‹ Une nouvelle psychologie de l'impérialismeChapitre 6 sur 52 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

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Sophie de l'Impérialisme s'impose, intérêt théorique à part, à l'attention et à la sympathie des contemporains cultivés par des considérations plus psychologiques.

Dahord, l'esprit de M. Seillière jouit d'une prodigieuse faculté de synthèse : familiarisé avec la plupart des sciences, il découvre partout des analogies imprévues, et partout il trouve de quoi étayer ses vastes théories; la plupart des sujets des cliapitres et presque tous les exemples de tel de ses livres (1) sont empruntés à des événements littéraires ou sociaux diiier. Ils ne sont là, nous dit Fauteur, que pour « permettre d'apprécier la plasticité critique de la doctrine ». N'empêche qu'ils nous frappent incontinent par leur nomhre et leur diversité, même avant que nous ayons pu examiner leur portée particulière. Et quelle souplesse dialectique! Youdra-t-il donner par l'intérêt dramatique d'un récit plus de force persuasive aux convictions morales déjà exposées dans des cadres plus sévères? M. Seillière écrira Une Tragédie d'amour au temps du romantisme, roman « où l'on ne trouve pas un seul trait qui ne soit emprunté à la vérité, pas une parole qui ne soit passée sur des lèvres vivantes », — un roman tout en pénétrantes observations et en nuances psychologiques, — un

(1) Introduction à la philosophie de l'impérialisme.

XVI PSYCHOLOGIE D F-: L'IMPERIALISME

roman dont la sobre autlienticité offre aux esprits délicats un régal bien supérieur aux plus byperboliques fictions et qui dégage^ au surplus, des suggestions si réconfortantes!

Mais ce qui nous semble plus particulièrement séduisant cbez M. Seillière, ce sont ses qualités de psycbologue et dexégète. Son babileté est surprenante pour dégager une tliéorie dans son intégralité, tout en l'appréciant du point de vue impérialiste. — ce qui. par parcntbèse, est un des meilleurs gages d'éminence pour la conception. — Les principales propositions constitutives des assises de la philosophie de Cimpérialisme s'avèrent comme des fonds excellents pour mieux mettre en valeur Fexposé complet de tous les détails d'une doctrine. Souvent, à la fin d'une analyse, le judicieux commentateur emprunte à l'auteur étudié juste l'aphorisme qui lui permet de dégager une conclusion qui éclaire l'ensemble, tout en venant renforcer sa propre thèse, et d'arracher ainsi l'aveu incoercible de la suprématie rationnelle aux mystiques les plus impénitents.

Nous avons maintes fois admiré sa critique, cette critique bien française, dont l'ironie se contente parfois de ruiner d'un simple sourire telles rêveries par trop extravagantes, mais qui, en revanche, le plus souvent animée de la plus 5\'mpathiquc compréhension à l'égard des efforts intellectuels méri-

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toires, cherche partout à dégager, comme il le dit lui-même à propos de Rousseau (1), « l'élément sain, l'élément vrai et l'élément efficace » au sein des thèses mystiques les plus efTrénées.

Aussi constitue-t-elle une véritable éducation, presque une maïeutique morale : grâce à sa faculté d'assimilation, à sa puissance de synthèse et aussi à son art d'évocation à l'égard des diverses conceptions successives de l'humanité pensante, afin de remettre au point rationnel, — le plus efficace pour tirer le meilleur parti, nous ne saurions trop le répéter, de nos essors conquérants, — les spéculations éthiques et sociales qu'elle interprète, tout en restant dans leur décor idéologique, elle se contente de retourner contre elles les éléments de sagesse sporadique que la doctrine renferme et d'opposer cette sagesse embryonnaire aux divagations qui s'en émancipent.

« Un objet important, dit Nietzsche dans Humain, trop humain, n'aura sa représentation la meilleure que lorsqu'on en tirera, comme un cliimiste, les couleurs d'un tableau de l'objet lui-même et qu'alors on les emploiera comme un artiste. » Cet aphorisme pourrait être très judicieusement in voquéà propos des « essais » de M. Seilhère : sa critique elle aussi semble tirée de l'œuvre qu'elle commente

(1) Le Mal romantique, p. 169.

et en être comme l'épanouissement en sagesse. Il lui suffit souvent pour amplifier l'autorité de ses sentences de la plus heureuse façon de quelques lignes de texte sans grande portée apparente. Et même quand elle plane au-dessus de l'œuvre, elle lui conserve assez de sympathique affinité pour évoquer en elle, tout en la surplombant, on ne sait quelles résonnances de honne volonté rationnelle €t d'impérialisme utilitaire.

Après ce sommaire aperçu des résultats théoriques que nous devons à la conception impérialiste de M. Seillière, nous ne pouvons que conclure qu'ils « montrent, ainsi que l'écrivait M. G. Monod dans La Revue Historique de janAier 1912, tout ce que ce point de vue général a de fécond et de vraiment organique, les applications variées qu'il comporte... Cette série d'études, historiques, littéraires, philosophiques, sociales et morales... (qui constitue Y Introduction à la philosophie de l'impérialisme), ajoute l'éminent philosophe de Ihistoire, nées un peu au hasard des livres récents, prennent, réunies, un intérêt nouveau par la pensée fondamentale qui les pénètre. Qu'il étudie Innocent III, les Jésuites, la question de l'esclavage, Gobineau, l'impérialisme mystique en Angleterre et en Allemagne, ou Fénelon et Mme Guy on, ou les antécédents du romantisme allemand et français au dix-septième et au dix-huitième siècle, ou la politique de "Vigny, ou

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les formes variées de la pensée socialiste, M. Seillière réunit toujours des preuves à l'appui de son système, et l'éclairé de tous les aspects de la vie et de la pensée modernes. Très lettré, comme il l'a montré dans son livre si fin sur Barbey d'Aurevilly, très artiste en même temps que philosophe et moraliste, M. SeilHère est un des esprits les plus distingués, les plus orig^inaux de notre temps et qui ne nous paraît pas avoir été 'encore mis tout à fait à son rang-. »

DE

UIMPÉRIALISME

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