L’EUROPE EN 1789 ET EN
Si' maintenant nous jetons un regard rétrospectif sur la situation de l’Europe et de la France en 1789, pour la comparer à la situation actuelle, nous acquerrons la certitude que notre pays, en proie à des agitations perpétuelles, devenu le foyer des idées et des passions subversives, est un objet de crainte et de méfiance pour l’Europe entière ; tous nos plans sont contrecarrés par les grandes puissances, et nous n’avons pu obtenir aucun accroissement sérieux de territoire, tandis que celles-ci n’ont cessé de s’agrandir démesurément.
En 1789, la France avait une population de 28 millions d’àmes, qui augmentait rapidement ; la paix de 1783 avait assuré l’émancipation des Etats-Unis, abaissé l’Angleterre, et relevé avec éclat notre prestige militaire ; à cette époque, la France était sans conteste la première puissance européenne.
La population tout entière de la Grande-Bretagne ne dépassait pas alors 10 millions d’âmes; l’empire colonial de l’Angleterre se fondait à peine ; Tippo-Saïb, appuyé par la France, était sur le point de lui arracher les Indes ; son com-
DU PASSÉ ET DE L'AVENIR DE I,A FRANGE merce extérieur était dix fois moindre qu’aujourd’hui, et dépassait à peine celui de la France ; il en était de même des productions industrielles.
La maison d’Autriche, jadis si puissante, et que la France n’avait cessé de combattre pour le plus grand bien de l’Europe, tenait sous son sceptre une population de 25 millions d ’àmes, composée de diverses nationalités et disséminée en Europe sans force et sans cohésion.
La Prusse, qui venait de perdre le grand Frédéric, auquel elle devait un accroissement considérable de territoire acquis soit par la ruse, soit par la violence, n’avait encore que 6 millions d’habitants et elle était fort loin de nos frontières.
Le reste de l’Allemagne formait le Saint-Empire germanique, avec des électeurs, des princes, des villes libres au nombre de plus de trois cents, dont beaucoup recherchaient notre alliance. Notre influence était immense en Europe, notre langue, nos moeurs, nos usages régnaient sur le continent.
La Pologne existait encore, malgré le premier partage de 1772, elle comptait 8 millions d’habitants, après en avoir perdu 5 millions que venaient de s’approprier la Russie, la Prusse et l’Autriche, par ce honteux marché que la France eut l’impardonnable tort de ne pas empêcher ; mais la Pologne, à cette époque, se régénérait : le droit de liberum veto ne s’exercait plus ; l’hérédité monarchique, qui devait enfin assurer la paix, était établie ; la dette était amortie, et de grands travaux publics en exécution. La Révolution française fut la cause malheureuse du dernier partage. La constitution polonaise, votée en 1791 sur des bases arrêtées en 1788, allait lui donner une nouvelle vie, mais la Russie veillait sur sa proie, la constitution fut accusée d’ètre une œuvre révolutionnaire, et la Pologne écrasée en 1794, après une héroïque lutté.
La Russie n’avait donc, en 1789, ni la Pologne, ni la Finlande, ni la Bessarabie, ni le Caucase, etc. Sa population déj^