‹ Une nouvelle apologie du gallicanisme; réponse à m.l'abbé LovsonChapitre 36 sur 37 · AUX OUVRIERS DE PARIS · texte numérisé non relu

AUX OUVRIERS DE PARIS

« C’est avec l’émotion la plus vive que j'ai reçu le témoi- « gnage qui m’a été offert par les ouvriers de tous les états de

lit» DU PASSÉ ET DE L’AVENIR DE LA FRANCK « la ville «le Paris. J’ai été profondément touché de voir leurs « délégués venir me trouver sur la terre étrangère et je les « charge d’ètre auprès de leurs camarades les interprètes de « ma gratitude et de mon affection. Apprendre que mon nom « est prononcé avec sympathie dans mon pays, dans ma ville « natale, c’est la plus grande consolation que je puisse rere- « voir en exil.

« En parcourant les listes nombreuses qui m’ont été appor- « tées, j’ai été heureux et fier de compter tant d’amis dans « les classes laborieuses. Etudiant sans cesse le moyen de « leur être utile, je connais leurs besoins et leurs souffrances. « et mon regret le plus grand est que mon éloignement de « la patrie me prive du bonheur de leur venir en aide et « d’améliorer leur sort. Mais un jour viendra où il me sera « donné de servir la France et de mériter son amour et sa « confiance. »

Vers cette même époque, une nombreuse députation d’ouvriers marseillais arriva à Venise. Présentée par M. de F..., qui nomma chaque délégué en indiquant sa profession, elle fui de nouveau réunie quelques jours après, et, au grand étonnement de tous, le prince les nomma et parla à chacun d’eux de sa profession en leur témoignant le plus vif intérêt: ilsélaient environ cinquante.

Si à cette époque l’union ne se fit pas entre la France et son véritable chef, si des maux sans nombre, la discorde et la guerre civile vinrent encore déchirer notre malheureux pays, nous le devons aux menées bonapartistes, qui, prêtant la main aux démagogues, semèrent le désordre afin de rendre une dictature nécessaire.

En 1851, diverses adresses arrivèrent encore au prince, et le 15 octobre il répondait gracieusement à celle des instituteurs privés de la ville de Paris.

Le comte de Chambord a toujours été en correspondance

avec un grand nombre de notabilités politiques, mais ce n’est pas seulement à MM. de Dreux-Brézé, Berryer, ce grand el inébranlable défenseur du droit et de la liberté, qu’il écrit pour les féliciter de leurs discours éloquents, à MM. Biot de Coreelles, Benoist d’Azy, de Gherrier, François Lenormant, qu’il répond pour les féliciter de leurs travaux, mais c’est encore aux hommes les plus marquants du parti orléaniste ; c’est ainsi que nous trouvons des réponses à MM. Molé, de Salvandy, Paul Sauzet, au comte Pageot. Le 26 décembre 1850, il remercie le comte Molé de l’envoi de diverses notes, et il ajoute : » Soyez bien convaincu que je prendrai en grande «. considération les sages conseils de votre longue expérience. « Je vous prie de me les continuer en toute occasion et toutes « les fois que vous le jugerez utile. Je les recevrai toujours « avec une véritable reconnaissance. Combien je suis heureux « de voir les esprits les plus élevés et les plus nobles cœurs « s’unir à moi pour travailler tous ensemble et de concert au « salut commun. »

M. Paul Sauzet, ancien président des députés, avait offert au prince son mémoire si remarquable contre le décret des retraites forcées, et le prince lui répondit, le 6 janvier 1855, en le remerciant du travail et delà lettre qui l’accompagnait, ainsi que d'une visite que M. Sauzet lui avait faite peu de temps auparavant. Quelques mois avant, M. le comte de Chambord avait adressé une lettre à M. de Salvandy qui, ainsi que celle qu’il écrivit au comte Pageot, ancien ministre plénipotentiaire de France aux États-Unis, touche à une question fort délicate, tient aux intérêts les plus graves, à l’avenir même du pays. Les personnages politiques que nous venons de nommer, et quelques autres encore appartenant au parti orléaniste, avaient songé à amener une réconciliation entre les deux branches de la maison de Bourbon. Abandonnant leurs anciens préjugés, ils voyaient dans cet acte la fin de dissentiments fâcheux, une cause de force et de cohésion pour le

HO DU PASSÉ ET DE L’AVENIR DE LA FRANCE grand parti conservateur et libéral, un gage de sécurité pour l'avenir de la France ; ils eurent alors assez de sens politique pour ne pas croire à la durée de l’empire et surtout à sa singulière prétention d’avoir sauvé la société en péril. Ils trouvèrent M. le comte de Chambord disposé à les écouter favorablement. Déjà, le 5 octobre 1848, le prince écrivait ceci à M. le duc de Noailles :

« D’après ce que vous m’écrivez, mon cher duc, des per- « sonnes éminentes, convaincues de la nécessité de réunir en « un seul faisceau toutes les forces qui peuvent résister à la « tempête dont le monde social est si violemment ébranlé, « pensent qu’un rapprochement entre les deux branches de ma « famille est la condition première de cette désirable union. « Mes devoirs envers la France seront toujours la règle essen- « tielle de ma conduite. Tout ce qui peut contribuer à la « sécurité, au bonheur, à la gloire de notre pays, je suis prêt « à l'accomplir sans hésitation, sans arrière-pensée. Je crois « ainsi que vous que le concours de tous les hommes de « cœur, de talent et d’expérience est nécessaire au rétablisse sement et au maintien de l’ordre dans notre patrie. Je vous « l’ai déjà dit, étranger et inaccessible à toutes les passions « qui perpétuent les funestes discordes , je regarderai *. comme le plus beau jour de ma vie celui où je verrai « tous les Français rapprochés par les liens d’une frater- « nitè véritable, et la famille royale réunie à son che / « dam les mêmes sentiments de respect pour tous les « droits, de fidélité à tous les devoirs, d’amour et de dé- « vouement pour la patrie.

« Tous les événements passés disparaissent pour moi en « présence des hauts intérêts de la France, qu’il s’agit de « sauver au bord d’un effroyable abîme. J’appelle à concou- « rir à cette grande œuvre tous les hommes distingués qui, « jusqu’à ce jour, ont utilement et consciencieusement « servi le pays et qui peuvent, le servir encore. J’ai em-

« ployé les longues années de mon exil à étudier les choses « et les hommes. Je comprends les conditions que le temps et « les événements ont faites à la société actuelle ; je reconnais « les intérêts nouveaux qui, de toutes parts, se sont créés en « France, et le rang social que se sont légitimement acquis «. l’intelligence et la capacité. Si la Providence m’appelle sur « le trône, je prouverai, je l’espère, que je connais l’étendue « de mes devoirs. Exempt de préjugés, loin de me renfermer « dans un esprit d’exclusion, je m’efforcerai de faire con- « courir tous les talents, tous les caractères élevés, toutes les « forces intellectuelles de tous les Français à la prospérité et « à la gloire de la France. »

Le 15 janvier 1849, le prince donnait des assurances analogues à M. Berry er.

A la suite de pressantes sollicitations d’un grand nombre d’hommes politiques, et aussi, assure-t-on, d’après le désir exprimé par le roi Louis-Philippe, à son lit de mort, M. le duc de Nemours se rendit â Frohsdorf dans l’automne 1853, et fit, en présence de nombreux témoins, cette déclaration : Qu’il venait au nom de ses frères et en son nom affirmer qu'ils ne reconnaissaient qu’une seule monarchie, représentée par l’ainé de leur race, et assurer M. le comte de Chambord de leur concours et de leur dévouement.

Nous devons remarquer que M. le duc de Nemours ne parla pas au nom de ses neveux, qui étaient encore mineurs, et n’engagea en aucune façon leurs résolutions futures.

A la suite de cette visite cordiale, M. le comte de Chambord se rendit à Nervi, près de Gènes, auprès de la reine Marie-Amélie.

Il semblait qu’après des démarches aussi solennelles, la fusion dût être définitive; il n’en fut rien. Peu à peu les princes d’Orléans ralentirent leurs relations et cette nouvelle froideur fut attribuée aux démarches de quelques hommes du parti orléaniste. A la mort de M. de Salvandy, M. le comte

112 IM PASSÉ! ET f»K LA VENIR DE LA FRANCE de Chambord écrivit une lettre, qui, tout en étant un témoignage de regret pour la perte de cet homme éminent, devait être rendue publique et amener les princes à s’expliquer. Cette lettre est adressée h M. le comte Pageot et datée du 25 décembre 1855 :

« J’apprends, Monsieur, en arrivant à Venise, la mort du « comte de Salvandy, et je ne veux pas perdre un moment « pour vous charger d’être, dans cette triste circonstance au- « près de madame de Salvandy et de ses enfants, l’interprète « de mes douloureuses sympathies et de mes profonds regrets. « Personne n'avait apprécié plus que moi cet homme de bien, « de tant d’intelligence, de talent et -de cœur. Je n’ai pas ou- « blié surtout que c’est lui qui, le premier, est venu me voir

* avec vous, à Wiesbaden, et, en m'apportant les franches « et nobles assurances de son entier dévouement, m’offrir le « concours de son zèle et de ses constants efforts pour prépa- « rer les voies à cette réconciliation désirée, qui, depuis, s’esl « enfin heureusement accomplie, et que la France est en « droit d’envisager aujourd’hui comme une des plus fermes

* garanties de son avenir. Ce sont là de bons et loyaux ser- « vices qui, joints aux autres souvenirs de sa vie si hono- « rable et de sa fin si chrétienne, me rendront sa mémoire « à jamais précieuse et chère. Dites-le bien de ma part à sa « famille et à ses nombreux amis. Puissent-t-ils trouver dans « cette pensée quelque adoucissement à leur juste affliction.

« J'espère toujours que j’aurai bientôt le plaisir de vous « revoir. lime tarde de pouvoir vous renouveler de vive voix « les témoignages de toute mon estime et de ma bien sincère « affection. »

Ce fut alors que M. le duc de Nemours se résolut à écrire à M. le comte de Chambord que sa visite à Frohsdorf n’avait pas un but politique. M. le comte de Chambord répondit à cette lettre par celle qu’on va lire, lettre si noble et si sage :

M. I.B COMTR DR CHAMBORD

« 3 février 1S5T.

« Mon cousin, j’ai lu votre lettre avec un profond senti- « ment de tristesse et de regret. J’aimais à penser que nous « avions compris de la même manière la réconciliation ac- « complie entre nous il y a bientôt quatre ans. Ce rétablis- « sement de nos rapports politiques et de famille, en même « temps qu’il plaisait à mon cœur, semblait à ma raison un « gage de salut pour la France et une des plus fermes ga- « ranties de son avenir. Pour justifier mon espérance, pour « rendre notre union efficace et digne tout ensemble, il ne « fallait que deux choses qui étaient bien faciles : rester de « part et d’autre également convaincus de la nécessité d’ètre « unis; nous vouer une confiance également inébranlable en « nos mutuels sentiments.

« Je n’ai pas douté de votre dévouement aux principes « monarchiques ; personne ne peut mettre en question mon « attachement à la France, mon respect de sa gloire, mon « désir de sa grandeur et de sa liberté. Ma sympathique re- « connaissance est acquise à ce qui se fait par elle, à toutes « les époques, de bon, d’utile et de grand. Ainsi, je n’ai cessé « de le dire, j’ai toujours cru et je crois toujours à l’inoppor- « (unité de régler dès aujourd'hui, et avant le moment où la « Providence m’en imposerait le devoir, des questions qui « résoudront les intérêts et les vœux de notre patrie. Ce « a est pas loin de la Frnnee et sans la France qu'on « peut disposer d’elle.

« Je n’en conserve pas moins ma conviction profonde que « c’est dans l’union de notre maison et dans les efforts com- « muns de tous les défenseurs des institutions monarchiques « que la France trouvera un jour son salut. Les plus doulou- « reuses épreuves n’ébranleront pas ma foi. »

Nous ne sommes entrés dans ces détails que pour faire remarquer les excellentes dispositions de M. le comte de Cham-

bord au sujet de la fusion. Depuis, ses sentiments n’ont point changé; on le verra toujours résolu à faire tout ce que sa dignité lui permettra, pour assurer le bonheur et l’avenir de son pays.

Quant aux princes d’Orléans on a aujourd’hui la certitude que leur seule ambition est de contribuer à rendre àla France la tranquillité, la stabilité, d’ètre les plus fermes appuis du trône héréditaire, et de s’assurer ainsi d’une façon noble et

loyale, avec l'assentiment de tous, le bel et légitime héritage de l’antique monarchie.

On arriverait alors à ce grand résultat de fondre dans un seul parti les orléanistes et les légitimistes, de voir les dissensions disparaitre, les intérêts se confondre, et rien, après tout, ne serait plus facile; tous sont à peu près d'accord sur le fond; tous veulent des libertés sages; on ne varie que sur la forme. Si la monarchie héréditaire était admise comme principe fondamental, les hommes des autres partis devraient, avec un patriotisme louable, sacrifier la forme du gouvernement de leur choix, dans l'intérêt bien entendu du pays.

Déjà le parti bonapartiste n’existe plus ; à part quelques hommes de l’entourage de Napoléon III, trop compromis au service du dernier gouvernement, et quelques rares médaillés île Sainte-Hélène, on peut affirmer que les innombrables soutiens de l’empire n’étaient que des amis fanatiques de l’ordre, et avant tout désireux de se livrer en paix à leurs travaux pacifiques.

Des républicains eux-mêmes, les modérés et les honnêtes, bien entendu, éclairés par les événements, comprenant qu'on ne peut imposer de vive force à la France une forme gouvernementale qu’elle repousse, ne voulant pas se compromettre plus longtemps avec des amis politiques dont l’ardeur insensée perdrait toutes les causes, se diront qu’une vraie monarchie héréditaire est, à peu de chose près, une république réalisée, et ils travailleront, eux aussi, avec ardeur, à la régénération

du pays et à l'amélioration (le ses institutions. Si nous sommes vraiment unis pour arriver à ce même but, les démagogues ne seront qu’une fraction sans danger, leurs sanglantes utopies n’auront plus de prise sur les populations désillusionnées et voyant clairement leurs véritables intérêts. Ces utopies ne seront plus un épouvantail et un danger pour la société, et ôn pourra sérieusement espérer d’asseoir enfin la France moderne sur des bases solides. Le passé et le présent se donnant fraternellement la main, nous marcherons avec confiance vers un avenir meilleur, avenir de progrès humanitaire, en même temps que de grandeur nationale.

M. le comte de Chambord est un chrétien sincère et convaincu, mais il est en même temps, d’après un écrivain dont nous parlerons plus loin, M. Charles Didier, < un religieux libéral. » Ses opinions sur les rapports de l’Eglise et de l’Etat sont utiles à connaître, et voici ce qu’il écrivait, à ce sujet, le 20 mai 1857 :

« Nul doute que je ne sois disposé à laisser à l’Eglise la « liberté qui lui appartient et qui lui est nécessaire pour le « gouvernement et l’administration des choses spirituelles et « à m’entendre constamment pour cela avec le Saint-Père. « Mais, de leur côté, les évêques et tous les membres du clergé « ne sauraient éviter avec trop de soin de mêler la politique à « l’exercice de leur ministère sacré et de s’immiscer dans les « affaires qui sont du ressort de l’autorité temporelle, ce qui « n’est pas moins contraire à la dignité et aux intérêts de la « religion elle-même qu’au bien de l’Etat. »

Deux ans après il écrivait, le 24 mars 1859 :

« Pleine liberté de l’Eglise dans les choses spirituelles, « indépendance souveraine de l’Etat dans les choses tempo- « relies, parfait accord de l’un et de l’autre dans les questions mixtes, tels sont les principes qui, au sein des sociétés « chrétiennes, doivent, aujourd’hui plus que jamais, régler

11(1 I» Ij PASSÉ ET l)K L'A VENIR DE LA FRANGE « les rapports des deux puissances pour le bien de la religion « et le bonheur des peuples. »

La vive et lucide intelligence du prince français lui avait découvert, dès l’origine, toute l’importance de la question romaine et le but que poursuivait la révolution en Italie, avec le ferme et hypocrite appui du gouvernement français, et il disait avec raison : « C’est au princips même de toute autorité « et de toute religion qu’on s’en prend. Bientôt on dernan- « dera logiquement que de nos lois et de nos tribunaux dis- « paraisse l’idée de Dieu. Alors il n’y aura plus entre les « hommes d’autre lien que l’intérêt; la justice ne sera plus « qu’une convention; il ne restera plus pour l’obtenir d’autre « moyen que la force, et l’édifice social, miné jusque dans ses « fondements, s'écroulera de toutes parts. »

Les derniers actes de M. le comte de Chambord, depuis que la France a été si cruellement frappée, 11e peuvent qu’inspirer le respect.

Avant de les signalera l’attention du lecteur, il est bon de montrer que le prince avait compris les résultats funestes de la guerre de Bohême, le coup qu’avait reçue rinfiuence française et l’absolue nécessité de se préparer à une guerre inévitable ; il écrivait de Frohsdorf, le 9 décembre, ce qui suit :

« L’année qui va finir, mon cher ami, n’a pas été heureuse « pour l’Europe et en particulier pour la France ; la gravité « des circonstances frappe tous les esprits. La situation est « pleine d’incertitudes et de périls; les intértés menacés s’in- « quiètent du présent et s’effrayent de l’avenir ; à peine remis « d’une secousse violente, ils en redoutent de nouvelles. Par- « tout on arme, partout on prépare des moyens formidables « de destruction et de guerre. Les événements dont l’Alle- « magne et l’Italie ont été récemment le théâtre ont confondu « tous les calculs, trompé toutes les prévisions, rompu brus- « quement l’équilibre européen, et aucun pays n’en a ressenti

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