INTRODUCTION IX
qui viennent » ont retrouvé le « sens de l'action ». « Chez leurs aînés, on voyait le souci élég-ant de n'être point dupes; eux, aujourd Iiui, sont dupes de la vie avec joie, si c'est être dupe que d'obtenir d'elle le plus possible en se conformant à ce qu'elle exige de nous. »
Pour nous limiter au domaine littéraire, M. Alex. Chignac signale (1) dans tous ces noms nouveaux d'écoles en isme un essor qui cherche sa voie : les « quaUhcatifs même qu'elles se donnent, dit-il, marquent ce souffle puissant qui anime les esprits », et il cite ces formules si « significatives » d'intensisme, à'impulsionisme. Il atténue, d'ailleurs, fort à propos son enthousiasme pour reconnaître que M. H. Ghéon (dans Xos Directions) a raison de saluer « avec joie et crainte la génération nouvelle, si riche en énergies lyriques, si piaffante, possédée d'un si bel élan, — mais si peu disciplinée ».
Hélas, voici bien le défaut qui échoue sur les plus terribles écueils, les déploiements trop spontanés et irréfléchis de la force conquérante ! Mais M. F. Mauriac vient nous rassurer vite sur ce point (2) : si la jeunesse n'est pas véritablement « férue d'ordre et de discipline » , néanmoins elle « sent le besoin d'une discipline », et déjà elle « précise et arrête ses direc-
(1) Le Mouvement littéraire contemporain. Nous aurons l'occasion de rappeler tantôt ce passage à propos de l'impérialisme esthétique.
(i) Enquête sur la jeunesse (Reçue hebdomadaire, 4 avril 1912.)
X PSYCHOLOGIt: DK L'IMPÉRIALISME
lions » ; parallèlement à celui de l'action, elle a « retrouvé le sens du respect » ; ne voulant « retenir de Nietzsche que laniour de la vie», « si elle n'est pas décidément adversaire du romantisme, elle a du moins la volonté d'en guérir ».
Dès lors, quelle doctrine éthique pourrait mieux répondre que la philosopliie nnpérialiste de .AI. Seillière aux aspirations de la génération intellectuelle qui monte? Si, comme nous le croyons, elle est en train de s'évader des trouhles suggestions qui hercèrent ses devancières, pour s'engager résolument sur la voie d'un impérialisme heaucoup plus rationnel, quel enseignement moral s'avérerait plus apte à lui éviter les recliutes exagérément mystiques, tout en lui inculquant les principes de domination sto'ique des instincts, de traditionalisme utihtaire et couronnant d'antique sagesse son moderne esprit de conquête? L'élite de cette génération, plus que toute autre avide de puissance, aurait donc grand avantage à reconnaître pour un de ses plus judicieux cliefs de file (1) le moraUstc
(d) M. G. Monod a déclaré, dans un article que nous citerons tantôt, que les ouvrages de M. Seillière « constituent certainement l'essai le plus important qui ait été tenté depuis longtemps pour construire une philosophie des grands courants de la pensée du dix-neuvienie Siècle ». — Nous croyons discerner, trop heureux de signaler de si précieux appoinls.de fréquentes résonnances potentielles dans la philosophie spectaculaire de M. de Gaultier. Jusque dans l'extravagant Fuiu- )-i.s»)c lui-même, nous soulignerons une doctrine impérialiste par son inspiration foncière. — Nous dirons également combien la doctrine seilliérienne a d'analogies avec la foi pragmutiste, qui a