LA MAISON DK FRANCK
grand roi de France, après avoir fait renaître la prospérité dans son royaume, faisait de vastes projets pour la pacification de l’Europe, au moment où le frappait le poignard de Ravaillac ; Louis XIV, après une lutte acharnée , abattait la puissance de la maison d’Autriche, qui menaçait l’Europe entière, et plaçait son petit-fils sur le trône de cette Espagne naguère si redoutable pour la France, et s’il commit la grande faute de révoquer l’édit de Nantes, s’il donna trop de développement au pouvoir central au détriment des libertés locales, il laissa la France considérablement agrandie, et il apparaîtra toujours dans l’histoire au milieu d’une pléiade de grands généraux, d’écrivains illustres, d’orateurs immortels; Louis XVI envoyait les flottes et les armées françaises soutenir la cause de l’indépendance des Etats-Unis, et commençait la réforme de nos institutions ; on lui élevait des statues avec cette inscription : au restaurateur des libertés françaises.
A ce moment, nous fumes sur le point de fonder le régime constitutionnel, en unissant, à l’exemple de l’Angleterre, les plus grandes libertés à la stabilité qu’assure la monarchie héréditaire, et cette réforme des institutions était assurée sans les passions et les fureurs révolutionnaires. En 1789, la réforme était demandée par tous; Louis XVI en donna le signal aux applaudissements de toutes les classes de la société. Qui donc arrêta ce mouvement intelligent et fécond? Ce sont les hommes qui conduisirent la France à 1793 et au régime de la Terreur. La mort de Louis XVI fut pour le pays le plus immense des malheurs, le plus terrible des désastres ; de ce sang honnête et juste, sont sorties toutes nos révolutions ; le premier empire, 1830, 1848, 1852, 1870, 1871 , ne sont que les conséquences directes du 21 janvier ; en tuant le roi nous avons tué le principe d’autorité, sans lequel il est impossible de rien fonder de stable et d’assurer une sage et solide liberté, et M. Renan, dont on ne peut taxer les jugements [de partialité.
SU Dlî PASSÉ ET DE L'AVENIR DE I A FRANCE
nous dit : * Le meurt re du 21 janvier, au point de vue de l’idéalisme, est l’acte de matérialisme le plus hideux, la plus honteuse profession qu’on ait jamais faite d’ingratitude et de bassesse, de roturière vilenie et d’oubli du passé *. »
Un auteur, dont les opinions sont bien connues, M. Edgard Quinet a dit: « Toutes les vues des révolutionnaires furent trompées, car, sans ajouter une seule force à la Révolution, ils déchaînèrent le monde contre elle... Quand les conventionnels mirent Louis XVI à mort, la monarchie leur échappa ; sur tous les trônes de l’Europe, on sentit plus d’horreur que de crainte. Il en sortit une guerre implacable, interminable, qui renaissait d’elle-mème. Pour la soutenir, on se redonna un maître, c’est-à-dire on revint au système qu’on avait juré d’anéantir. »
Et M. de Lamennais à son tour s’écrie: « Depuis le déicide des Juifs, jamais crime plus énorme n’avait été commis, car le meurtre même de l’innocence ne peut pas y être comparé. Quand Louis monta sur l’échafaud, ce fut le pouvoir luimême, vivante image de la divinité dont il émane , ce fut le principe de Tordre et de l’existence politique, ce fut la société entière qui périt. »
Alors que Louis XVI était offert en holocauste à des haines sauvages, l’infortuné monarque nous laissait des paroles immortelles de paix et de pardon.
Dans son sublime testament, il disait : € Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis, sam que je leur en ai donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner. »
Et il tenait ce langage à son fils, qui devait expirer sous les coups du cordonnier Simon :
« Je recommande à mon fils, s’il avait le malheur de de-
1 Philosophie <1e l'Histoire contemporaine, <1p In Monarchie eonstitu tionnelle en France.