la Faculté tous ceux qui déplaisent, et on ne laissera parler que ceux dont on est sûr ! — Mais si la majorité eût professé les maximes gallicanes, on eût tenu la conduite inverse; on aurait abaissé les barrières et appelé tous les docteurs, avec ou sans résumpte, les licenciés et les bacheliers. Si on ne l’a pas fait, c’est qu’on avait la majorité contre soi.
La vérité n’éclate-t-elle pas tout entière dans ces pièces écrites par le Procureur général de Ilarlay en 1682 et en 1685 :
Si le collège de Sorbonne et les professeurs peuvent être considérés comme l’unique source de cette cabale, on doit se servir de cette occasion pour y apporter des remèdes si efficaces, qu’on prévienne dans la suite de semblables désor-
cires. La maison de Sorbonne, excepté six ou sept, est élevée dans des sentiments contraires à la Déclaration. Les professeurs, excepté M. le syndic, y ont une si grande opposition, que ceux même qui sont payés par le Roi n’ont pas voulu enseigner aucune des propositions qui ont été présentées à Sa Majesté en 1663, quoique, dans le collège de Sorbonne et de Navarre, il y eut des chaires fondées pour enseigner la controverse.
Si, par un arrêt du Conseil, on privait du suffrage et des droits de la Faculté ceux qui ont opiné avec si peu de respect pour Sa Majesté, pour les arrêts de la cour et pour la Déclaration du Clergé, cette peine permanente qui serait toujours devant les yeux de ceux qui composent ces assemblées les tiendrait dans le devoir, et la mémoire de cet exemple se conserverait longtemps dans la Faculté, et y produirait de très-bons effets.
Si la conduite qu’on a remarquée dans les docteurs qui demeurent dans le collège de Sorbonne, lorsqu’on a désiré l’enregistrement des articles du Clergé, de l’édit du Roi et de l’arrêt du Parlement dans la Faculté, et lorsqu’il a été question de signer la requête pour obtenir la liberté de tenir les assemblées ordinaires, avait inspiré la pensée d’apporter quelque remède à une cabale si dangereuse, ce qui s’est passé dans l’examen de la proposition sur laquelle le Parlement a fait l'honneur à la Faculté de lui demander son avis doctrinal, oblige indispensablement ceux qui ont l’autorité et qui aiment le bien public, les maximes et les libertés de l’Église gallicane, de prévenir par des précautions fortes et permanentes, les maux et les désordres qu’on pourrait craindre dans la suite d’une cabale si liée, si puissante et si échauffée.
Le nombre de ceux qui demeurent dans ce collège (de Sorbonne) est très-considérable. Ils sont tous unis dans les
sentiments ultramontains, excepté quatre ou cinq. Tous les professeurs, même les royaux, excepté M. Firot, syndic de la Faculté, sont dans les mêmes maximes.
Ce grand nombre qui demeure dans ce collège est encore fortifié parM. Grandin qui est entièrement lié avec eux, et qui leur attire du monde du dehors. Le principal du collège du Plessis, et ceux qu’il emploie et protège dans son collège ou hors du collège, sont absolument unis avec ceux de Sorbonne.
Ceux de ce collège ont une liaison certaine avec les docteurs qui demeurent dans les séminaires ou dans les communautés semblables. Ceux de Saint-Sulpice, des Missions étrangères et de Saint-Nicolas, qui ont opiné dans cette affaire, ont été de l’avis des Sorbonistes. llssontaussi unis avec les Mendiants (c’est-à-dire les Cordeliers, les Jacobins, les Augustins et les Carmes).
Est-ce assez? Non. Voici une lettre de le Tellier, archevêque de Reims, écrite en 1681, quand les Quatre Articles n’existaient pas encore, et qu’il n’y avait pas lieu de distinguer entre le fond et la forme.