‹ Une nouvelle psychologie de l'impérialismeChapitre 35 sur 52 · Tradition chrétienne. — Hérédité évangélique · texte numérisé non relu

Tradition chrétienne. — Hérédité évangélique

Nous avons eu plus d'une fois l'occasion d'approuver au cours de ces pages les suggestions et de signaler les bienfaits du mysticisme chrétien. M. Seillière « estime qu'il a puissamment aidé l'humanité occidentale sur cette voie du progrès » que nous venons d'indiquer et « qui lui a donné pour le moment l'hégémonie mondiale », à tel point qu'à ses yeux l'impérialisme rationnel n'est qu'une « discipline morale dérivée de la règle chrétienne... une attitude d'expectative et de préparation à son égard » (M. R, p. lxxi).

Serait-il dépourvu de vertus propres au point de vue psychologique et moral que le christianisme, « si imprégné d'expérience » (M.R.,i>. lxv) (1 ), nous paraîtrait avoir déjà une valeur fort appréciable en tant que tradition presque bi-millénaire, — et que la grande estime de M. Seillière à son égard semble bien reposer

(1) M. Seillière nous écrivait, voici quelques années : « Je considère la morale chrétienne, pénétrée par dix-huit siècles d'expérionce et de sens rationnel (les nécessités sociales, comme un des antidotes les plus sûrs de la morale sentimentale, — d'autant que, sacrifiant largement aux aspirations subconscientes de l'âme, elle sait appuyer ses suggestions rationuelles par des impulsions allectives qui sont fort utiles au point de vue de l'action. »

d'abord sur une telle considération, — du moins dans le domaine spéculatif, puisqu"il l'envisage comme « le mieux à portée de satisfaire les appétits métaphysiques de nos contemporains du fait qu"il est le plus profondément ancré par quinze siècles d'hérédité évangélique » (S., p. 140).

Que nous y souscrivions ou non, nous sommes imprégnés de culture chrétienne, ainsi que nous Tavons signalé plus haut; et c'est ici le cas de retenir la définition que nous donne d'après Nietzsche M. de Gaultier (Dogmes, p. 178) de cette « culture » ; ou « ensemble de réactions communes à tout un groupe d'hommes, réactions s'exerçant à l'égard des choses de l'esprit, du goût, du jugement, mais intégrées dans la physiologie, dans les réflexes de la race... (1) » ; du reste, « condition sine qua non de l'évolution » commencée, elle fait spécialement au cas qui nous occupe qu' « on accepte les conséquences de la foi chrétienne, parce qu'ils sont entrés dans le sang » {Dogmes, p. 44).

Il est aussi difficile à un penseur de nos jours, pour autant dégagé qu'il soit des croyances dogmatiques, de s'évader catégoriquement des conceptions chrétiennes et d'efl"acerde son cerveau leur empreinte comme dirait M. Edouard Estaunié, que de changer sa complexion physique. C'est ainsi que Schopenhauer n'a guère pu que les travestir dans son essor métaphysique et paraphraser leurs mystiques assises dans ses rêveries rédemptrices (2). Barbey d'Aurevilly, d'ailleurs, a tout particulièrement marqué l'importance (quoiqu'il en exagère l'efficacité) de cet atavisme chez nos pen-

(1) Cf. plus haut : | Mysticisme de la Race.

(2) On pourrait invoquer aussi les nombreuses parentés chrétiennes de la « religion du Génie » {A. D., p. 9).

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scursetnos artistes : « Tout esprit de notre temps s'appuie, bon gré mal gré, sur quinze siècles de civilisation chrétienne et bénéficie par conséquent d'une tradition évangélique, qui, affaiblie ou méconnue, ne fut pas moins à chacun de nous comme un second baptême. Le crucifié, dit-il, que nous portons en nous depuis qu'il est mort pour le monde, a marqué d'une empreinte indélébile notre conception des douleurs humaines; il a passé dans le talent de nos artistes, que ceux-ci l'ignorent ou le sachent, et la langue même dont ils se servent n'échappe pas à cette influence souveraine, puisque, dans ses images ou dans ses nuances, elle reste ce que le christianisme l'a faite!... » iB., p. 205. j « Dans la sublime figure du Christ, remarque aussi M. d'Eichtal (Par/es sociales) (/. I., p. 277;, tant de générations ont su incarner jusqu'ici leurs aspirations les plus hautes, que celles de demain lui demanderont encore avec avantage un point d'appui pour leur effort vers le mieux. »

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