Individualité foncière de r impérial isnie
C'est parce que l'impérialisme est une émanation directe de la vie (que la vie le produise au jour par désimbricaiion de son principe essentiel ou qu'il en soit une simple émission) qu'il reste lié aux formes biologiques et que son efTort spécifique, même quand il intéresse des réalités sociales, reste toujours d'origine individuelle (4).
» C'est... la volonté de l'individu qui tend à fixer à la société sa fin. Et, en effet, l'individu ne veut pas seulement la société, mais il veut une certaine société façonnée d'après la forme subjective de son désir, si élevé, si préoccupé de l'universel que soit ce désir. Et
(1) C'est un peu dans ce sens que M. Cliarlcs Maurras a pu tirer le traditionalisme du culte du moi.
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c'est par les interférences innombrables de son désir avec les désirs de tous les autres et avec les circonstances du milieu, que l'individu réalise la société » (de Gaultier, op. cit., p. 72).
Irradiation potentielle de ces centres vitaux dont la plus haute expression morale est la personnalité, la Volonté de Puissance se fractionne en autant de segments actifs qu'il existe de noyaux psychiques indépendants : on peut voir deux tendances dominatrices lutter entre elles dans le cas de dédoublement personnel caractérisé. Schopenhauer (S., p. HA) nous cite comme symbole de la Volonté divisée contre elle-même la fourmi BuH-dog : « Si l'on s'avise de trancher par son milieu le corps de cet insecte combatif, les deux tronçons, un instant auparavant solidaires dans un mi*me organisme, entament l'un contre l'autre une lutte acharnée qui ne cessera qu'avec la force nerveuse subsistante dans leurs ganglions. »
D'autre part, l'impérialisme individuel continue de veiller jalousement même quand il se trouve pris dans les synthèses sociales les plus favorables à l'intérêt de l'ensemble et des éléments ; il ne collaborera à l'œuvre commune que tant qu'il croira y gagner et n'y restera même souvent que le temps nécessaire pour restaurer des forces endommagées. Les prétentions scientifiques des sociologies solidaristes pèchent par l'oubli de cette psychologie : « L'identité d'intérêt collectif n'existe guère... que contre un autre groupement qu'il s'agit de dépouiller de ses avantages actuels. C'est une alliance offensive... Le « faisceau harmonique ne se maintiendra qu'à l'état de guerre » ; mais, dès sa nécessité consommée, les compétitions intimes commenceront l'œuvre de désagrégation (/. I., p. 20) : « Le particu-
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larisme, est, en effet, le ver rongeur des entreprises conquérantes aux trop vastes proportions. » Cela est vrai surtout si les individus englobés en elles ne se croient pas assurés de trouver durablement dans leur sein un écho favorable aux postulations de tous leurs appétits de puissance. Le romantisme (G., p. xxxix) n'a été qu' « une réaction individualiste extrême » qui n'a pas su s'arrêter sur la dangereuse voie émancipatrice.
A plusieurs reprises, M. Seillière a affirmé sa foi en Tessor individuel vers le pouvoir : « L'impérialisme rationnel... s'appuie sur l'individualisme, qui est la seule force créatrice » {M. R., p. i), car « l'individu... seul a une existence concrète, quels que soient les bénéfices qu'il retire de la vie sociale » (N. R., p. 260). Il observe par ailleurs que « la lutte individuelle pour la puissance devient de plus en plus la règle de combat au sein de l'humanité » et se révèle « la plus efficacement progressive » (/. D , p. 60). Proudhon, dont certaines vues font pressentir la sociologie individualiste de Tarde, ne remarquait-il pas que souvent « l'inventeur voit plus loin que la société entière t> (I. D., p. 261)?
Sans doute, dans les théories d'un Gobineau, d'un Rousseau, le désir du pouvoir de ces masses collectives que sont une race ou une classe sociale acquiert une vague et obscure conscience; mais, en pratique, le lent mouvement qu'elles suscitent dans ces masses n'est guère orienté par le vœu secret des théoriciens que vers leur propre exhaussement ou mis à profit par une élite prompte à en recueillir la formule évocatoire.
Au fond, la conviction fondamentale de M. Seillière
sur ce sujet paraît être que l'individualisme régie' par la raison se montre utile à la fois à l'individu et à la société et que son épanouissement parfait serait r d an-archie » au sens étymologique du mot;, c'est-àdire rinutilitédes lois écrites et assurées par des sanctions, « idéal dont l'humanité est loin sans doute, mais vers lequel rien n'interdit d'espérer qu'elle marche à pas lents (1 ) ». 11 est vrai que, pour approcher seulement de ce terme, toute une évolution souterraine, pour ainsi dire, sera nécessaire : le principe individuel de puissance va être obligé de se couler dans des formes étrangères avant de pouvoir s'épanouir au grand jour dans toute sa portée.